Poar des sonnets en fasse qui les aimef
Chacun son goût, mais ce n'est pas le mien.
Un bon, dit-oD^ vaat seul an iongpofimes Heureux qui peut en amener k bien!
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LES PETITS PQEMES. 408^
J'ignore ce que c'est qu'un sonnet sans défaut, cela ne me semble pas très-facile à préciser ; mais alors même que je le saurais je ne me sentirais disposé à accepter le principe absolu de Boileau que si le long poëme était mauvais.
Le sonnet est un jeu d'esprit, il faut le prendre ainsi pour ne pas le surfaire; les conditions qu'il impose constituent un petit système de tyrannie peu propre à servir l'inspiration. Lamartine n'a pas eu besoin de faire des sonnets pour être un grand poète, et l'unique sonnet de Victor Hugo n'est pas un chef-d'œuvre. Dans tous les genres de poésie, les exigences de la rime et de la mesure entraînent trop souvent des mots vides de sens ; et ce que Boileau appelle un sonnet sans défaut, c'est peut-être celui qui ne renfermerait pas un seul mot inutile.
Certains poètes manient le vers avec une remarquable souplesse; ils ont asservi la rime et triomphent en se jouant de toutes les entraves. L'un d'eux, que j'ai consulté sur les mystérieuses beautés du sonnet sans défaut, m'a répondu en souriant qu'il était mal convaincu lui-même. C'est le sonnet qu'il a chargé de fustiger le sonnet :
Au diable les sonnets qu'Apollon me conseille I Je ne puis en faire un et j'en ai dix en train. Ce genre difficile a fatigué Corneille, Racine, La Fontaine et l'auteur du Lutrin.
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4d4 A TRAVERS LBS MOTS.
La rè^le veut d'abord qu'une rime pareille Couronne quatre fois mon vers alexandrin, Ce qui choque le goût tyrannise Toreille, Alourdit la pensée et le double quatrain.
Puis viennent deux tercets qui s'enlacent ensemble Comme ces deux rameaux qu'un même tronc rassemble. Ce n'est pas tout encore, et l'œuvre est incomplet
Si l'imprévu, l'étrange ou quelques traits sublimes Ne terminent l'accord de ces quatorze rimes.
Je ne pourrai jamais composer un sonnet.
(Roussel, db Mbrt.)
II y a des sonnets charmants sans doute :
La Marguerite,
Je suis la marguerite, et j'étais la plus belle Des fleurs dont s'étoilait le gazon velouté; Heureuse, on me cherchait pour ma seule beauté. Et mes jours se flattaient d*une aurore éternelle.
Bêlas I malgré mes vœux, une vertu nouvelle
A versé sur mon front la fatale clarté ;
Le sort m'a condamnée au don de vérité ;
Et je souffre et je meurs... La science est mortelle I
Je n'ai plus de silence et n'ai plus de repos ; L'amour vient m'arracher l'avenir en deux mots : Il déchire mon cœur pour y lire qu'on l'aime.
Je suis la seule fleur qu'on jette sans regret ; On dépouille mon front de son blanc diadème.
Et Ton me foule aux pieds dès qu'on a mon secret.
{li'^* DB GiBARDIN.)
mais ils sont charmants par l'idée qu'ils expriment, par la grâce qu'ils respirent, beaucoup plus que par les rimes qu'ils ajustent. Si tous les bons sonnets valaient de longs poëmes, la plu* part des petits poètes du xvi« et du xvii« siècle, — Maynard, Claude de MalleTille, Voiture, CoUetet, Saint-Amand, Gomberville, Saint-Pavin, etc., etc., auraient eu, chacun, autant de mérite que Molière, Corneille, Racine et Voltaire.
Le sonnet semble avoir été destiné surtout à peindre les sentiments tendres, à faire vibrer les cordes langoureuses et plaintives; il n'est pas sans intérêt de lui voir jouer un autre rôle dans cette véhémente invective adressée à Colbert par Jean Hesnault, resté fidèle, comme La Fontaine, comme M"* de Sévigné, au surintendant disgracié :
Ministre avare et lâche, esclave malheureux.
Qui gémis sous le faix des affaires publiques. Victime dévouée aux chagrins politiques, Fantôme respecté sous un titre onéreux ;
Vois combien des grandeurs le comble est dangereux, Contemple deFouquet les funestes reliques;
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400 A TRAVERS LBS MOTS.
Et tandis qu'à sa perte en secret tu t'appliques, Grains qu'on ne te prépare un destin plus affreux I
Il part plus d'un revers des mains de la fortune : La chute, comme à lui, te peut être commune; Nul ne tombe innocent d'où te voilà monté.
Cesse donc d'animer ton prince à son supplice, Et quand il a besoin de toute sa bonté, Ne le fais pas user de toute sa justice.
Le quolibet a mis quelquefois aussi le sonnet à son service. Voici, comme exemple de ce genre, rhommage rendu par le pâtissier Ragueneau à maître Adam*, le menuisier-poête de Nevers, qui devint célèbre dans le beau monde, après avoir rimé des joyeusetés dans sa jeunesse:
Je croyais être seul de tous les artisans Qui fût favorisé dés dons de Calliope ; Mais je me range, Adam, parmi tes partisans, Et veux que mon Rouleau le cède à ta Varlope.
Je commence à connaître, après plus de dix ans, Que dessous moi Pégase est un cheval qui cboppe ;
1. Adam Billaut, mort en 1662, a laissé trois ouvrages: les Chevilles, les Vilebrequins et le Rabot; les deux premiers seuls ont été publiés. C'est maître Adam qui avait inspiré ce quiitrain calembourg :
Ornement du siècle où nous sommes, Je ne dis rien de tous sinon Que pour les yers et pour le nom Vous êtes le premier des hommes.
LBS PETITS. POBMBS. 407
Je vais donc mettre en pâte et perdrix et faisans, Et contre le fourgon me noircir en cyclope.
Puisque c'est ton métier de fréquenter la cour, Donne-moi tes outils pour échauffer mon four; Car tes Muses ont mis les miennes en déroute.
Tu souffriras pourtant que je me flatte un peu : Ayecque plus de bruit tu travailles sans doute ; Mais pour moi je travaille avecque plus de feu.
Ud des poètes modernes qui ont le mieux réussi dans ce genre, c'est Joséphin Soulary ; plusieurs de ses sonnets se distinguent autant par la grâce de l'expression que par le charme de la pensée.
Rêves ambitieux.
Si j*avais un arpent de sol, mont, val ou plaine, Avec un fl'.et d'eau, torrent, source ou ruisseau, J'y planterais un arbre, olivier, saule ou chône ; J'y bâtirais un toit, chaume, tuile ou roseau.
Sur mon arbre un doux nid, gramen, duvet ou laine, Retiendrait un chanteur, pinson, merle ou moineau ; Sous mon toit un doux lit, hamac, natte ou berceau, ReUendrait une enfant, blonde, brune ou châtaine.
Je ne veux qu'un arpent; pour le mesurer mieux, Je dirais à Tenfiant la plus belle à mes yeux : « Tiens-toi debout devant le soleil qui se lève;
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ff Aussi loin que ton ombre ira sur le gazon, « Aussi loin je m'en vais tracer mon horizon : « Tout bonheur que la main n'atteint pas n'est qu'un rêve ! a
Le sonnet est surtout en honneur depuis Pétrarque ; on lui en a même faussement attribué l'invention. Peut être en a-t-il fixé les dernières formes; mais avant lui les troubadours avaient déjà composé des petits poèmes de ce genre. Le sonnet n'est guère moins ancien que notre poésie.