LES MAGES AD BERCEAU
ferocqs ou idiots, tu les perpétueras dans le crime et la stupidité. Salut, dernier Christ de la bêtise humaine ! .Maître des cœurs tremblants et des fronts aplatis. Dieu lies bùrhers, du Sacré-Cœur et des Pères de Lourdes, je vénère en toi maints siècles de cannibalisme ou d'abrutissenient. Je t'asservirai mes peuples, je t'approvisionnerai d'inquisiteurs. Voici Drumont le cambrioleur et le boucher Cassagnac, mulâtre baptisé. Salut à toi, Jésus!
— Pour voler cette pécune, dit Balthazar, en Taisant rouler sur les dalles pièces et lingots d'or, mes Tatars ont dévasté la plaine, incendié les maisons et saccagé les forteresses. Au galop de nos chevaux, la terre frcniissait, les astres tombaient des cieux. Mes lils travailleront pour toi, depuis Attila, maître des Huus, jusqu'à Napoléon, le bandit corse, voleur de consciences et cambrioleur de cites. La souillure militaire dégradera, pour te les soumettre, les races libres et Gères, empoisonnera de chancres irréductibles les esprits et les corps. Mes casernes protégeront les cathédrales, et tes couvents, et tes gymnases. Le sabre de mus pandours favorisera les déprédations de tes ministres. D'un commun accord, nous installerons dans le monde la bassesse, la couardise et laterreur; nous jetteronsla nuit
sur riiuniaÏDe ponsée ; nous truciderons les innocenls. Tu seras le lils ilu Sabaolli. mon inspirateur et mon esclave. Salul à lui, Dieu profitable, Dieu des faussaires et des armées !
— Moi, Seigneur, dit Gaspard, découvrant à demi uu vase d'or précieusement chargé de baroques ciselures, je n'offre pas grand'chose à Votre Majesté. C'est la myrrhe des funérailles, gardée en une coupe d'or, comme ces larmes brillantes que la fille incestueuse épandit sur Gingras. Je VI. u3 ai rencontré dans les fables de mon pays, lorsque, au lieu du nom que, plus lard, égayera le vaudeville, je portais celui de Galha-Spaça, le pénétrant, et qu'un rayon d'Indra éclairait mon génie. Vous clcs venu tard après l'Inde fabuleuse et la Perse héroïque et les amphyctionies d'Hellas. La beauté des Dieui s'est retirée du monde : mais, pour iaoculer aui âges postérieurs ce que leurs prêtres ont d'avarice et d'inhumaine turpitude, nul ne remportera sur votre règne.
.Mesdesi-endants, épris de connaître el de penser, auront, en VOUS, leur plus cruel ennemi. Par le poison, par li- bâcher. ])ar le mensonge, vous étoufferez de votre mieux lintelligence humaine et, sacrilèges thuriféraires, les be-
LES MAGES AU B::nCEAU l'i?
(leaux encenseront voire ciel de nos livres consumés. Dieu des lâches, des ignorants el des malades. Agneau cannibale^des autels futurs, en attendant que la mjrrlie embaume ton cadavre, salut à toi, Jésus I
Ayant ainsi conféré, les Mages quittèrent l'clable au grand contentement de Jean Rameau qui, sur-le champ reprit une cantate de formidable longueur. Marie Anne de Keroubim, ayant brisé sa dent màchelière contre la fève d'un gâteau, l'interrompait de cris aigus.
Mais au dehors les esclaves se lamentaient et, pour assembler les équipages, leurs maîtres les appelaient en vain. L'étoile aux feux changeants avait disparu du ciel. Tout en haut, dans le pâle azur, brillait seul un feu rose que l'aubeéteignait déjà.
— Celte flamme que tu vois, dit Gàtha-Spaça au nègre tremblant, c'est léloile permanente de la destinée humaine, étoile, qui survivra aux flambeaux mensongers des rites évanouis. Astre de la volupté, lorsque tombe le soir, elle est, à l'aurore, annonciatrice du travail. Le rossigUijl la salue d'une plainte amoureuse, dans les crépuscules embaumés; l'alouette, au matin, lui darde sa chanson. Elle guide, sur les Ilots, l'audace du naulonnier.
1Î8 A TRAVERS LES GROIINS
Symbole de la raisnn éternelle et du labeur fécond et de l'Amour, seul Rédempteur.
A ces mots, le Prince jaune et le Monarque nèjrre se séparèreut du Majie iudien avec horreur, chacuu s eu allant, par des roules différentes, vaquer à son métier de potentat.