TE CUT
LE NOUVEL EL-DORADO
amassé quelques centaines de dollars, ils retournent chez eux. S'ils meurent sur le sol américain, leurs os sont transportés dans leur patrie, grâce à un fonds spécial affecté à cet usage. Dans un pays où le moindre ouvrier ne veut pas manier une bêche à moins de quatre dollars par jour, le Céleste, lui, se contentera d’un dollar et fera en sorte d'économiser la moitié de son salaire. De plus, il ne s’enivre jamais en public, et ne se mêle point aux querelles de la rue. Il est menteur, c’est vrai; il commet des vols de peu d'importance, et on l’accuse de se livrer en son particulier à des vices dégradants ; mais il est rare qu'il ait maille à partir avec la justice. Docile, patient, laborieux, toujours placide et souriant, il fait un excellent domestique. Personne, pas même une blanchisseuse parisienne, napprête et ne repasse le linge fin avec autant de perfection que lui. CAina- Town est, il est vrai, d'une saleté qui dépasse celle du Ghetto à Rome ou du quartier des Juifs à Jérusalem ; mais, sur sa personne, le Chinois est toujours propre et rangé.
Comment donc s'expliquer l’'amère hostilité dont il est l'objet, et la persistance avec laquelle le public demande qu'on se défasse de lui comme d'un fléau? Pas une seule classe de la société ne lui est favorable. Les ouvriers le jalousent parce que le modique salaire dont il se contente fait baisser la main d'œuvre. Les commerçants le haïssent parce qu'il ne dépense rien, n’achète que de ses compatriotes et importe de Chine tous les articles nécessaires à sa consommation. Les capitalistes lui en veulent parce qu’au lieu d'ajouter à la richesse générale, il fait passer au dehors ce qu'il a gagné dans le pays. Les hommes politiques le redoutent parce qu’ils se demandent si, un jour ou l’autre, il ne se présentera pas à l'urne électorale, troublant ainsi la marche régulière du gouvernément, en y introduisant un élément étranger. Enfin, les hommes relivieux ne sont pas sans éprouver aussi de vives appréhensions, à la vue de cette importante communauté païenne, athée au fond, idolâtre par les formes, adonnée à des vices honteux et qui se répand, peu à peu, sur tout le continent.