‹ A travers les Etats-UnisChapitre 54 sur 130 · DÉPART DE MERCED · texte numérisé non relu

DÉPART DE MERCED

carrosserie, et en particulier par la fabrication des coches. Du reste, ils sont tous faits sur le même modèle, style Louis XIV, raide, bizarre, suranné. Il y a un seul compartiment à neuf places, trois en avant, trois au milieu, trois en arrière. Toutes les places se paient le même prix. Les dames, fussent-elles arrivées les dernières, choisissent. Il y a, de plus, quelques sièges au dehors. L’attelage se compose invariablement de six beaux chevaux, que le cocher lance à fond de train, sans s'inquiéter des résultats.

Quoique les coches disparaissent peu à peu devant la locomotive, cependant ils rendent encore de bons services sur bien des points des Etats-Unis. Ce fut donc dans un véhicule de cette espèce que nous quittâmes Merced. La route était si raboteuse, les ressorts si inflexibles, le galop des chevaux si désordonné que, pour rester en place, nous dûmes nous cramponner de toutes nos forces aux courroies de cuir dont on a eu soin de pourvoir les voyageurs. Pour ma part, je dois avouer qu’en dépit de tous mes efforts, je fus secoué, ballotté, bousculé, et, plus d'une fois, lancé hors de mon siège. | En quittant Merced, d'interminables champs de blé, sans haies ou divisions quelconques, se déroulent devant vous. Sur un espace de vingt kilomètres, on ne voit qu'épis ondoyants. Une région toute pastorale, où des troupeaux de moutons et de bœufs errent au large dans la prairie, succède aux terres labourées. Vient ensuite un pays aceidenté et En friché, mais.qui :n'a besoin que de culture pour devenir d’une fécondité extraordinaire, si du moins l’on en juge par son opulente végétation naturelle. Les fossés et les talus sont émaillés de fleurs aux teintes brillantes et aux parfums exquis. En traversant un bois, j'observai que l'écorce des arbres était perforée d'innombrables trous ronds :

PREMIÈRE MAISON DE BOIS CONSTRUITE DANS e . . . LE BOSQUET DE MARIPOSA. on eût dit la cible d’un tir à la carabine.

Je demandai l'explication du fait, et l’on m'assura que c’étaient des piverts qui, à coups de bec, pratiquaient ces trous, puis les bourraient de glands, en vue de la mauvaise saison.

LA VALLÉE DE YOSEMITE

À mesure que nous montons, la végétation change de caractère. Les azalées remplacent les nerpruns, les arbousiers, les chèvres-feuilles et autres arbrisseaux des régions inférieures. Au chêne vert, au noyer, aux arbres des plaines, succèdent des forêts de pins, de sapins et de cèdres. La naturé prend un aspect plus âÂpre et plus imposant. Une grande ligne de montagnes s'élève comme une barrière à l'horizon. Les plus hauts pics de la Sierra semblent percer le ciel de leurs sommets aigus. La route que nous suivons rase le bord d’effrayants précipices. Le moindre écart des chevaux amènerait une catastrophe. En partie pour étirer mes membres endoloris, en partie pour mieux jouir de la vue, je quittai ma place d'intérieur et m'assis à côté du cocher. Celui-ci, qui nous faisait faire une course échevelée, me criait de tempsia autre Tenez bon sétrangerlétenez bonté atun vilainttrou lè-bas "awmtournant” / WPlus d'une Mois: quand un cahot épouvantable avait failli me lancer dans le gouffre au-dessus duquel nous étions suspendus, je l’entendis marmotter entre ses dents, par manière d’excuse : “Ah! ce caillou! Je le connais pourtant bien: ce que c'est que de ne pas avoir de mémoire!” Énfnwapres treize Mhetres' (de Mcoche, pendant lesquelles nous avions parcouru cent huit kilomètres, nous arrivions à une petite localité, connue sous le nom du Ranch de Clark, couverts de poussière, brisés de fatigue, meurtris et bleuis des pieds SA mA tete, Mais, en isomme, fort reconnaissants d’avoir accompli, sans accident grave, cette partie de notre voyage.

Le lendemain, au lever du soleil, nous partimes à cheval, accompagnés d'un guide, pour visiter les arbres géants de Mariposa. La forêt où sont épars LES SENTINELLES, CALAVÉRAS. | ces arbres merveilleux est située dans la Sierra Névada, à dix ou douze kilomètres du Ranch de Clark. Elle fait partie de la propriété nationale donnée par le gouvernement de l’Union à l'Etat de Californie, et forme, pour ainsi dire, le vestibule de la vallée de Yosemite. Cette vaste forêt a une sous-végétation magnifique d’arbrisseaux fleurissants : l'air est tout imprégné de leurs senteurs pénétrantes. Les pins, les sapins et autres résineux qui, depuis que nous avions quitté la plaine, étaient toujours allés en grandissant, nous étonnent maintenant par leur stature démesurée. Plusieurs fois, à la vue d’un énorme conifère, je demandai à mon guide:

“N'est-ce pas là un des géants?” Mais non; c'était simplement un sapin 92 $

LERPOSOUE I DEN MARTPOSA,

qui ne dépassait pas la hauteur insignifiante de 150 à 180 pieds. Enfin nous arrivons au massif des grands arbres et tout ce qu'on m'avait dit de ces phénomènes du règne végétal me parut bien au-dessous de la réalité. Leur taille ne me surprit point, car on m'y avait préparé; mais ce qui me ravit d’admiration, ce fut leur massive élégance, leurs proportions harmoniques. Les lignes du tronc me rappelèrent celles de nos phares modernes : base large, fût parfaitement droit et uni, qui s’amincit insensiblement jusqu’à une hauteur de 200 à 230 pieds; au sommet, ample couronne de branches, dont plusieurs ont la grosseur d’un arbre ordinaire. Différant en cela du sapin du Nord, avec lequel ils sont alliés, les arbres géants ne croissent qu'en massifs ou groupes détachés qu'on appelle dans le pays ‘“’bosquets” (oroves).

Ils habitent des plateaux d'une altitude de 1,600 à 2,200 mètres au-dessus du niveau de la mer. On connait neuf de.

ces bosquets gigantesques ; ceux de Mariposa et de Calavéras sont les plus renommés: les touristes visitent ordinairement ce dernier, en revenant de la vallée de Vosemite.

Ces prodigieux conifères, de la famille des cyprès et des sapins, forment une variété du genre des Seguoras. Les Anglais les ont longtemps appelés des Wellingtonias et les Américains des Washinstonias, apparemment par esprit de clocher; mais leur vrai nom scientifique est Seguoia gigantea. Les plus beaux des arbres géants ont reçu un nom particulier, qu'ils portent inscrits

énvplettres d'or Vsur une, plaque de LA CABINE DU PIONNIER. marbre noutmide meétallofixée à : leurs

troncs. Il est peu de notabilités américaines, depuis Washington jusqu'au général Grant, qui ne comptent un homonyme à Mariposa ou à Calavéras. A d’autres on a donné des noms de fantaisie: Zes trois Grâces, le vieux Garçon, les Fumeaux etc. Les deux Sentinelles ont 100 mètres de haut; a Clef de Voñte (à Calavéras) en a quatre de plus : (la colonne Vendôme: n'en a que 43). Za Cabine du Pronnier

AD Didi de diametre. a [2 "baise: son tronc a été perforé. de part en part, évidemment par l'action du feu, et présente une ouverture assez large pour qu'un cavalier puisse y pénétrer: je traversai moifnmème nacheval cette voûtes d'un nouveau genre. ‘Ze Mère dt Le

Fils sont deux arbres qui croissent côte à côte: la mère à 104 mètres

LA VALLÉE DE YOSEMITE

de haut, et le fils, de belle venue, en a déjà 06. Ze Pèye de laForétrest tombé de vieillesse, il y a quelques années. Au moyen d’une échelle, on monte sur le tronc, où une voiture pourrait circuler à l'aise: à l’intérieur deux cents personnes auraient pu trouver un abri. Ce colosse avait 144 mètres de haut, douze de plus que la coupole de Saint-Pierre de Rome! Un arbre de Mariposa a 03 pieds de circonférence à la base. Au Palais de Sydenham, à Londres, on peut voir l'écorce d'un Séquoia de Californie, rapportée par un Anglais, et reconstituée autour d'une charpente. A l'intérieur, on a fait un salon, garni de tables et de sièges. L'arbre qui a été ainsi écorcé est resté debout dans sa forêt natale ; et, malgré cette mutilation, paraît encore plein-de vigueur. Il a 116 mètres de hauteur, 6 mètres et demi de plus que l’église de Saint-Paul à Londres. On a lieu de croire que cet arbre phénoménal a de trois à quatre mille ans. Il remonte donc à l’époque des premiers patriarches ; il a vu naître Isaac ; du temps de David, il sortait de l'adolescence, et avait à peine. atteimtala maturité au commencement de notre ère On sait que l’âge d’un arbre est indiqué par le nombre de couches concentriques qui se voient.à l'intérieur duWPbois Pa Société géologique des Etats-Unis, désirant se rendre compte de l’âge probable des arbres géants, en fit abattre un il y a quelques années. (Cinq hommes, munis de puissants instruments, y travaillèrent pendant vingt-cinq jours. À six pieds au-dessus du sol, le tronc mesurait 29 mètres de circonférence. L'examen le plus minutieux des cercles concentriques permit de constater que le géant abattu avait, au moins, 1,300 ans. Or, comme il avait été choisi parmi les plus jeunes du massif, on est en droit de conclure que les arbres qui portent des traces évidentes de vétusté ont deux ou trois

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