LES CHARADES
D'où vient le mot charade? C'est là une grosse question. Je le soupçonne de ne pas venir de très-loin, ni de Grèce, ni d'Italie ; mais je n'ai que de vagues notions sur le lieu de sa naissance. On a diti assez timidement, il est vrai, que charade est le mot provençal charrada. 11 n'y aurait à cela aucun empêchement sérieux si le
mot charrada n'avait lui-même pour racine char, et ne signifiait une charrette, ce qui» ïiélasl me déconcerte. Qu'est-ce qu'une charrette peut avoir de commun avec les devinettes qu'on appelle charades? — C'est, ont répondu des hommes sérieux, une métaphore plaisante pour exprimer un tas, une charretée de bavardages. Je ne sais ce qu'il vous plaira d'en croire; pour moi, je suis mal convaincu.
Ce qu'on peut dire de certain, c'est que le mot charade est nouveau dans notre langue : il n'a été inscrit au Dictionnaire de l'Académie qu'à la fin du dernier siècle. Il s'est dit d'abord des « discours propres à tuer le temps », et il est devenu, dans un sens restreint, le nom des sortes d'énigmes dont je vais m'occuper.
Lorsque ce mot nous est venu avec son acception de bavardages et menus-propos, trois expressions servaient à désigner les devinettes : l'énigme, qui s'attaquait à la pensée; le logogriphe, qui s'occupait surtout du mot en en comptant les lettres; et l'anagramme, qui les déplaçait. Restait un genre de combinaison que n'avaient pas cultivé les anciens : la décomposition des mots en syllabes, ou tout au moins en parties ayant chacune leur signification ; c'est à cette nouvelle espèce de problèmes que nous avons donné le nom de charade.
vGooQle
On partage le mot proposé en denx» quelquefois même en trois parties, de manière à ce que chacune d'elles présente un terme distinct qu'on laisse à deviner en exprimant, par une circonlocution, l'idée qu'il renferme, et en définissant aussi le mot tout entier. Ces parties du mot coupé en deux, — c'est presque toujours en deux qu'on le coupe, — se nomment premier et second ou dernier, et le mot lui-même est le tout ou rentier.
C'est en vain que le coupable
A mon premier fait mon dernier :
On applaudit à mon entier
Quand mon premier est équitable ^ .
Toute liberté est accordée à la charade pour prendre où elle les trouve son premier et son second; elle n'est nullement assujettie à tenir compte des syllabes, si les syllabes ne lui fournissent pas les mots dont elle a besoin. Drapeau, par exemple, divisé régulièrement (rfra et peau) n'offrirait un sens que dans l'une de ses deux parties-, tandis qu'en le coupant après le p, il fournit deux mots de notre langue sur lesquels il est facile de charader :
Je vais, mon cher lecteur, te dire une chara^le Qu'un sauvage invitait, un jour, son camaradp