DE LA ROMANCE
Le fabliau, que je viens de nommer, nous conduit naturellement à la Romance; ils sont contemporains. Le roman est la langue qui s'est parlée en France au moyen âge. Le commerce des peuples du nord de la Gaule avec les Allemands amena plus tard la formation de deux dialectes dans la langue romane : l'un la langue
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(jFoil, fut celui du Nord ; l'autre, la langue â!oc>, celui du Midi ; mais pendant trois siècles il n'y eut guère d'autre langue parlée et écrite dans le midi de FËurope que la langue romane, qui n'était autre que la langue latine Corrompue par l'introduction de mots celtes et francs avec des désinences latines.
C'est dans cette langue, indistinctement appelée romane ou romance que furent écrits, soit en prose, soit en vers, un grand nombre de récits touchants ou populaires destinés à célébrer les événements de l'histoire nationale, les exploits des héros ou les malheurs des amants. A ces récits, comme à ceux qui en ont été dans la suite les imitations, nous avons conservé le nom de la langue dans laquelle ils ont été primitivement écrits : de là le nom de rotnan donné aux récits merveilleux de la vie chevaleresque et à tous ceux qui sont venus après pour peindre les mœurs ou raconter des fictions ; de là aussi le nom de romance laissé à toute chanson tendre et sentimentale ayant pour sujet un regret, une plainte ou toute autre histoire du cœur.
La timide Romance exhale mollement Une plainte sans art, fille du sentiment.
Elle aime à parcourir le domaine des larmes, £t doit à l'Élégie une part da ses charmes.
(La Chausii£b.)
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Le caractère de la romance est toujours, comme du temps de Rousseau, d'émouvoir l'âme par le récit tendre et naïf de quelque histoire amoureuse ou tragique. « Une romance bien faite, dit-il, n'ayant rien de saillant, n'affecte pas d'abord ; mais chaque couplet ajoute quelque chose à reflfet des précédents ; l'intérêt augmente insensiblement, et quelquefois on se trouve attendri jusqu'aux larmes, sans pouvoir dire où est le charme qui a produit cet effet. )>
La romance a une sœur, plus vive, plus alerte, plus fine que son ainée, mais toute française aussi, la chanson. On dit que tout finit en France par des chansons; on peut ajouter que tout a commencé par là. Les premières chansons ont été écrites en latin et n'en étaient pas moins populaires. Les victoires remportées par les Français en étaient généralement le sujet; les croisades alimentèrent longtemps la verve des chansonniers. Trouvères et jongleurs assemblaient le peuple sur la place publique, et chantaient les hauts faits des chevaliers.
Le mot chanson, né de cantare, chanter, indique que ces récits, même à Torigine, se faisaient toujours en musique; les jongleurs s'accompagnaient d'un instrument, et même assaisonnaient leur chant, quand il en était besoin, de toutes sortes de jongleries.
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D'héroïque qu'elle était presque exclusivement restée jusqu'au xvi« siècle, la chanson devint satirique, suivant en cela le mouvement des idées et la marche de l'histoire ; puis enfin elle prit toutes les formes et fut tour à tour grivoise, railleuse, burlesque, sentimentale, sans jamais perdre sa popularité :
Fille aimable de la Folie, La chanson naquil parmi nous :
Simple et légère elle se plie Au ton des sages et des fous.
(Db Bbbnis.)
La chanson est la plus fidèle expression du caractère français : elle rit, se moque et donne à toutes choses cet air de philosophique insouciance qui a fait dire à La Bruyère : « Il faut rire avant d'être heureux, de peur de mourir avant d'avoir ri. »
Depuis longtemps, nous sommes loin de ces longues épopées du moyen âge qu'on appelle chansons de geste * ; elles ont été remplacées
1. Geste (du latin gesta, exploits) est un vieux mot qui signifie exploit, fait, action. On dit encore dans ce sens : les faits et gestes de quelqu'un. Les chansons de gestes sont des poëmes, divisés en stances ou couplets, qui célèbrent les ac^ lions des anciens héros.
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par les parodies et les complaintes. Nulle part les complaintes n'ont été nombreuses autant que chez nous, et les récits burlesques de ce genre c'ont pas attendu pour se produire la mort de Jacques de Chabannes, sieur de La Palice, tué »à la bataille de Pavie, le 24 février 1525, après ;avoir été, dix ans auparavant, Tun des héros de la bataille de Marignan.
Hélas ! La Palice est mort, Il est mort devant Pavie; Hélas ! s'il n'était pas mort, Il serait encore en vie.
Tel est le premier couplet d'une chanson qui en a plus de vingt et dont le sujet est la bataille de Pavie. Cest ce début qui a inspiré à La Monnoye les cinquante et un couplets qui ont pour titre : le fameux La Palice. Le pauvre maréchal n'a été coupable d'aucune des niaiseries qu'on semble lui prêter : son nom n'est là qu'accidentellement et pour évoquer le ton du premier couplet de la chanson du xvi® siècle.
La chanson, à partir de la Renaissance, s'eàt beaucoup mêlée aux affaires publiques, et le sarcasme devint dès lors son arme de prédilection. (( En France et sous nos rois, a dit M. Scribe dans son discours de réception à TAcadém^e française, la chanson fut longtemps la seute
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opposition possible ; on définissait le gouvernement d'alors une monarchie absolue tempérée par des chansons. » Et puis, cette sensibilité vive et presque enfantine qui faisait dire à Duclos que les Français étaient les enfants de V Europe, s'est de tout temps exhalée en chansons. On chantait quand les Anglais démembraient le royaume ; on chantait pendant la guerre civile des Armagnacs; on chantait pendant la Ligue, pendant la Fronde, sous la Régence, et c'est au bruit des chansons de Rivarol et de Champceoetz que la monarchie s'est écroulée à la fin du xvni« siècle.
D'un trait de ce poëme (la satire), en bons mots si fertile,
Le Français, né malin, créa le vaudeville,
Agréable indiscret, qui conduit par le chant,
Passe de bouche en bouche et s'accroît en marchant.
(BOILBAU.)
Avant d'être une pièce de théâtre inêlée de chants ou un théâtre même, le vaudeville fut un couplet. Au milieu du xv« siècle, il y avait à Vire, en basse Normandie, un ouvrier foulon, Olivier Basselin, qui composa beaucoup de chansons sur les aventures, les intrigues de son temps^ En se répandant, ces chansons conservèrent le nom du lieu où elles étaient nées, \q val-de-vire.
le vau'de-vire, et, la corruption aidant, le mot vaudeville se trouva formé ^
Les chants nationaux et les chansons populaires ont toujours exercé une grande influence sur Topinion publique : les uns entretiennent le patriotisme et conduisent à la victoire; les autres perpétuent les nobles sentiments, les croyances et les traditions. L'histoire locale, les pieux souvenirs se transmettent dans les campagnes par des légendes en chansons.
Si tout ce qoi a un refrain peut être réputé chanson, nous classerons ici, comme objets archéologiques, le triolet, le rondeau et la ballade.
Le triolet était une petite pièce de huit vers qui devait son nom à une triple répétition : le premier vers se répétait après le troisième, puis le premier et le deuxième se répétaient après le sixième. De la sorte, il y avait un môme vers qui revenait trois fois.
Il faut reprendre avec douceur.
Si vous voulez qu'on se corrige :
Songez-y, rigoureux censeur, Il faut reprendre avec douceur.