Cette origine semble s'être perdue au xvi* siècle : deux
recueils de chansons imprimés en 1561 et en 1576 sont inii-
'tulés: l'un Chansons et voix-de-ville, par LayoUe, l'autre
Recueil des plus belles et excellentes chansons de voianie-vifUy
tirées de divers auteurs, par Jean Charles Davoine.
Leçon donnée avec aigreur Ne touche pas, môme elle afflige...
Il faut reprendre avec douceur Si vous voulez qu'on se corrige.
(Blondbau.)
Rondeau a pour radical rond, parce qu'on retourne toujours au premier vers, parce que la fin ramène les mots du commencement, comme on ferait dans un rond en revenant au point de départ.
Le rondeau se composait de treize vers sur deux rimes seulement, et le premier ou les premiers mots se répétaient après le huitième, comme après le dernier, sans faire partie des vers.
Ma foi, c'est fait de moi, car Isabeau
M'a conjuré de lui faire un Rondeau.
Cela me met en une peine extrême.
Quoi ! treize veri:, huit en eau, cinq en ème !
Je lui ferais aussitôt un bateau.
En voilà cinq pourtant en un monceau.
Faisons-en huit en invoquant Brodau ,
£t puis mettons, par quelque stratagème.
Ma foi, c'est fait.
Si je pouvais encor de mon cerveau Tirer cinq vers, l'ouvrage serait beau ; Mais cependant je suis dedans l'onzième ,^ Et ci je crois que je fais le douzième ;
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894 A TRAVERS LES JdOTS.
En voilà treize ajustés au niveau.
Ma foi» c'est fait I
(VpiTOEB.)
Tel était le rondeau; on avait imaginé même de compliquer la question : il y avait le rondeau simple, composé de deux quatrains séparés plar un distique, le rondeau double, celui dont on vient de lire un exemple, et enfin le rondeau redoublé composé de vingt vers divisés en cinq quatrains tels que les quatre vers du premier quatrain faisaient les uns après les autres le dernier vers de chacun des quatrains suivants.
Après le dernier quatrain venait le premier mot ou l'hémistiche du premier vers du rondeau.
Quel travail, n'est-ce pas? Quels efforts pour un si mince résultat ! Et pourtant il y eut un temps où des hommes, presque des poètes, s'occupaient sérieusement à tourmenter les mots, à torturer les phrases et les vers pour vaincre les difficultés accumulées, dans un rondeau. Bien que ce genre de travail fût singulièrement puéril, il s'est trouvé un homme, non sans quelque mérite, Benserade, pour mettre en rondeaux les Métamorphoses d'Ovide. Toute la mythologie fut mise à cette sauce, y compris la préface, le privilège et Terrata. Louis XIV donna mille louis pour encourager cette extravagante entreprise, et le duc d'Ënghien, fils du grand Gondé, se fit
ie champion des rondeaux. « Enfin les vers en sont clairs, disait-il à Boileau, difficile à convertir; ils sont parfaitement rimes, et disent bien ce qu'ils veulent dire. — Monseigneur, répondit le poète, il y a quelque temps que je vis une estampe représentant un soldat qui se laissait manger par les poules; au bas on lisait ce distique :
Le soldat qui craint le danger Aux poules se laisse manger.
Assurément cela est clair, cela est bien rimé, cela dit bien ce que cela veut dire ; et cependant cela ne laisse pas d'être le plus plat qui se puisse. »
Chapelle, traitant le mal par le mal même, écrivit à Toccasion des rondeaux de Benserade, le rondeau épigrammatique que voici :
A la Fontaine où s'enivrent Boileau, Le grand Corneille et le sacré troupeau De ces auteurs que Ton ne trouve guère, Un bon rimeur doit boire à pleine aiguière, SMl veut donner un bon tour au rondeau.
Quoique j'en boive aussi peu qu'un moineau, Cher Benserade, il faut te satisfaire,
T'en écrire un Hé! c'est porter de l'eau
A la fontaine.
De tes rondeaux un livre tout nouveau A bien des gens n'a pas eu l'art de plaire ;
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Mais quant à moi, j'en trouve tout fort beau : Papier, dorure, image, caractère, Hormis les vers, qu'il fallait laisser faire A La Fontaine.
^e pardonnez pas à Benserade d'avoir abusé du rondeau : il pouvait faire un meilleur usage de son temps, de son talent et des deniers de l'État ; mais reconnaissez qu'à l'époque où rimer ainsi était à la mode quelques-uns se sont essayés avec succès dans ce genre d'amuselte.
La Ballade {ballada, de ballar, baller, danser) a dû être, dans l'origine, Tétymologie l'indique, un chant destiné à conduire les danses. Plus tard, elle est devenue une espèce de poésie assujettie, comme le rondeau, à des règles déterminées.
C'est dans les chants provençaux que l'on retrouve les plus anciennes ballades; c'est vraisemblablement par les troubadours que la ballade a passé en Italie, en Espagne et dans la France du Nord.
Dans sa forme la plus singulière, telle qu'elle est fixée depuis Marot, la ballade se compose de trois couplets ou strophes et d'un envoi. Le nombre des vers de chaque sti'ophe varie entre sept et douze, mais s'arrête plus généralement au huitain. Les vers, qui doivent avoir toujours même mesure, sont le plus souvent de huit ou dix syllabes. Tous les couplets, sur deux mêmes
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LBS PETITS POBMBS. 897
rimes masculines ou féminines se terminent, ainsi que l'envoi, par un même vers faisant refrain. L'exactitude de la forme exige aussi que l'envoi soit moitié du couplet : si le couplet a douze vers, l'envoi est un sixain ; s'il en a huit, l'envoi est un quatrain.
La ballade commença d'avoir cours en France vers le règne de Charles V. Jean Froissart fut un des premiers à la mettre en vogue. Abandonnée pour un assez long temps à partir de Henri II, elle fut reprise dans la suite, et garda quelque honneur jusqu'au temps de Louis XIV. — Charles d'Orléans, Villon, Christine de Pisan, Marot, Sarrazin, M"« Deshoulières, sont nos principaux faiseurs de ballades.
Une ballade à citer serait bien longue ; on aura une idée suffisante de ce qu'elle était au xv« siècle, en lisant l'envoi de la ballade de VHomme égaré, par Charles d'Orléans :
Aveugle suy ; ne sçay où aler doye ; De mon baston, a6n que ne forvoye, Je vais tastant mon chemin çà et là.
C'est grant pitié qu'il convient que je soye L'omme esgaré qui ne sçay où il va.
Qu'on n'oublie pas que les trois grandes strophes qui précèdent cet envoi ont toutes trois les mêmes rimes et chacune le même refrain.
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898 , A TRAVERS LBS MOTS.
De la ballade ainsi réglée et gênée à celle de Millevoye, qui a imité les chants d'Ecosse, à celle surtout de Victor Hugo, telle qu'il Fa comprise, il y a une singulière distance. Notre grand poète n'a pris de Tancienne ballade que le fond. Ne voulant s'astreindre à aucune des entraves imposées par les législateurs d'autrefois, il ne s'est emparé que des sujets : les récits légendaires. Lui-même nous Ta dit, ses ballades sont « des esquisses d'un genre capricieux ; tableaux, rêves, scènes, récils, légendes superstitieuses, traditions populaires. L'auteur, en les composant, a essayé de donner quelque idée de ce que pouvaient être les poëmes des premiers troubadours du moyen âge, de ces rapsodes chrétiens qui n'avaient au monde que leur épée et leur guitare, et s'en allaient de château en château, payant l'hospitalité avec des chants » .
Il y a quelques autres petites pièces encore, dont je dirai les noms et les conditions pour compléter l'historique des petits poëmes surannés : le Chant royal, le Lai, le Virelai et la Villa^ nelle.
Le Chant royal se composait de cinq strophes, ordinairement de onze vers chacune, et d'un envoi. Le même vers revenait à la fin de chaque sU'ophe et formait le refrain qui ainsi se trouvait être répété six fois. L'envoi avait cinq, quelque-
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fois sept vers, et commençait le plus souvent par le mot : prince, ce qui a valu à ce genre de poème son nom de cbant royal.
Le Lai (de l'allemand lied, chanson) était au moyen âge un petit poëme racontant une aventure merveilleuse prise dans une légende; c'était aussi une petite pièce plaintive divisée en couplets presque toujours sur deux rimes. Le lai, emprunté aux Bretons, est peut-être la plus ancienne poésie des Gaules.
Sur Tappui du monde Que faut-il qu'on fonde
D'espoir ?
Cette mer profonde En débris féconde
Fait voir Calme au matin Tonde, Et Torage y gronde
Le soir.
Virer signifie tourner ; de là le nom de Virelai donné au lai qui, après chaque couplet, retourne au premier vers pour en faire le refrain ;
Quel jour pour moi que celui de demain I Je vous verrai, comme je le souhaite, Dans Tembonpoint d'une santé parfaite; Je vous verrai Fair tranquille et serein ; Je vous verrai, de mes soins satisfaite,
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Prendre plaisir d'en être l' interprète.
Quel jour pour moi que celui de demain !
Mais sMl fallait qu'un essieu, qu'une main Vînt par malheur à se rompre en chemin, Qu'au jour marqué tous ne pussiez vous rendre, Et que, parti pour aller vous attendre, Toute la nuit je dusse attendre en vain, Précisément qu'il gèle à pierre fendre, Quel jour pour moi que celui de demain I
Quoi qu'il en soit, partir est mon dessein ; Et dût le temps être encor cent fois pire.
Je partirai : le reste est incertain.
Mais, soit en bien, soit en mal, mon refrain Sera toujours de dire et de redire :
Quel jour pour moi que celui de demain I
(RBONIBR DBSMARArS.)
La Villanelle était une chanson ayant, comme toutes les chansons, des couplets et un refrain. Elle n'avait de particulier que d'être spécialement une chanson de bergers : le mot italien villanella veut dire rustique, de paysan, et toute chanson pastorale autrefois était une villaneHe.
Un des savants du xvi* siècle, Jean Passerat, en a laissé un joli exemple :
J'ai perdu ma tourterelle, Est-ce point elle que j'oy ?
Je veux aller après elle.
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Tu regrettes ta femelle, Hélas I ainsi fais-je, moy.
J'ai perdu ma tourterelle.
Si ton amour est fidèle, Aussi est ferme ma foy :
Je veux aller après elle.
Ta plainte se renouvelle ; Toujours plaindre je me doy J'ai perdu ma tourterelle.
En ne voyant plus la belle, Plus rien de beau je ne voy; Je veux aller après elle.
Mort, que tant de fois j'appelle, Prends ce qui se donne à toy !
J'ai perdu ma tourterelle :
Je veux aller après elle.
La villanelle n'est pas morte tout à fait ; lisez, pour la voir revivre sous une forme heureuse, celle que nous a donnée Eugène Manuel, l'auteur aimé des Poèmes populaires.
Âhl cité, cité de Paris,
Ce cœur d'enfant, vous l'avez pris !
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