DE L^ODE
Vode (du grec ôdè, chant) était ainsi appelée chez les anciens parce que c'était une pièce de vers qui se chantait en accompagnant la voix de la lyre.
(( La plus juste idée, dit Marmontel, que l'on puisse avoir d'un poète lyrique ancien dans le genre élevé de l'ode est celle d'un vertueux enthousiaste qui accourait, la lyre à la main, ou dans le moment d'une sédition pour calmer les esprits; ou dans le moment d'un désastre, d'une calamité publique, pour rendre l'espérance et le courage aux peuples ; ou dans le moment d'un succès glorieux pour en consacrer la mémoire; ou dans une solennité pour en rehausser la splendeur; ou dans des jeux pour exciter l'émulation
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des combattants par ses chants promis au vainqueur, et qu'ils préféraient tous au prix de la victoire. »
Le mot ode ne date en France que du xvi« siècle ; il a été introduit dans notice langue par Ronsard, que Ton peut considérer aussi comme le créateur de rode française. Malherbe, Racan, J.-B* Rousseau, Tout suivi et souvent surpassé dans ce genre ; personne ne l'avait précédé.
L'ode, chez les modernes, ne se chante pas; mais elle appartient essentiellement au genre lyrique : elle exprime les sentiments intimes de Tâme, et, comme forme, se divise en strophes semblables entre elles par le nombre et la mesure des vers.
Si je devais un jour, pour de viles richesses, Vendre ma liberté, descendre à des bassesses; Si mon cœur par mes sens devait être amolli, Temps I je te dirais : Hâte ma dernière heure ;
Hâte-toi, que je meure I J'aime mieux n'être plus que de vivre avili.
Mais si de la vertu les généreuses flammes Peuvent de mes écrits passer dans quelques âmes; Si je puis d'un ami soulager les douleurs; S'il est des malheureux dont l'obscure innocence
Languisse sans défense, Et dont ma faible main puisse essuyer les pleurs;
4i0 A TRAVERS LEÇ MOTS.
Temps! suspends ton vol, respecte ma jeunesse I Qae ma mère, longtemps témoin de ma tendresse, Reçoive mes tributs de respect et d'amour I Et vous, gloire, vertu, déesses immortelles.
Que vos brillantes ailes Sur mes cheveux blanchis se reposent un jour !
(Thomas.)
Tout ce qui agite Fâme et Félôve au-dessus d'elle-même, tout ce qui l'émeut, tout ce qui la plonge dans une douce langueur, dans une tendre mélancolie : les songes intéressants dont l'imagination l'occupe, les tableaux variés qu'elle lui retrace, en un mot tous les sentiments qu'elle aime à recevoir et qu'elle se plaît à répandre sont du domaine de l'ode.
Les maîtres dans l'art sont Pindare et Horace. Une ode de Pindare avait été gravée en caractères d'or dans le temple de Minerve. Notre littérature est riche aussi dans ce genre de poésie ; il suffit, pour en faire foi, de citer, en le plaçant au-dessus de tous, notre grand poète Victor Hugo. Ne vous inquiétez pas desavoir sises odes sont bien des odes dans le sens absolu attaché à ce mot; les discussions à cet égard sont puériles. Lisezles avec votre âme, — le poëte les a écrites avec la sienne, — lisez-les sans choisir, car toutes sont vraiment belles, et ne consultez, pour être bons juges, que vos propres impressions.
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Je ne m'étais proposé de parler que des petits poèmes, et j'ai certainement excédé les limites ^ -de mon programme en touchant à l'ode, qui est le chant, la poésie même, et qui appartient au genre le plus élevé. Pour reprendre mon sujet par le côlS^ù il est petit, je dirai un mot de VOdèon.
VOdèon, de ôdèion, était le lieu destiné chez les Grecs à la répétition delà musique qui devait être chantée sur le théâtre. La salle de spectacle construite au commencement de ce siècle dans le faubourg Saint-Germain avait été ainsi nommée parce qu'on avait voulu la consacrer à là représentation d'opéras et de pièces mêlées de chant. Depuis qu'elle est devenue le second théâtre français, son nom rime assez mal avec sa destination.
Je retomberais dans mes fautes si je parlais de YÉlégie (du grec ekgos, chant lugubre, lamentation), de la champêtre Églogue, de sa sœur Y Idylle (du grec eidullion, petit tableau), la bergère en habits de fête. — Je passe donc, quoiqu'à regret, pour ajouter à la liste de nos petits poèmes Yiambe, Y acrostiche, les bouts-rimés et YÈpithalame.
DE l'iAIIBE.
Dire qu'on appelle de ce nom dans la versification grecque et dans la versification latine un
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Ali A TRAVERS LBS MOTS.
pied dont la première syllabe est brève et la dernière longue, ce n'est pas expliquer pourquoi André Chénier et Auguste Barbier ont appelé iambes leurs grands cris de colère. — J'ajouterai donc que la marche précipitée de cette mesure rendait Fiambe très-propre à la satire,
L'iambe est un poignard aux mains delà satire.
(Db Saimt-Anob.)
et qu'on a été amené aussi à désigner sous ce nom les petits poèmes satiriques, les coups de fouet vengeurs dont Archiloque avait donné les premiers exemples.
S'il est écrit aux cieux que jamais une épée
N'élincellera dans mes mains, Dans l'encre et Tamerlume une autre arme trempée
Peut encor servir les humains.
(AMOEtf Ch^NIBR.)
DES BOUTS-RIHÉS.
On donne les rimes, et il faut les remplir, c'està-4ire trouver la pensée qu'on exprimera et les mots à joindre aux rimes données pour compléter les vers. Quelquefois même, pour ajouter à la difficulté, on impose aussi le sujet à traiter. Au célèbre improvisateur Eugène de Pradel, qui
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parlait en vers sur toutes les matières, plus facilement que beaucoup d'autres en prose, on proposa les rimes limites, censeur, hypocrites et suc^ cesseur ; voici le quatrain qu'il improvisa :
Molière, de son art dépassant les limites Et des mœurs de son siècle intrépide censeur, Démasqua les méchants, flétrit les hypocrites ; Mais il n'a pas, comme eux, laissé de successeur V.
C'est à Dulot, un petit poète du xvii« siècle, qu'il faut attribuer Tinvention des bouts-rimés. Il était si bien un versificateur et si peu un poète, qu'il se donnait les rimes avant d'avoir l'idée.
Son procédé fut révélé par les plaintes quil fit au sujet de trois cents sonnets qui lui avfdent été dérobés, et qu'il regrettait fort, bien quUl n'en eût encore trouvé que les rimes.
M°* Deshoulières a fait un sonnet sur Vor, d'après le système de Dulot :
Ce métal précieux, cette fatale pluie
Qui vainquit Danaé, peut vaincre l'univers.
Par lui, les grands secrets sont souvent découverts.
Et Ton ne répand pas de larmes qu'il n'essuie,
i. L'improvisation en vers, beaucoup plus facile dans la. langue italienne, m*a laissé le souvenir d'un poëte italieD à qui Ton avait proposé pour sujet l'arrivée de Judas aux eufers ; sa tirade se terminait par ce trait vigoureux : « Et de sa bouche dédaigneuse et sombre, Satan rend àr Judas le baiser que Judas avait donné au Christ. »
Il semble que sans lui tout le bonheur nous fuie ; Les plus grandes cités deviennent des déserts; Les lieux les plus charmants sont pour nous des enfers; En6n tout nous déplaît, nous choque et nous ennuie.
Il faut, pour en avoir, ramper comme un lézard. Pour les plus grands défauts c'est un excellent fard: n peut en un moment illustrer la canaille.
Il donne de l'esprit au plus lourd animal; n peut forcer un mur, gagner une bataille ; Mais il ne fait jamais tant de bien que de mal.
On le voit, le piquant, dans le jeu de boutsrimés, est de chercher des rimes qui conviennent mal au sujet proposé et qui semblent n'avoir aucun rapport entre elles.
Il y eut au xvii« siècle un auteur, — je n'ai pas dit un poëte, — qui composa trente sonnets moraux sur quatorze bouts-rimés que lui avait proposés la duchesse du Maine : il s'appelait Éilenne Mallemans.
DE l'acrostiche.
Acrostiche est formé de deux mots grecs, akros, placé à l'extrémité, pointu, et stichos, rangée, ligne, vers. « Quand, réfléchissant sur l'enchaînement des significations, on descend de ridée de vers à celle de ligne dans une page, de Tidée
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de ligne à celle de rangée, de Tidée de rangée à celle de l'acte par lequel on fixe et détermine les points qui constituent cette rangée, on assiste à un travail curieux de l'esprit humain, qui se reproduit dans toutes les acceptions détournées et abstraites ». (Dictionnaire de Littré).
L'acrostiche est une petite pièce de vers <Usposés de manière que les premières lettres de chacun, réunies dans le même ordre que les vers mômes, forment le nom, la devise ou la pensée que Ton a prise pour sujet.
Invité à faire un acrostiche sur le nom du roî (Louis XIV), un poète qui avait plus de talent que de fortune fit les vers suivants :
Louis est un héros sans peur et sans reproche;: On désire le voir; aussitôt qu'on l'approche, Un sentiment d'amour enflamme tous les cœurs \ Il ne trouve chez nous que des adorateurs :
Son image est partout, excepté dans ma poche.
Ajoutons, comme exemple antérieur, les vers acrostiches que fit Grosnet pour le blason de
Paris :
Paisible domaine,
Amoureux vergier, Repous sans dangier, Justice certaine, Science baultaine, Cest Paris entier.
4(6 .. A TRAVERS LBS MOTS.
Tout l'esprit des acrostiches, si esprit il y a, est au commencement des yers, comme dans les bouts-rimés il est à la fin.
DE l'ÉPITHALAIIE.
VÉpithalame (de épi, sur, et thalamosj lit nuptial) est un poëme ou un chant composé à l'occasion d'un mariage et à la louange des nouveaux époux. Il est d'origine grecque quant à la forme, mais de la plus haute antiquité quant à sa première source. L'épithalame doit être à peu près aussi vieux que le monde : du jour où deux êfres se sont unis, on a dû chanter les joies et les bienfaits du mariage.
L'acclamation hymen ! hyménèe ! qui d'abord chez les Grecs fut tout l'épithalame, n'en fut plus tard que le refrain. On dit que Stésichore assujettit l'épithalame aux rhythmes de la musique, et qu'il y ajouta des chœurs. — Les Romains imitèrent d'abord les Grecs, remplaçant seulement l'acclamation du refrain par celle de Thalassius! le dieu du mariage dans le vieux Latium; puis l'épithalame devint un chant joyeux et perdit peu à peu son caractère primitif.
Chez les Hollandais, les épithalames se sont faits en images représentant les vertus des mariés; on en distribuait des exemplaires aux pa*
rents, et un exemplaire unique, doré surtran* ches, était destiné aux époux, et déposé par eiïx dans les archives de la famille.
L'Épithalame est mort, bien mort depuis longtemps, et ce n'est pas dommage.
Dieu TOUS garde, mademoiselle, de la chansou au dessert. Si quelque vieil ami de votre famille est membre du Caveau, faites en sorte que ce poëte, le beau jour de votre noce, ne soit pas du festin. Peut-être ne résisterait-il pas à la tentation de vous mettre en couplets, vous et votre cher mari, et c'est un genre de supplice auquel je voudrais vous soustraire.
Promettez-vous, ce jour-là, de conserver tous vos bons sentiments, toute la simplicité de voire cœur; et votre épithalame sera prononcé. Que cette résolution soit bien en vous, fermé et sérieuse, et je me porte caution de votre bonheur à venir. Aimée, doucement protégée par le compagnon que vous aurez choisi, vous grandirez avec lui en force et en raison ; — et vous resterez toujours « dans cette sphère du juste et de l'honnête où rien ne vient obscurcir ce flambeau de Pâme qui s'appelle la conscience, ou flétrir cette fleur de la vie qui se nomme la pudeur ».