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LA TURQUOISE

Oa a dit que la turquoise devait son nom à sa couleur bleue qui est la couleur favorite des Turcs. Peut-être est-il plus simple et plus naturel d'admettre que la Turquie est sa marraine parce que c'est de ce pays qu'elle nous est d'abord parvenue.

Réaumur avait dit, en 1715, que les turquoises n'étaient autre chose que des os et des dents d'animaux pétrifiés ; mais cette opinion n'a été admise que pour la turquoise occidentale ou de nouvelle roche, appelée aussi, à cause de cela, turquoise osseuse. Celle-là seule provient des os et surtout des dents des mammifères enfouis dans le sein de la terre, et accidentellement colorés par Toxyde de cuivre. « On doit présumer, dit Buflfon, qu'il peut se former des turquoises dans tous les lieux où des os plus ou moins pétrifiés auront reçu la teinture métallique du fer ou du cuivre. Nous avons au cabinet du roi une main bien conservée, et qui paraît être celle d'une femme, dont les os sont convertis

en turquoise; cette main a été trouvée à Glamecy, en Nivernais, et n'a point subi Taction du feu; elle est même recouverte de la peau. »

La turquoise orientale ou de vieille roche, celle qui n'est pas osseuse, vient des Indes et principalement de la Perse. C'est, de toutes les pierres fines, la plus estimée et la plus chère.

La turquoise est plus abondante que beaucoup d'autres pierres précieuses, et rien pourtant n'est plus rare qu'une turquoise sans défaut. Elle a presque toujours des fissures noires à la surface, et presque toujours aussi elle change de nuance à la lumière : d'un beau bleu le jour, elle peut être pâle ou verte le soir. Il n'existe pas, même dans la collection de la couronne, une parure de turquoises irréprochable. Gela tient surtout à la difficulté de trouver des turquoises pareilles. Si l'occasion se présente jamais pour vous de tendre un piège à un ennemi, demandez-lui d'appareiller deux turquoises ayant même dimension, même nuance, même épaisseur et mêmes défauts. Soyez assuré que vous mettrez votre victime, fût-ce un joaillier ou un lapidaire, dans un grand embarras.

Les turquoises occidentales, d'une valeur beaucoup moindre que les orientales, sont d'un bleu plus pâle et ne tiennent pas leur couleur ; le plus souvent, elles deviennent vertes.

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Ici comme toujours, je m'arrête pour être à peu près sûr de m'arrêter à temps. Aussi bien, c'est après la turquoise qu'il convient de tirer l'échelle. Que viendraient faire à sa suite, en effet, la cordierite, l'idocrase, Tépidote, le disthène, Taxinite, l'hypersthène , le diallage et beaucoup d'autres encore? Toutes seraient effacées par le beau bleu de la turquoise, et la plupart seraient d'un médiocre intérêt.

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Les Indiens, qui aiment le repos, qui mettent le bonheur dans l'immobilité, et qui d'ailleurs font peu de cas de la vie, ont cette maxime : Il vaut mieux être assis que debout, couché qu'assis, et mort que tout cela. Les peuples d'Occident ne partageant pas cette opinion, la chaise occupe chez eux une place importante.

Chaise est une prononciation vicieuse du mot chaire. Ainsi que Ta fait observer M. Littré, le peuple de Paris, au xvi« et au xvn« siècle, remplaçait, dans beaucoup de mots, le son de Tr par celui du z, et cette faute, acceptée par l'usage, a fini par faire deux mots de chaire et de chaise, avec une acception différente. Mais pendant long-

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A TRAVBRS LBS MOTS.

temps on ne les a pas séparés : Molière a dit chaise çonr chaire :

Les savanls ne sont bons que pour prêcher en chaise ;

et Régnier, chaire pour chaise :

Et chacun en son rang se met sur une chaire.

Le nom latin de chaise et, par conséquent, de chaire, puisque ces deux mots n'en faisaient qu'un, est cathedra. L'église principale d'un évôché a été appelée cathédrale parce que c'est celle où est placé le siège de l'évêque du diocèse. Dans les anciennes églises, le siège ou trône épiscopal était généralement fixe : placé au fond, dans l'axe de Tédiflce, comme le siège du juge de la basilique antique, il était en marbre, en pierre, en bois, et se reliait à des stalles disposées de chaque côté le long des murs de l'abside.

Parmi les sièges que signale dans l'histoire une certaine particularité, nous comptons la chaise curule, la chaise de poste, la chaise à porteurs, le fauteuil académique et enfin le tabouret.

Les chaises curules, ces sièges d'honneur réservés, dans les temps anciens de Rome, aux rois d'abord, puis à ceux qui exerçaient la dictature, le consulat, la censure, la préture et rèdilité, suivaient en diverses circonstances les premiers

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magistrats de Rome ; elles étaient transportées sur des chars, en latin currus, et c'est à cette circonstance qu'elles doivent leur nom : « chaire curule, comme ilz l'appellent, c'est-à-dire qui se porte sur un chariot par la ville. » (Amyot). — Celui qui, voulant rire, a dit que chaire curule signifiait chaise qui roule s'est trouvé n'avoir plaisanté qu'à moitié; cette traduction libre est presque la vérité. Les chaises curules, faites d'ivoire, quelquefois de bronze, n'étaient en usage qu'à Rome; dans les municipes et dans les colonies, le siège d'honneur était appelé biselUum.

C'est sous le ministère de Colbert que furent établies, en 1664, les chaises de poste. Bien que ces chaises fussent des fauteuils, elles laissaient, au début, beaucoup à désirer : représentez-vous un siège à bras soutenu sur le milieu d'un châssis, porté par derrière sur deux roues, appuyé par devant sur le cheval, et vous aurez l'image de la chaise de poste primitive. C'est là un de ces véhicules dans lequel aujourd'hui on ferait une pauvre figure.

Cette modeste invention eut pourtant son Christophe Colomb et son Améric Vespuce (Amerigô Vespucci) : l'inventeur fut un nommé de la Grugère, et le parrain le marquis de Crenan; ce marquis obtint un privilège, et les voitures furent appelées chaises de Crenan.

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284 A TRArERS LES MOTS.

L'usage en France des chaises à porteurs avait précédé de cinquante ans environ celui des chaises de poste ; il nous vint de Londres, et fut introduit par M. de Montbrun. Les chaises à porteurs furent autorisées dans tout le royaume par lettres patentes enregistrées en parlement le 11 décembre 1617. Ces voitures sans chevaux et sans roues étaient une réminiscence des temps anciens : les Babyloniens et les Romains, sous les empereurs, s'étaient servis de voitures à bras et surtout de litières. Elles étaient portées par des esclaves, et la différence des conditions était marquée par le nombre des porteurs. Chaises et litières ont presque entièrement disparu de nos régions : on ne les retrouve plus aujourd'hui que dans les pays chauds : aux Indes, en Chine, en Amérique, sous le nom de palanquins. Le mot palanquin est un terme de marine ; il désigne un petit palan, c'est-à-dire un assemblage de poulies et de cordes servant à enlever des fardeaux. Bien que les personnes portées en palanquins sur les épaules des esclaves soient enlevées comme des fardeaux, ce n'est pas à une comparaison que notre palanquin doit son nom : il est d'origine sanscrite et vient du pâli palangka, litière.

Il y a dans la basse, très-basse latinité un grand vilain mot réputé pour être le point de

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départ de notre fauteuil : c'est faldisiolium, nom du siège que Ton plaçait près du célébrant à côté de l'autel. Il est formé de l'ancien allemand falten, plier, et sluol, siège, le fauteuil étant primitivement ce que nous appelons aujourd'hui un pliant. Jean Nicot au xvi« siècle le définissait ainsi : « Une espèce de chaise à dossier et à accouldoirs, ayant le siège de sangles entrelassées, couverte de telle estoflfe qu'on veut, laquelle se plie, pour plus commodément la porter d'un lieu à un autre. » Pour aider à franchir la distance qui sépare le mot de la chose, il n'est pas inutile de suivre ses diverses transformations ; le meuble lui-même n'en a pas tant subi : faldes-' toed, faudestu^t, faudestueill, faudeteuil et enfin fauteuil.

Le mot fauteuil se prend dans un sens absolu pour place à l'Académie française. On dit d'un candidat académicien qu'il aspire au fauteuil comme d'un cardinal en espérance qu'il aspire au chapeau. — Le rôle que joue le fauteuil à l'Académie française a sa cause dans l'histoire de la célèbre compagnie; Duclos va nous la dire :

€ Il n'y avait anciennement dans l'Académie qu'un fauteuil, qui était la place du directeur. Tous les autres académiciens, de quelque rang qu'ils fussent, n'avaient que des chaises. Le car-

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dinal d'Estrëes, étant devenu très-infirme, chercha un adoucissement à son état dans Tassiduité à nos assemblées. Nous voyons souvent ceux que l'âge, les disgrâces ou le dégoût des grandeurs force à y renoncer, venir parmi nous se consoler ou se désabuser. Le cardinal demanda qu'il lui fût permis de faire apporter un siège plus commode qu'une chaise. On en rendit compte au roi; qui, prévoyant les conséquences d'une pareille distinction, ordonna à l'intendant du garde-meuble de faire porter quarante fauteuils à l'Académie, et confirma par là et pour toujours l'égalité académique. »

Deux fauteuils sont restés célèbres dans l'histoire : celui du bon roi Dagobert, ou de quelque autre de nos premiers rois, que possédaient les religieux de l'abbaye de Saint-Denis, et que Napoléon fit transporter à Boulogne-sur-Mer , en 180i, pour distribuer solennellement à ses soldats les croix de la Légion d'honneur; — et celui dans lequel s'asseyait Molière à Pézenas, chez le barbier Gelly, pour observer les mœurs et les habitudes des nombreuses pratiques du figaro languedocien. Cailhava, ayant consulté un ami de Pézenas sur l'authenticité du dit fauteuil, reçut la réponse que voici : « Il est certain qu'il existe dansnotrepetiie commune un grand fauteuil de bois auquel une tradition constante a conservé .

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le nom de fauteuil de Molière, Sa forme atteste son antiquité. L'espèce de vénération attachée au nom qui lui fut donné par les contemporains de Molière Ta suivi chez les divers propriétaires dans la maison où on le montre encore aux dévoués admirateurs du père de la Comédie française.

Voici ce que les Nestors du pays racontent :

ils disent qu'au temps- où Molière habitait Pézenas, il se rendait assidûment tous les samedis, jour de barbe et de marché, dans l'après-dlnée, chez un barbier de cette ville, dont la boutique était la plus achalandée. Cette boutique était le rendez-vous des oisifs , des campagnards du bon ton de l'époque, et des fashionables qui allaient s'y faire calamistrer. C'est d'ailleurs un fait incontesté qu'avant rétablissement des cafés dans les petites villes, c'était chez les barbiers que se débitaient les nouvelles, que l'historiette du jour prenait du crédit, et que la politique épuisait ses combinaisons. Le susdit grand fauteuil occupait le milieu d'un lambris qui revêtait à hauteur d'homme rinlérieur de la boutique de Gelly. »

C'est au tambour, dont le plus souvent il aflfecte la forme, que le tabouret doit son nom. Jusqu^au xvi« siècle, nos pères ont dit tabour et tabouriner.

Le tabouret a été tout à la fois une marque d'honneur et une peine infamante.

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Avoir le tabouret était le droit que certaines personnes avaient, à la cour de France, de s'asseoir sur un siège pliant en présence de la reine. Le tabouret ne fut d'abord accordé qu'aux princesses et aux duchesses. Il fut ensuite concédé aux dames qui occupaient le premier rang dans la maison de la reine. Plus tard, on l'accorda aux cardinaux, aux ambassadeurs, aux dames dont les maris étaient grands d'Espagne, aux épouses du chancelier de France et du garde des sceaux, a D'Argenson, dit Duclos, demanda le tabouret pour sa femme et l'obtint ; c'est la première qui l'ait eu à titre de femme de garde des sceaux. » Dans les cercles de la reine, le droit de tabouret était pour les dames ce qu'était pour les hommes de la cour le fauteuil chez le roi.

L'autre tabouret était celui sur lequel on exposait en public les malfaiteurs condamnés à une peine infamante. Les coupables étaient assis pendant quelques heures aux rçgards du peuple, qui lisait sur un écriteau attaché au-dessus de^ leur tête la cause de leur condamnation. Le tabouret est ce qu'on a appelé plus tard et jusqu'en 1848 Yeoûposition, laquelle avait remplacé, après la révolution de 1789, le pilori, sorte de charpente, d'échafaud ou de poteau auquel étaient attachés les banqueroutiers et les criminels non

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LBS MBUBLES.

condamnés à mort. Le mot pilori est, s41 faut en croire Sauvai, une corruption de puits-Iori, le premier gibet de ce genre qui ait été dressé dans Paris se trouvant près d*un puits qui, du nom de son propriétaire, avait été appelé lori. Il ne faut voir là, sans doute, qu'une étymplogie de fantaisie comme on en a tant improvisé; il est probable que pilori découle simplement de pilier.

La selle, avant d'être spécialement un harnais destiné à recevoir le cavalier, était un petit siège de bois sans dossier, à trois ou quatre pieds, qu'on appelle plus volontiers aujourd'hui escabeau. C'est à ce petit meuble que fait allusion le proverbe : se trouver entre deux selles assis par terre. Ce mot a pour origine le verbe sedere, être assis, et pour diminutif la sellette, sur laquelle on faisait asseoir, pour les interroger, ceux qui étaient accusés d'un délit pouvant encourir une peine afflictive. De là le sens figuré : mettre quelqu'un sur la sellette, le presser de questions pour lui arracher ses secrets ; de là aussi le petit jeu : pourquoi est-il sur la sellette ? — De môme que le pilori, la sellette a été abolie en 1789 par un décret de l'Assemblée nationale.

Il ne reste plus, pour compléter la série des meubles de repos, qu'à prendre possession des sièges que j'appellerai collectifs, ceux où plusieurs

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personnes peuvent s'asseoir en mênae temps : le canapé. le divan et le sofa, qui nous viennent tous les trois, comme on pouvait s'y attendre, des régions de la langueur et du repos.

C'est au cousin, nommé en grec kônops, qu'il faut demander l'origine du mot canapé, « Le conopée, dit M. Dacier, était une tente, un pavillon, dont les dames se servaient en Egypte pour se garantir des cousins qui y sont en grand nombre, à cause du voisinage de la mer et des marais du Nil. » Ce lit de repos, garni de rideaux destinés à écarter les moucherons, a laissé son nom à notre canapé. Quand le mot fut introduit dans notre langue, au xvi* siècle, il venait d'Italie et s'écrivait conapé. Rabelais avait même conservé la primitive orthographe, il écrivait conopée.

Divan vient de l'arabe diouân, mot qui signifie tout à la fois conseil et recueil de poésies. C'est pourquoi l'assemblée du conseil d État, en Turquie, et le lieu même où se tient cette assemblée se nomment divan, et pourquoi aussi divan se dit d'une collection de poésies arabes dont chacune s'appelle ghazel. Goethe s'est autorisé de cette dernière acception lorsqu'il a intitulé Divan son recueil de poésies orientales.

En se rappelant que les Orientaux ont la molle habitude d'être étendus, presque couchés, même quand ils délibèrent, on s'explique que les

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meubles faits à rimitation des coussins qui entourent la chambre du conseil, aient reçu le nom même de cette chambre.

Peut-être ne faut-il pas avoir parlé de l'oriental divan sans rappeler ce qu'on raconte sur la Sublime Porte, nom officiel que les Turcs donnent à la cour du sultan et, par extension, à la résidence du vizir, où se réunissent les ministres pour traiter les affaires de l'État. On raconte que le respect dont la porte du souverain est devenue l'objet a pour cause un morceau de la pierre noire, que Mostazhem Billah, trente-septième et dernier calife abbasside, aurait fait enchâsser sur le seuil de la principale porte du palais de Bagdad. Cette fameuse pierre noire, adorée par les musulmans au temple de la Mekke, la Kabba (ainsi nommée de sa forme cubique), est celle que la tradition dit avoir été envoyée par Dieu à Abraham, et être devenue noire, de blanche qu'elle était, par les péchés des hommes. Mais il est probable qu'on a pris la cause pour l'eflfet : un morceau de la pierre noire n'a été placé là sans doute au xm« siècle que parce que la Porte était depuis longtemps en honneur. Ce qui donne quelque poids à cette supposition, c'est que bien des siècles auparavant la porte du roi signifiait, en Asie, le palais du roi. Chez les anciens Perses, « les jeunes seigneurs, nous dit Bossuet,

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étaient élevés à la porte du roi avec ses enfants »• Le mot porte a, dans les langues sémitiques, des acceptions analogues à celle de notre mot cour ; il se dit d'un tribunal, d'un marché, d'un lieu public. Les deux mots jouent exactement le même rôle en ce qui touche le palais du souverain : la cour du roi est, en Orient, la porte du roi. « Iris les trouva tous assemblés pour le conseil aux portes du palais de Priam. C'était la coutume des Orientaux. Les assemblées se tenaient aux portes de la ville ou aux portes des palais des rois. Les livres sacrés en fournissent mille exemples. De là est venue cette expression à la Porte pour dire à la cour du grand Seigneur. » (M'»« Dacier. — Trad. de VIliade.)

Le sofa a été d'abord et est encore, en Orient, une estrade élevée et couverte d'un tapis répondant à ce qui, pour nous, est le trône. Voltaire écrivait, en 1770, à l'impératrice Catherine II : « Il faut que ce prince (Mustapha) soit ensorcelé si, de son. sofa, il ne demande pas la paix à votre trône. » Le mot arabe soffah signifie banc, estrade. Ce nom a été donné ensuite à une espèce de lit de repos, et il sert à désigner parmi nous, quand on tient à préciser les choses, un canapé dont le dossier est en trois parties. Ainsi, le divan n'a pas de dossier, c'est un long coussin ; le canapé en a un tout d'une pièce, et le sofa en a trois.

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LBS MEUBLES.

Maintenant que nos sièges sont faits, dégageons au plus tôt la situation en mettant de côté ceux de nos objets mobiliers dont les noms sont suffisamment expressifs. La travailleuse et le chiffon^ nier disent à quoi ils serrent et ce qu'ils contiennent : le soufflet souffle ; les pincettes pincent ; le flambeau flambe, et le candélabre porte des chandelles (en latin candela); la paillasse est faite de paille ; le traversin se place à travers le lit ; le tableau est un diminutif de table; V étagère parle des étages que forment ses tablettes superposées ; le rideau indique les rides que cause le fi'oncement ou les plis de Fétofife, et V oreiller reçoit les oreilles.

Quant à la taie de l'oreiller elle s'est appelée anciennement toie, et vient du latin theca, étui, gaîne, enveloppe. C'est l'idée d'envelopper, de couvrir, qui a fait donner ce même nom à la pellicule ou tache blanche qui se forme sur la cornée de rœil.

Parmi les objets à feu, il importe peu que le latin de cheminée soit caminus^, et celui de pelle, pala^ : tout l'intérêt se concentre donc sur le poêle et les chenets.

1 Caminus signifie exactement fourneau et, par extension, brasero. La cheminée propi^ment dite était trop rare chez les Romains pour avoir eu un nom particulier.

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