Chien, Mche
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créé; et dans Napoléon, empereur des Frnnrais, on avait trouvé : un pape serf a sacré le noir dimon. J,-B. Rousseau, honteux d'être fils d'un cordonnier, s'était appelé Yernietles ; on le lui rcpj'ocha durement en chargeant ce nom de lui dire : lu te renies.
Lorsque l'anagramme devait être absolument une flatterie ou chanter des louanges méritées, on était médiocrement scrupuleux sur le sens des phrases qu'on parvenait à fabriquer ; — François-Michel Letellier de Louvois avait inspiré l'anagramme // est le chemin du soleil, la force du roy. Il ne fallait rien moins que Tai dente imagination d'un flatteur de la belle époque pour découvrir ce chemin du soleil. Et si, après avoir péniblement élaboré un éloge plus ou moins gauche, on se trouvait avoir quelques lettres sans emploi, on en formait un mot accessoire tioiit l'utilité était peu démontrée. Ainsi du mot va 4ans l'anagramme suivante sur Louis quaiorz'mnt, roi de France et de Navarre : — Va, Dieu co-nfoiulra l'armée qui osera te résister. — Si même rembarras était trop grand, si quelques letties uian^ guaient ou que d'autres fussent de trop, on en prenait bravement son parti en se mettant k l'aise avec la correction : sur Marguevlic ik Valois, cette vertueuse princesse dont on avait grande envie de dire beaucoup de bien, on ne
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put résister à la tentation de faire Tanagramme De vertus V image royal. Pourquoi pas Des vertus f dira-t-on. Peut-être aussi aurait-on aimé voir l'adjectif roya/e au féminin; mais quoi! il n'y avait dans Marguerite de Valois ni assez d's ni assez d'e pour pourvoir à tous ces besoins.
La rage des anagrammes était telle au xvi* siècle que pas un nom de personnage un peu connu n'échappait à cettç transformation. On s'en emparait, on le disséquait, on le retournait de toutes les manières, et, claire ou obscure., sensée ou non, il fallait qu'une phrase en sortit. Quelques exemples en feront foi.
Le duc de Guise François de Lorraine : — Crairir dre feras lions.
Le poète Pierre de Ronsard : — Rose de Pindare.
Le « doucereux et gentil » poète Remy Belleau : — Abreve de miel.
Le réformateur Jean Calvin : — Le vrai Caïn.
François Rabelais avait lui-même anagramma-^ ' lise son nom : Alcofribas Nasier. C'est sous ce pseudonyme qu'il publia ses deux premiers livres.
Un poète du temps de Henri II, Nicolas Denizo(, (1 par un anagramme bouffonesque » nous dit Pasquier, se faisait appeler comte d'Alsinois.
Quant à l'abbé Miolan , physicien dont le ballon creva, il se serait attendu à cette cata-
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Strophe s'il avait prévu qu'on trouverait dans son nom : ballon aMmè.
Dn amateur de celte époque avait si bien pris goût à ce genre d'exercice, il était atteint de cette maladie à un degré tel, que sur le nom d'une demoiselle, Gabrielle de Monpaste, il avait composé quarante-sept anagrammes : Elle m* a dit bon présage ; perle d'eslimable gain, et quarantecinq autres niaiseries de la même farine. — Le carme Pierre de Saint-Louis, fermement convaincu que la destinée des hommes était dans leurs noms, avait anagrammatisé les noms des papes, des empereurs, des rois, des généraux de son ordre et de presque tous les saints.
Un nommé André Pujom fut assez habile pour découvrir dans son nom : pendu a Riom, et l'événement confirma cette sinistre prédiction : poussé par la fatalité de Tanagramme, il se prit de querelle avec un Auvergnat, et l'ayant tué, il fût conduit à la potence. C'est bien ici le cas de dire avec Colletet :
J'aime mieax sans comparaispn.
Ménage, tirer à la rame
Que d'aller chercher la raison
Dans les replis d'une anagramme.
Cet exercice monacal
Ne trouve son point vertical
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120 Â TRAVERS LBS MOTS.
Que dans une tête blessée ; £t sur Parnasse nous tenons Que tous ces renverseurs de noms Ont la cervelle renvercée.
Les anagrammes ne furent pas toujours funestes à leurs auteurs. Quand Louis XIII ût son entrée à Aix, un avocat du parlement lui oflfrit une collection de cinq cents anagrammes qu'il avait élaborées sur son nom. Le roi, émerveillé, fit à l'auteur, nommé Billon, une grosse pension, qui fut continuée à ses enfants.
Le P. Proust et le P. d'Orléans, luttant au jeu des anagrammes, le premier trouva rasne d'or dans le nom de son confrère, et le défia de lui rendre la pareille. Le P. d'Orléans répondit que pur sot était tout entier dans Proust.
Claude Ménétrier, auquel on avait envoyé Fanagramme de son nom {Miracle de la nature)^ répondit par ce quatrain :
Je ne prends pas pour oracle Ce que mon nom vous a fait prononcer, Puisque, pour en faire un miracle, Il a fallu le renverser.
Une fois on fit un usage un peu plus heureux de l'anagramme. Celait dans un bal donné au jeune Stanislas, depuis roi de Pologne. Treize
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danseurs portaient des boucliers sur chacun desquels était gravée Tune des treize lettres des mots : Lescinia Domus (maison de Leczinska). A la fin de chaque ballet, les danseurs se rangeaient de manière à former une phrase flatteuse pour le jeune prince. La dernière anagramme fut une prédiction plus agréable que celle de l'homme t la potence : scande solium (monte au trône).
Les anagrammes, tombées en discrédit au XVII* siècle, ne se relevèrent pas assez au xvhi« pour avoir conservé à notre époque quelque peu de leur ancienne vogue. A l'exception des faiseurs d'almanachs, personne ne trouve de charme aujourd'hui à remuer les lettres d'un mot pour en tirer péniblement un autre. On préfère de beaucoup à ce jeu celui des charades, le jeu de devinettes le plus goûté aujourd'hui.