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d'enlever les femmes; leurs frères volent à leur secours. Un combat simulé s'engage : les ravisseurs sont repoussés. — A cette pantomime succèdent d'autres tableaux tracés avec une vivacité naturelle : c'est la peinture de la vie domestique, le soin du ménage, l'entretien de la cabane, les plaisirs et les travaux du foyer; touchantes occupations d'une mère de famille. » — Nous verrons bientôt ce que sont les danses du monde civilisé ; peut-être aurons-nous quelque peine à découvrir en quoi elles sont supérieures à celles de ces sauvages.
Ce qui prouve que la danse est naturelle à l'homme, c'est qu'elle se mêle, chez la plupart des peuples enfants, à toutes les actions de la vie. Les sauvages dansent pour se marier, pour faire la moisson ou la guerre, pour recevoir un hôte, pour fumer un calumet, pour la naissance et pour la mort.
Les anciens pratiquaient les danses comme exercice; ils avaient vu là un moyen de développer les forces, l'agilité , les grâces même, — et ils avaient raison. « Nous n'avons plus une juste idée des exercices du corps, dit Montesquieu : un homme qui s'y applique trop nous paraît méprisable, par la raison que la plupart de ces exercices n'ont plus d'autre objet que les agréments ; au lieu que, chez les anciens, tout,
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jusqu'à la danse, faisait partie de l'art militaire. » Que de fois, en voyant manœuvrer gauchement nos recrues et nos milices citoyennes, je me suis pris à regretter que l'antique usage de la danse armée ne se soit pas perpétué! Minerve sourirait d'un singulier sourire si nous dansions devant elle lapyrrhiqae ou la memphitique^. On appelait de ce nom, dans le temps où Minerve présidait tout ensemble à la sagesse et à la guerre, les danses qui s'exécutaient aux sons des instruments militaires. La plupart des danses des sauvages s'exécutent ainsi les armes à la main.
« Elles sont si vraies, si rapides, si terribles, dit Raynal, qu'un Européen qui les voit pour la première fois ne peut s'empêcher de frémir. »
— Lycurgue avait ordonné que, dès l'âge de sept ans, les jeunes Spartiates fussent exercés à manier l'épée, le javelot et le bouclier, il n'y avait pas un adolescent à Sparte qui, de la sorte.
1. Les danseurs espagnols et italiens, qu'on appelait au moyen âge matassins, imitaient la pyrrhique des Grecs. Bizarrement vêtus, ils portaient des corselets, des morions dorés, des sonnettes aux Jambes, et, le sabre d'une main, le bouclier de l'autre, se battaient en dansant. Quoique armés de sabres de bois, ils feignaient d'être blessés, tombaient et restaient sans mouvement comme s'ils étaient morts. De là leur nom de matassins, formé du verbe espagnol malar, tuer, et flngir, feindre. Matado fingido devint, par contraction, matafln, puis matassin, La batte d'arlequin est une épée de matassin.
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ne fût habile aux évolutions militaires et familiarisé avec toutes les armes. C'est pourquoi Ton a pu dire qu'ils allaient à l'ennemi en dansant. Xénophon a rendu célèbres, par la description qu'il nous en a laissée, les danses helléniques exécutées par des soldats thraces, arcadiens, mysiens et magnésiens en présence de l'armée des Dix Mille.
A Lacédémone, la danse avait un tel caractère de pureté, de grandeur même, qu'on en avait fait la plus auguste des solennités. « Toutes les danses des Lacédémoniens, dit Plutarque, avaient je ne sais quel aiguillon qui enflamme le courage, et qui excitait dans l'âme des spectateurs une ardente volonté de faire quelque belle chose. »
Rome, dès sa fondation, eut une danse guerrière destinée à peindre la joie des Romains, lors- de Tenlèvement des Sabines. Plus tard, après lés danses armées autour de Tautel de " Mars, on imagina une danse pour conjurer la colère des dieux et pour distraire le peuple lorsqu'un fléau sévissait. Le nom latin d'un danseur, d'un pantomime étant ludio (de ludere^ jouer), cette danse avait été appelée la danse des ludions.
C'était un honneur, chez les anciens, d'avoir cultivé la danse dans sa jeunesse. Socrate l'avait apprise d'Aspasie, et ne perdait rien de sa gra-
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vite en figurant à Athènes dans les bals de cérémonie. Simonide à quatre-vingts ans remporta le prix de la danse, et Caton en avait soixante lorsqu'il sentit le besoin de prendre des leçons pour paraître moins gauche dans les fêtes de Rome. — L'empereur Julien cependant préférait l'étude à la danse. C'est lui qui s'écria, un jour qu'on lui montrait à danser la pyrrhique au son des fifres : « Ah ! Platon, Platon I quel métier pour un philosophe 1 »
Mais les danses ainsi comprises n'appartiennent plus qu'à l'histoire. Il est temps de franchir les siècles et l'espace pour nous occuper de la chorégraphie chez les modernes et des danses que nous dansons nous-mêmes.
L'art de noter les pas et les figures d'une danse ne prend guère date en France qu'avec la Renaissance. C'est de l'Italie que nous sont venus ces drames dansés et ces dialogues de gestes, désignés sous le nom de ballets. On en distinguait trois espèces principales : les allégoriques, les moraux et les bouflfons. Les person^ nages de ces compositions étaient remplis le plus souvent par les souverains eux-mêmes, les dames et les seigneurs de la cour. Au théâtre, les ballets devinrent de véritables compositions dramatiques ayant un plan, une exposition, une action et un dénoûment. C'est là que se déve-
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16S A TRAVERS LBS MOTS.
loppèrent chez nous la danse d'expression et la pantomime, Fart dlmiter et de contrefaire.
Les ballets et les mascarades que la reine Catherine de Médicis avait connus à Florence furent pendant plus de cinquante ans les principales ressources de la galanterie française. Le ballet qui eut lieu au Louvre en 1581 à l'occasion du mariage du duc de Joyeuse avec Marguerite de Lorraine fut représenté par la reine, les princes et les princesses. Il avait pour sujet le triomphe de Jupiter et de Minerve. Commencé à dix heures du soir, il ne se termina qu'à trois heures du matin.
La passion de Henri IV pour la danse datait de sa plus tendre enfance : il avait été élevé dans un pays où Ton danse en naissant. Le ftéarn, comme le Languedoc et aussi la Provence, doivent 4eur grand goût pour la danse au voisinage de l'Espagne, la terre classique des exercices de grâces et d'agilité. La falandoulo, la danse des olivelies *, le chibalet, las treilhas, la danse des bergers et beaucoup d'autres non moins oriavaient une saveur locale toute particulière.
1. On désignait sous le nom d^olivettes une danse campagnarde où Ton se courait les uns après les autres, en serpentant autour dé trois arbres.
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Sully, le ministre philosophe, était Tordonnateur des spectacles qui amusaient le bon roi; il nous apprend dans ses mémoires que, quand il ne se mêlait pas lui-même à ces divertissements, Henri IV trouvait toujours qu'il y manquait quelque chose. Cependant Tamour des fêtes ne poussa jamais le roi jusqu'à Toubli du bien-être de son peuple. Lorsque le prévôt des marchands et les échevins, voulant fêter les Suisses sur le point de venir renouveler leur alliance, demandèrent la permission, pour couvrir les dépenses, de mettre un impôt sur les robinets des fontaines, Henri leur répondit : « Cherchez quelque autre moyen qui ne soit point à charge à mon peuple, pour bien régaler mes alliés. Allez, messieurs, il n'appartient qu'à Dieu de changer Teau en vin. »
Henri IV avait mis la danse si fort à la mode qu'on ne dansa jamais autant dans toute l'Europe que durant la période qui correspond à son règne. A la seule cour de France, on exécuta plus de quatre-vingts ballets, sans compter nombre de grands bals et de mascarades singulières.
Si la bonne et franche gaieté présida quelquefois à ces fêtes royales, ce n'est guère que sous Catherine de Médicis et Henri IV. D'ordinaire elles étaient graves et solennelles. C'est pour
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montrer la dignité de son rang que Louis XII ouvrit le bal qu'il donna à la noblesse de Milan; tet quand Philippe II, pendant la tenue du concile de Trente, prit part avec le cardinal de Mantoue au bal de cérémonie délibéré par les pères, il montra certainement plus de dignité qu'il ne prit de plaisir.
A la cour de Louis XIII, plus qu'à toute autre, OQ s'amusait tristement. Le mauvais goût et le trivial furent même parfois essayés pour tirer rindolent monarque de sa léthargie morale, et Ton croyait s'être bien réjouis lorsqu'on avait avait exécuté, avec le concours du roi Louis XIII en personne, le ballet de « Maître Galimalhias pour le grand bal de la douairière de Billebahault et de son fanfan de Sotteville. »
Les ballets de Louis XIV, si célèbres par leur magnificence, ne perdirent jamais ce caractère de gravité monotone qui donnait à toutes les fêtes de l'époque un air de si profond ennui. Le roi, qui avait beaucoup dansé dans sa jeunesse, renonça à ce plaisir vers l'âge de trente ans. Ce fut Racine qui lui en donna indirectement le ' conseil dans sa tragédie de Britannicus : Louis XIV ne voulut pas, comme Néron, mettre sa gloire à se donner lui-même en spectacle. Le ballet de Flore, représenté en 1669, est le dernier où Sa Majesté figura.
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LES DANSES. Hl
Dans les carrousels, c'étaient les chevaux qui faisaient les frais de la danse, et ils s'en acquittaient généralement fort bien. Deux ballets de ce genre, donnés à Florence au commencement du xvii« siècle, et celui qu'on exécuta au fameux carrousel de Louis XIII, sont restés célèbres dans les annales de la chorégraphie chevaline. Pline fait remonter aux Sybarites l'invention de la danse des chevaux. Il arriva même, s'il faut en croire les historiens, que leurs succès dans ce genre de plaisirs leur devinrent funestes. Les Crotoniates, en guerre avec les Sybarites, s'aperçurent de l'éducation que ce peuple donnait à ses chevaux ; ils firent secrètement apprendre h leurs trompettes les airs de ballets que dansaient ces dociles animaux, et lorsque la cavalerie des Sybarites s'ébranla, les Crotoniates sonnèrent ces airs différents. On se rend compte de TefTet produit : les chevaux, au lieu de charger, se mirent à danser leurs entrées de ballets, et les pauvres Sybarites, victimes de leurs propres talents, furent taillés en pièces.
Les danses pratiquées dans les cérémonies publiques, au théâtre et à la cour, ont été de tout temps imitées par le peuple, dans les réunions de famille et dans les fêtes que donnaient les particuliers. Elles n'avaient plus alors ni Téten-
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due ni la magnificence des ballets, et il semble qu'on ait voulu en les appelant bal, c'est-à-dire en réduisant le mot de moitié, indiquer qu'elles n'étaient que des ballets en raccourci.
La plupart des danses qui ont défrayé tes fêtes de nos aïeux pendant les trois derniers siècles étaient des danses sérieuses. Le ton avait été donné par la cour, on s'y conformait religieusement. Avant d'examiner ce qu'ont été chacune d'elles, rendons-nous compte des mots bal et iallet. — Le vieux verbe baller, qui signifie danser, chanter, se réjouir, était plus usité autrefois que danser : « Ils vont chantans par la ville, a dit Amyot, en ballant leur danse armée. » Les deux verbes marchaient souvent de compagnie : on lit dans Rabelais : « Il faist dancer, baller, voultiger, combattre, etc. », et dans La Fontaine : t II sait dancer, baller, faire des tours de toutes sortes. » — Or ce verbe baller n'est pas un enfant du hasard : il dérive de balle, et cela parce que le jeu de la balle ou de la paume était accompagné au moyen âge, comme chez les Grecs, de danse et de chant. — Ballet est le substantif du verbe baller : de là sont sortis bal, ballade, baladin, dont l'ancienne orthographe est baliadin.
Dans le temps où les danses de salon étaient graves et consistaient en cérémonies, pas mesurés
et belles altitudes, on les comprenait sous Tappellation basse danse, indiquant ainsi qu'on ne quittait pas la terre,, et par opposition à la haute danse ou baladinage, celle où, s'élevant en Tair, on faisait force sauts, gambades, entrechats et pirouettes*.
Les danses que j'appellerai historiques, puisqu'elles ont complètement disparu, sont le menuet et la sarabande, la pavane, la courante, la gaillarde, la chaconne et la gavotte.
Menuet veut dire menu; danser le menuet, c'était faire des pas menus. On était deux, de sexe différent, bien entendu; on faisait d'abord des révérences, puis des pas tantôt en avant, tantôt en spirale, et quand à un moment donné le danseur et sa danseuse se trouvaient aux deux coins opposés de la salle, ils passaient l'un devant l'autre en décrivant chacun une espèce de Z ; ils pouvaient, selon leur ardeur ou leur goût pour les belles grâces, recommencer cinq ou six fois ces mêmes évolutions. Après quoi, le
1. Le mot pirouette veut-il dire qu'on fait une roue autour du pied? J'aimerais à le croire, je n'ose pas l'affirmer. Quant à l'entrechat, il signifie exactement en tresse; il vient de l'italien intreccialo (in, en, et treccia, tresse). Les pirouettes nous sont venues d'Allemagne au milieu du xviiie siècle, et c'est à Mil® de Camargo qu'on attribue l'invention des entrechats vers la môme époque.
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cavalier ôtait son chapeau et renouvelait , pour floir, ses révérences et ses salutations.
Dans un bal, il y a deux sortes de gens : les acteurs et les spectateurs; or ce serait une erreur de croire que ces derniers sont les moins occupés. Pour moi, non-seulement je suis de Toeil le plus grand nombre de couples possidle, mais en même temps, quand les renseignements me le permettent, je ne perds pas de vue les mamans de certaines danseuses ; il en est de si franchement enthousiastes qu'elles marquent la mesure de la voix et du geste. Je lis leur légitime orgueil dans ces regards qui semblent retrouver, en cette occasion, toute la vivacité de la jeunesse, et je les entends distinctement se dire à elles-mêmes : « Comme Marie dansé bien ! » — Je rends hommage à ce sentiment de naïve admiration pour ces êtres que nous voulons voir aussi charmants qu'ils nous sont chers; mais toujours alors ce passage de M"® de Sévigné me revient à l'esprit : « Vous souvient-il, ma fille, de ce menuet que vous dansiez si bien et où vous arriviez toujours si heureusement, et de ces autres créatures qui n'arrivaient que le lendemain ? )) Est-il besoin de dire ce que pensaient, de leur côté, les mères de ces « créatures » si peu légères et si fort en retard ?
Bien danser le menuet était dans les deux der-
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niers siècles de la plus grande importance. Le professeur Marcel \ émerveillé de la façon dont dansait une de ses élèves, s'écriait en se frappant le front : « Que de choses dans un menuet ! » Une élégante et noble simplicité en était le caractère essentiel, et n'atteignait pas là qui voulait. Les contemporains nous rapportent qu'au mariage du duc de Bourgogne, le duc de Chartres dansa le menuet et une sarabande de si bonne grâce avec M"® la princesse de Conti qu*ils s'attirèrent l'admiration de toute la cour. On juge de la place considérable que le menuet occupait dans le monde quand on se rappelle que Don Juan d'Autriche, vice-roi des Pays-Bas, partit exprès en poste de Bruxelles pour venir incognito le voir danser à Marguerite de Valois, réputée la meilleure danseuse de l'Europe.
1. Ce ^ui caractérise Marcel dans les fastes de Tcrpsichore, c'est son impertinence. Il se croyait le droit de tout dire, on semblait le lui avoir accordé. « Madame, disait-il à une duchesse, vous venez de faire la révérence comme une servante. » Ou bien : a Vous vener, madame, de vous présenter comme une poissarde de la halle; recommencez votre révérence et que vos titres de noblesse vous accompagnent dans vos moindres actions. » — Assis dans un grand fauteuil, il recevait les étrangers de distinction qui voulaient se perfectionner dans Tart des belles manières. Après Tavoir salué selon les règles de Tart, on allait vers la cheminée et Ton Jetait dans un vase d'argent son écu de six francs. Les révérences de présentation à la cour étaient payées trois cents francs.
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ne A TRAVERS LES MOTS.
La sarabande n'est qu'une variante du menuet; elle était plus grave et plus lente. C'est le mennet espagnol (zarabanda). On a dit, mais rien ne m'autorise à le jurer, que ce nom lui venait de la première comédienne qui le dansa. Cette danse eut un fanatique admirateur dans des Yveteaux, qui, se sentant mourir à Tâge de quatre-vingts ans, se fit jouer un air de sarabande, afln, dit-il, « que son âme passât plus doucement ». L'air de la sarabande avait ceci de particulier autrefois qu'on le chantait avec des paroles au lieu de le jouer avec des instruments.
La danse de cour par excellence, celle qui semblait réservée, par ses allures nobles et hautaines, aux grandes dames et aux grands seigneurs, c'est la pavane. « Les chevaliers, dit un auteur du xvm® siècle, menaient la pavane sans quitter le harnais ni la cotte d'armes ; les hommes à pied, approchant les femmes, tendaient les bras et les mantes, en faisant la roue comme les coqs d'Inde ou les paons. » — Le but, on le voit, était de faire la roue et d'imiter de son mieux les attitudes et les manœuvres du paon. Les dames, pour cette danse altière, étaient en robes longues et traînantes, chargées de broderies et de pierreries, et portaient même quelquefois sur la tête des couronnes qui marquaient leurs dignités ; les princes avaient de riches et grands
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manteaux, les magistrats de longues robes, et les simples gentilshommes étaient en cape et en épée. Cette danse ne consistait « pour les pas, disent les gens du métier, que dans un coulé et un marché, mais, pour la façon de se tenir, dans un certain air de hauteur et de dédain ». Le r61e que joue ici le paon (en latin pavo) ne laisse guère de doute sur l'origine du mot pavam, qui a bien pu être d'abord pavone. Ceux qui font venir cette danse de Padoue voient dans pavane une contraction de padovana, padouane; mais ils doivent se tromper deux fois : la pavane, d'une part, est espagnole, et Ton ne peut, d'autre part, la séparer du paon, dont elle n'est tout entière que la mise en scène.
Il est difficile de penser à la pavane sans se rappeler ces vers de Voltaire :
Si mes paons de leur beau plumage Me font admirer les couleurs, ' Je crois voir nos jeunes seigneurs Avec leur brillant étalage ; Et mes coqs d'Inde sont Timage De leurs pesants imitateurs.
Ce que la pavane nous a laissé de mieux, c'est le verbe réciproque se pavaner, marcher d'une manière superbe comme un paon qui fait
la roue. Un auteur a risqué le substantif pavanage, mais il n'a pas eu d'imitateur.
A ces mêmes fêtes du mariage du duc de Bourgogne dont j'ai déjà parlé, le jeune couple ouvrit le bal par une courante, mot qui dit justement le contraire de ce qu'il signifie. Loin de courir en dansant la courante^ on marchait d'une manière aussi raide que lente. Cette danse n'avait été ainsi nommée qu'à cause des allées et des venues dont elle est plus remplie que toute autre. Ce mot faisait opposition à la pavane, où Ton tournait presque toujours sur la même placé. Ainsi que dans le menuet, les danseurs de la courante se livraient aux nobles poses, aux révérences et aux belles attitudes ; mais au lieu de se croiser pour former un Z, ils décrivaient en pas de courante une ellipse allongée. Trois jeunes hommes amenaient en dansant trois jeunes filles ; elles voulaient s'enfuir, les jeunes gens parvenaient à les rassurer. Puis ils exprimaient par gestes les tourments qu'une semblable rigueur leur faisait éprouver; les jeunes filles les repoussaient. Chacun d'eux alors se retirait, recommençait l'œuvre de sa toilette et, toujours en dansant, rajustait ses dentelles, étirait ses habits, revenait, sautillait, s'inclinait en cadence, pirouettait, suppliait, se désespérait en mesure. Les jeunes filles se laissaient enfin
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attendrir, et tous les danseurs ne formaient plus qu'un ensemble final.
Une danse que son nom désignait avec plus d'exactitude, c'est la gaillarde. Comme elle nous était venue de Rome, on l'avait appelée d'abord romanesque, mais on éprouva le besoin, sans doute pour la distinguer des danses majestueuses, de lui donner un nom indiquant qu'elle était plus gaie, plus vive, moins grave que ses sœurs. Le mouvement en était vif et la mélodie coulante. On l'exécutait tantôt en cabriolant, tantôt en se baissant à terre, tantôt en longeant la salle, tantôt en la traversant. On disait proverbialement alors : danser une gaillarde sur le ventre, pour exprimer Tidée de fouler aux pieds.
La chacone était moins une danse particulière qu'un final de ballet. Bien qu'elle fût très en vogue au xvi* siècle, c'est seulement en Espagne qu'elle avait le caractère d'une danse nationale. On s'est demandé si elle était née en Italie, comme le croit Rousseau, ou en Espagne, comme plusieurs inclinent à le penser. Il y a version pour l'une et l'autre de ces hypothèses : si la chacone est originaire d'Italie, son nom dérive de ciacona, formé de cecone, aveugle, parce que l'air de cette danse fut inventé, dit-on, par un aveugle ; si elle vient d'Espagne, c'est au mot
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basque chocuna, joli, gentil, qu'il faut demander compte de sa dénomination.
Sous Louis XIV, cette danse a donné son nom pendant quelque temps à un ruban de cou dont on laissait pendre négligemment les deux bouts sur le devant de la chemise. Un danseur de l'Opéra, nommé Pécourt, portait cette espèce de cravate en dansant la chacone, et la mode, qui moissonne dans tous les domaines, s'empara du même coup de la chose et du mot.
La passacaille était une sorte de chacone; l'air en était plus tendre- et le mouvement plus lent. Elle tenait son nom de l'espagnol passar, passer, et de calle, rue, parce que les donneurs de sérénades jouaient souvent dans les rues Tair de la passacaille.
On se lasse de tout, même de glisser, de marcher et de prendre les plus nobles attitudes. Non qu'on voulût, après deux siècles de ces nobles exercices, passer brusquement aux gambades de la foire ; mais un peu d'agitation était devenu nécessaire.. Les montagnards du pays de Gap, les gavois, montrèrent à la belle société qu'on peut, danser, même le menuet, en s'enlevant de terre, et la gavotte, introduite d'abord au théâtre, puis à la cour, eut bientôt un immense succès. On cite un danseur de l'Opéra qui fit fortune en montrant la gavotte aux enthou-
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LES DANSBS. 181
siastes Parisiens. On cite aussi comme ayant fait /wrewr les airs de gavotte que composa Rameau. La duchesse d'Âbrantès nous a raconté dans ses mémoires comment les dilettanti de son époque prenaient au sérieux leur art et leur personne. Un jour que Trénis, invité à une noce, devait ouvrir le bal avec la mariée, il fut en retard, et l'on dut accepter Tofifre d'un autre beau danseur. Il arriva un instant après. Quand la danse fut achevée, il vint reprocher à la mariée son manque de patience. — Voici alors, d'après la duchesse d'Abrautès, le dialogue qui s'engagea : -r- (( Vous avez trop d'esprit, lui répondit la jeune femme, pour vous formaliser d'une chose aussi naturelle... — Sans doute, madame, j'ai assez de philosophie pour me consoler de n'avoir pas dansé votre épithalame; et cependant nous eussions, vous et moi, cueilli quelques lauriers dans les pas de ce menuet de la reine, l'aurais dansé cela, moi, d'une façon grave et sérieuse et non pas triste... Mais avoir vu ce que j'ai vu, grand Dieul je ne m'en consolerai jamais! — Vous m'inquiétez, répliqua la mariëo, qui était femme d'esprit et qui connaissait Toi iginalité de Trénis, qu'ai-je donc fait? — Cojument! madame, vous qui dansez de manièrti à ce que nous autres experts nous soyons ûaUés de vous engager, vous qui avez répété ce meninit
auquel j'ai fait, j'ose le dire, quelques améliorations, et qui aurait reçu de moi un baptême de grâce et d'aplomb pour la révérence, vous allez... Oh! véritablement, madame, daignez pardonner à Vinobsei^vance de mes paroles, mais cela n'a pas de nom ; vousallez-danser ce menuet tout exceptionnel avec un homme qui... danse assez correctement la contredanse, c'est vrai, mais qui n'a jamais de sa vie ni étudié ni compris la révérence du chapeau... — Non, madame, il ne se doute pas de la révérence du chapeau ! Gela vous paraît étonnant ! Je le crois sans peine : ne pas savoir poser son chapeau sur sa tête I car voilà où est toute la science. Tous les maîtres de danse vous donneront la théorie du placement du chapeau; mais cette dignité, cet aplomb qui règle le mouvement du bras et de Tavant-bras avec celui de la jambe et du cou-de-pied ! Tenez ! permettez. »
Et voilà Trénis qui se place devant une glace, chante à demi-voix l'air de la révérence du menuet, se met à saluer gravement et pose son tricorne sur sa tête avec toute la solennité que réclame une action de cette importance, au milieu des éclats de rire de ceux qui sont présents à cette scène.
C'est ce même Trénis qui, interrogé par un général sur la manière dont il trouvait que dan-
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sait sa femme, lui répondit gravement : « Général, je disais tout à l'heure à ces messieurs que la danse de M"® la générale était ce que j'avais trouvé jusqu'à présent de plus correct et de moins imperfectible, »
Trénis, on le voit, méritait de rimer avec Vestris ; celui-là n'avait pas moins que celui-ci une haute idée de son talent et de son importance. On a cité tous les mots ambitieux, toutes les excentricités du grand Vestris, qui ne voulait pas que la maison Vestris eût des démêlés avec la maison Bourbon. Ce qui restera de plus sérieusement comique, c'est la présentation de son fils au public, telle que Ta rapportée Grimm dans sa correspondance : « Lorsque le jeune Vestris débuta, son père, le dieu de la danse, vêtu du plus riche et du plus sévère costume de cour, l'épée au côté, le chapeau sous le bras, se présenta avec son fils sur le bord de la scène; et, après avoir adressé au parterre des paroles pleines de dignité sur la sublimité de son art et les nobles espérances que donnait Taugaste héritier de son nom, il se tourna d'un air imposant vers le jeune candidat et lui dit : « Allons, mon fils, montrez votre talent au public; votre père vous regarde. »
La gavotte servit de transition entre les danses graves d'autrefois et les danses mouvementées d'aujourd'hui. Les Allemands nous apportèrent
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la valse et sa variante la sauteuse; puis la Pologne et la Bohême nous donnèrent la polka, la mazurka, la redowa, etc., et voilà comme quoi, après s'être longtemps promené, le peuple des danseurs se mit chez nous à tourner. Valseurs et polkeurs ont, comme la terre, deux mouvements de rotation : Tun sur eux-mêmes, et l'autre autour du lustre.
La seule des danses d'autrefois que nous n'ayons pas abandonnée et qui reste encore la plus répandue dans tous les mondes, c'est la contredanse, ainsi nommée de ce que chacun fait en sens contraire exactement ce que fait ou ce qu'a fait son vis-à-vis. Au xvii» siècle, elle ne se dansait qu'à deux personnes; mais déjà, au xviii% elle se composait de plusieurs couples, et l'usage était même de la danser ordinairement après le menuet comme étant plus gaie et occupant plus de monde. Elle était très en vogue sous l'Empire, et l'on en soignait beaucoup les pas :• plus d'un danseur de société se fit une réputation dans les salons par la manière dont il les exécutait. Il y a loin de cette époque à la nôtre : danseurs et danseuses indiquent à peine les pas, et l'art de bien danser n'a pas même fait place à un peu de bonne gaieté.
Une autre danse du même nom, venue d'Angleterre sous la Régence, était une ancienne
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danse rustique (country-danse, danse de campagne). Dans les contredanses anglaises, on était ordinairement sur deux lignes, les dames d'un côté, les cavaliers de l'autre, en aussi grand nombre qu'on le jugeait à propos. Le branle commençait par le cavalier et la dame qui formaient les têtes de ces lignes, les autres suivaient, et quand les premiers étaient revenus à leur place, la contredanse était finie.
Au commencement de notre siècle, une danse aussi légère que tapageuse est née en Angleterre d'une énergique manifestation que fit le public lorsque Kemble ouvrit la salle actuelle de Covent- Garden. Trois millions avaient été ensevelis sous les ruines de l'ancien édifice, dévoré par les flammes, et les engagements que Kemble avait dû contracter pour créer de nouvelles merveilles l'obligèrent à augmenter le prix des places. — Le public se fâcha : à peine le rideau fut-il levé que tous les spectateurs arborèrent à leur chapeau des cartes portant les lettres 0. P., et que le cri d'O. P., initiales û*old price (ancien prix), partit de toutes les bouches à la fois. — On ne voulut rien entendre du spectacle, on hua les magistrats, on arrêta la garde, et les émeutiers, enivrés de leur succès, improvisèrent une danse très-animée qui resta connue, à partir de ce moment, sous le nom d'O. P. Le tumulte, la danse
elle-même reéommencèrent pendant soixante-six soirées consécutives avec une ténacité toute britannique. La direction céda, les anciens prix furent rétablis, et la perfide Albion compta une danse de plus.
Parmi les danses de nos provinces, il faut noter, comme particulièrement caractéristiques, la bourrée d'Auvergne, la farandole du Languedoc et les branles, soit de Bretagne, soit du Poitou.
La bourrée, avec sa dénomination expressive, était une danse rustique, née sur le sol de l'Auvergne, qui consistait en ce que les danseurs et les danseuses, placés sur deux lignes, s'avançaient et se reculaient : chaque danseur faisait ensuite tourner la danseuse qu'il avait en face de lui. On a dit, et je le crois sans peine, que les pauvres petits savoyards qui descendent de leurs montagnes pour venir gagner leur vie dans les villes préfèrent le pain bis et la bourrée aux prétendues joies de la plaine. Ils restent toujours si doux et si vivaces, les souvenirs d'enfance du pays.
Toute rustique qu'elle était, la bourrée eut ses jours de vogue dans le monde et à la cour ; sous la Régence, on la dansait beaucoup.
Le nom même de la danse dans la langue provençale est farandolo. Cela dit assez que la farandole est la danse par excellence dans nos pro-
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, vînces méridionales. Danseurs et danseuses forment une chaîne en se tenant par la main ou avec des mouchoirs, puis la chaîne parcourt l'espace en faisant diverses figures qui consistent à réunir les bouts de la chaîne, à la faire passer sous un arc formé par les bras de plusieurs danseurs, et à danser en rond; •
Les branles ont été fort en vogue au xvi* et au xvïi® siècle. Celui du Poitou, le plus gai, se dansait en rond ; le branle de Bretagne était beaucoup moins vif. Il y en avait, du reste, de diflférenteç espèces ; on cite, parmi les plus connus, le branle des lavandières, celui des sabots, celui de la moutarde^ celui des ermites, celui du bouquet et celui de la torche.
Le branle du bouquet rappelle beaucoup la danse ou plutôt la ronde que nous nommons la boulangère ^ Voici la description consciencieuse que nous en a laissée Henri Estienne : « Un nombre de gentilshommes et de dames, dansans à une danse qui s'appelle le branle du bouquet, un de ces gentilshommes et une de. ces dames, estant les premiers en la danse, laissent les autres (qui cependant continuent la danse) et se mettans dedans la dicte compagnie, vont bai-
1. La boulangère doit son nom aux paroles de Tair sur lequel on la danse : La boulangère a des écus, etc.
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sans par ordre toutes les personnes qui y sont, à savoir le gentilhomme les dames, et la dame les gentilshommes. Puis ayant achevé leurs baisemens, au lieu qu'ils estoyent les premiers en la danse, se mettent les derniers. Et ceste façon de faire se continue par le gentilhomme et la dame qui sont les plus prochains, jusques à ce qu'on vienne aux derniers. »
Le branle des torches était réservé aux grands seigneurs; on tenait devant eux durant la danse plusieurs torches allumées. De tous les privilèges acquis jadis aux princes et aux seigneurs, ce n'est certes pas celui-là que j'eusse revendiqué. Il paraît que, quand l'empereur Sigismond vint voir le duc de Bourgogne, on lui donna une grande fête dans laquelle, pour lui faire honneur, on porta devant lui, pendant qu'il dansait, deux torches allumées.
Ce que nous appelons le cotillon est une sorte de branle. Les petites actions plus ou moins ridicules qui interrompaient la danse autrefois, telles que ramasser un chapeau avec les dents sans le secours des mains, ou allumer un papier attaché au dos de quelqu'un qui remue sans cesse, sont remplacés aujourd'hui par les bouquets, les nœuds de ruban, les drapeaux, les pétards et mille autres petits agréments.
La plupart des danses étrangères portent avec
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elles leur acte de naissance. On n*a pas à chercher d'où viennent Vallemande, la cosaque ou la cracovienne. Une seule, originaire d'Ecosse et dansée beaucoup par nos pères, mérite une mention spéciale : c'est la gigue. D'où vient ce nom ? — Un ancien instrument de musique à cordes, sorte de violon, s'appelle gigue. Or, si, dans l'origine, on a joué Fair sur cet instrument, le nom peut avoir été transmis à la danse. On me répondra que gigue, comme gigot, se dit vulgairement de la jambe, et que giguer ou gigotter c'est danser; mais la jambe elle-même n'a peutêtre été appelée gigue qu'à cause de sa ressem*blance de forme avec Finslrument en question, et cela nous ramène à notre point de départ. Au xyi« siècle, une espèce de gîgue d'un mouvement très-vif se nommait Canaries : cela voulait dire vraisemblablement qu'on imitait, en dansant cette gigue, les sauvages des îles Canaries, car le cavalier et sa dame, après s'être séparés, sautaient tour à tour Tun devant l'autre en affectant les poses et les gestes étranges des sauvages. Quant aux danses du terroir espagnol, telle que le bolérOy la cachucha, le fandango, elles n'ont pas pénétré dans nos mœurs et n'ont eu en aucun temps droit de cité parmi nous. Pour elles, il y a toujours des Pyrénées. Elles n'ont paru en
France qu'accidentellement, sur le théâtre ou
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dans des drconslances exceptionDelles. Ceux qui ont en l'heureuse fortune de voir danser M"* Fanny Essler à l'Opéra savent tout ce qu'il y a de grâce, de vivacité, de séduction dans la cachucha. Et puis, peu de danses, en Espagne, s'exécutent sans castagnettes; les Espagnols s'en servent avec beaucoup de justesse et de légèreté pour animer les mouvements et marquer la mesure. Ces instruments de musique primitive, qui se composent de deux petites écailles creuses, en ivoire ou en bois, jointes par un cordon et attachées au poignet, doivent leur nom espagnol (eastaneta^ à leur i*essemblance avec des coquilles de châtaigne. (Le mot latin de la châtaigne est casta;iieo.) — La danse essentiellement nationale de la péninsule est lefandungo; aussi ancienne que la langue espagnole elle-même, on peut dire qu'à quelques variantes près, cette danse joue un rôle également important dans toutes les classes de la société.
Si maintenant j'ajoutais que le flicfiac est un pas ou entrechat qui imite le mouvement du fouet, frappant Tair à droite et à gauche; qu'on fait avec les jambes dans la trkoUe ce que font les longues aiguilles pour produire les mailles du tricot; qu'il faut, pour exécuter une volu, tourner beaucoup sur soi-même et puis bondir
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en Tair; que la boutade était le nom d'un petit ballet qu'on paraissait exécuter impromptu ; que le tambourin, très à la mode au dernier siècle, se dansait au son du tambourin et du galoubet ; et que le rigaudon a peut-être eu pour inventeur, comme J.-J. Rousseau Tavait ouï dire, un maître à danser ijommé Rigaud, — on pourrait me répondre que tout cela n'a qu'un intérêt secondaire, et comme c'est là aussi mon sentiment, je marque un point et je m'arrête.
Le secret d'ennuyer est celui de tout dire.
Nota. — Un bon chanoine de Langres, Jehan Tabourot, écriyit, à la fin duxvi® siècle, un traité de chorégraphie en forme de dialogues « par lequel toutes personnes peuvent facilement apprendre l'honneste exercice des danses ».
Je ne renvoie pas mes lectrices à cet ouvrage qui, aujourd'hui, leur enseignerait peu de chose ; mais je veux leur redire le bon et naïf conseil que Fauteur donne à son disciple après l'avoir suffisamment pourvu de science chorégraphique :
« Pratiquez les danses honnestement et vous rendez compaignon des planettes, lesquelles dansent naturellement, et de ces Nymphes que M. Varron dit avoir vues en Lydie sortir à!nn
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estang, danser, puis rentrer dedans leur estang; — et quand vous aurez dansé» rentrez dedans le grand estang de votre estude pour y profiter, comme je prie Dieu qu'il vous en donne la grâce. »
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Le premier du mois chez les Romains était le jour des Calendes. Des fantaisistes ont raconté que, sous un des Antonins, il y eut une grande famine à Rome; que trois hommes nommés Kalendus, Nonus et Idus * nourrirent la ville, l'un
i. Ides, en latin idus,, yient dn vieux mot iduare, diviser, séparer. Les ides divisaient, en effet, les mois en deux parties à peu près égales : elles étaient fixées au quinzième jour de mars, mai, juillet et octobre, et au treize des autres mois. Quant aux nones, elles étaient ainsi appelées (du latin nonus, neuvième), parce qu'elles précédaient les ides de neuf jours, ce qui les faisait tomber le septième jour des mois de mars, mai, juillet et octobre, et le cinquième des autres mois.
Les calendes n'existant que chez les Romains, l'expression renvoyer quelqu'un aux calendes grecques signifie l'envoyer à une époque qui ne viendra jamais, et, par conséquent, refuser de faire ce qu'on désire ou ce qu'on exige de nous. (Voir Petites ignorances de la conversation, page 328.)
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pendant dix-huit jours, l'autre pendant huit et le troisième pendant quinze ; et qu'en mémoire de ce bienfait, on donna leurs noms à autant de jours du mois qu'il y en avait pendant lesquels chacun d'eux avait nourri le peuple. Nous ne pourrions donnera cette fable quelque apparence de vérité qu'en oubliant les ides de Mars, si célèbres dans l'histoire par la mort de César. Il n'a rien été dit de bien certain, au surplus, sur l'origine du mot calendes, et le mieux est encore de s'en tenir à l'opinion qui le fait venir du verbe calare, appeler, parce que l'usage à Rome était de convoquer le peuple, le premier jour de chaque mois, pour annoncer les jours et les fêtes de ce mois.
De calendes on a fait calendier, puis , par altération, calendrier, et ainsi s'est trouvé nommé le tableau des mois et des jours qui composent une année.
Notre calendrier, comme son nom, date de Rome, parce qu'en général nous procédons des Latins; mais la division du temps est d'une trop grande importance pour que les calendriers ne remontent pas à la plus haute antiquité.
Le calendrier, c'est l'histoire de l'année, temps que met la terre à tourner autour du soleil. — Au cercle supposé décrit par le globe lumineux en passant par les douze signes du zodiaque fait
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LE CALENDRIER. 19ô
allusion le mot année, en latin annus, cercle. — Les Perses, dans leurs emblèmes, représentaient Tannée par un anneau, et les Égyptiens par un serpent qui se mord la queue.
Les subdivisions de Tannée se trouvaient indiquées aussi par le mouvement des mondes : pendant que notre planète tourne autour du soleil, la lune accomplit environ douze révolutions autour de la terre ; de là les mois.
Et puisque la terre en tournant sur elle-même dans un espace de vingt-quatre heures forme les jours, la division du temps n'eût présenté aucune difficulté si les rotations de la terre avaient été comprises un nombre exact de fois dans les mou* vements de la lune autour de la terre, et ceux-ci dans les mouvements de la terre autour du soleil. Rien n'eût été plus simple alors que la formation du calendrier; les anciens auraient pu le fixer une fois pour toutes, et il n'aurait pas été destiné à subir tant de vicissitudes.
Il n'en était pas ainsi; Tannée solaire avait 365 jours, 5 heures, 48 minutes, 51 secoiulei^, 6 dixièmes de seconde; la lune tournait, dans cet espace de temps, un peu plus de douze fois autour de la terre (le mois lunaire a 29 jours» 12 heures, 46 minutes) ; — et comme ou tie pouvait rien changer à ces révolutions {jui ne dépendent pas du caprice des hommes, il fallut
bien s'accommoder aux circonstances. Les calculs astronomiques n'avaient, d'ailleurs, pu être faits, au début, avec une parfaite exactitude, et les progrès de la science déliaient amener des améliorations successives.