SAN FRANCISCO
À cette crise salutaire succéda un intervalle de paix; mais il fut de courte durée. Le désordre sous une nouvelle forme reparut bientôt. L’ère du vulgaire brigandage fut suivie, de près, par une période de corruption administrative. Les voleurs et les scélérats, se retranchant dans l'enceinte de l'Hôtel de Ville, firent la guerre à la partie la plus saine de la population. Encore une fois les citoyens se soulevèrent indignés. Au lieu de suspendre leurs édiles des fonctions dont ils s'étaient emparés, ils les suspendirent eux-mêmes aux fenêtres d'un second étage. Le remède fut violent, mais radical; il fut irrégulier, mais il fit cesser l'anarchie. Le Comité de
vigilance ayant accompli sa tâche, se déclara dissous et n’a jamais eu besoin ï 77
LEUNOUVELSEL-DORADO,
de se reconstituer. Depuis lors, San-Francisco est l’une des villes les plus paisibles et les mieux administrées du monde.”
Bien que cette dernière assertion me paraisse fort exagérée, il faut convenir cependant que la loi de Lynch a bien rempli sa terrible mission, et, qu’au point de vue de la moralité et de la sécurité publiques, la grande cité californienne a fait des progrès immenses depuis quelques années. Sans doute, les journaux de la ville enregistrent encore, presque journellement, des actes de violence et de sauvagerie, tels que n’en connaissent guère nos villes européennes. Sans doute aussi, il y a des quartiers malfamés remplis de débits de boisson, de maisons de JeUMReE de salles de danse, Où il n'estupas DIU dent à la nuit tombante de s’aventurer seul: des individus, à la mine suspecte, se tiennent au coin des rues, prêts, assure-t-on, à commettre tous les crimes. Mais à tout prendre, je le répète, si l'on considère ce qu'était San-Francisco il y a dix ou quinze ans, on est confondu en voyant ce qu'il est aujourd'hui. Dans le centre de la ville, l'ordre est rarement troublé; Îa justice fonctionne régulièrement; la propriété est respectée; les mœurs s’'adoucissent de jour en jour. Quant au développement matériel et commercial de San-Francisco, il étonne les Américains eux-mêmes, habitués pourtant aux prodiges de ce genre. Un quart de siècle a suffi pour faire d'un chétif village une ville opulente, et pour lui donner rang parmi les principales cités du monde. Lors du dernier recensement, sa population dépassait 250 mille âmes, et l’on estime qu’au prochain, qui aura lieu en 1880, elle aura atteint le chiffre de 370 mille La rue Montgomery, qui est par excellence le quartier du beau monde, peut rivaliser, par la splendeur des magasins et le luxe des équipages, avec le Broadway de New-York, Regent- Street de Londres, ou la rue de la Paix de Paris. Les édifices publics ne dépareraient pas nos plus belles villes d'Europe. Les hôtels sont magnifiques. Un, entre autres, qui était sur le point d’être achevé lors de mon passage à San-Francisco, sera, si je ne me trompe, le plus grand du monde entier. Il pourra loger deux mille voyageurs, et aura coûté, ameublement et décorations compris, plus de 4 millions de dollars (21 millions 680 mille francs). Tout le mobilier est de fabrication californienne ; les matériaux employés sont également du pays. Cet hôtel monumental (ou