LA QUESTION CHINOISE
Palais-ôtel, comme on l'appelle ici) renferme trois immenses cours vitrées, une spacieuse galerie servant: de promenoir, et un jardin d'hiver rempli des plus belles fleurs des tropiques. J'ai entendu exprimer bien des doutes sur la réussite de ce gigantesque établissement; on se demandait même si, dans une ville exposée comme l’est celle-ci à de fréquents tremblements de terre, une construction aussi élevée n’offrait pas des dangers réels ? Mais les Californiens ne se laissent guère arrêter par des questions de prudence ou de dépense. Entreprenants jusqu'à la témérité, ils ne connaissent pas les obstacles, et quand ils ont résolu une chose il faut qu'elle s'exécute, coûte que coûte.
Le climat de San-Francisco, comme du reste celui de toute la Californie, est d'une douceur exceptionnelle. L'hiver y est même plus agréable que l'été. La fécondité du sol est remarquable. Les fruits et les légumes y atteignent des dimensions prodigieuses. Les raisins californiens doivent ressembler à ceux qui croissaient autrefois dans le pays de Canaan; il y a des grappes qui pèsent plusieurs livres.
C'est surtout à San-Francisco que ‘“la question chinoise,” dont on parle tant en Amérique, s'impose à tous les esprits. L'apparition des émigrants du Céleste-Empire suivit de près la découverte de l'or. Peu à peu, ils se sont répandus sur tout le continent. Ils envahissent même les Etats de l'Est, Déjà on en trouve à Chicago et à Baltimore, et leur nombre augmente d'année en année. Les ouvriers d’une grande fabrique de chaussures dans le Massachusetts mécontents de leur salaire, s'étant mis en grève, le patron se hâta d'envoyer un agent à San-Francisco. Au bout de trois semaines, l'agent revint, accompagné de deux cents Chinois, qui devinrent bientôt d’habiles ouvriers et remplacèrent les Américains. Le grand nombre de travailleurs irlandais et allemands qui débarquent à New-Vork a jusqu'ici empêché ‘les Célestes” de prendre pied dans cette ville; mais l'avantgarde de la grande armée approche. Quant à l'Ouest, il en est littéralement inondé. À Denver, toutes les blanchisseries sont entre les mains des Chinois, et ils sont à la veille d’açcaparer plusieurs autres industries. Dans les ravins du Colorado, des colonies de ce peuple économe et laborieux gagnent léur vie en exploitant des placers trop pauvres pour attirer Îles blancs. Le chemin de fer du Pacifique a été, en grande partie, construit par des Chinois, et l'entretien leur en est presque exclusivement confié. Curieux spectacle que de voir partout sur la ligne, revêtus de la chemise bleue des hommes d'équipe et maniant lestement la pioche, la pelle ou le levier, des escouades de Célestes, avec leurs grosses faces rondes et plates, leurs petites queues retroussées, et leurs souliers blancs à semelles de bois. Plusieurs des buffets sont aussi desservis par des domestiques chinois ; et leurs manières, à la fois tranquilles, respectueuses, presque automatiques, contrastent agréablement avec le service du loquace Irlandais ou du nègre fanfaron.
A San-Francisco le nombre des Chinois est fort considérable; ils
forment, m'a-t-on assuré, le septième de la population. Ils y sont cuisiniers,
blanchisseurs, repasseurs, fabricants de cigares. magasins, où ils vendent les curiosités de leur pays.
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LE NOUVEL EL-DORADO
cupent successivement huit heures chacun.
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