JUL
Le 13. — Pierre Chicouagne, cultivateur de Verchères, âgé de cinquante ans, s'étant noyé le 6 janvier i 766, son corps ne fut retrouvé que le 13 juin suivant à Sainte- Anne-du-Nord, où il fut inhumé. {Reg- de Sainte-Anne)
Le 6. — Jean-Baptiste Sauvé, cultivateur de Sainte- Anne-du-Bout-de-l'lIe, fait inhumer un enfant de 3 ans, noyé dans le puits. {Reg: de Sainte- A nnc-dit-BoiU-de-l' Ile)
SEPTEMBRE
Le i", — Pierre Métayer, natif de Neufbourg, épousait Marie Fournier, à Sainte-Foye. Il était surnommé " La Giberne," et à l'âge de seize ans, il était venu comme soldat à Louisbourg. Fait prisonnier par les Anglais, il fut conduit dans la Nouvelle-Angleterre, et en 1759 vint dans les troupes anglaises, faire le siège de Québec. Ayant obtenu son congé, après la cession du Canada à l'Angleterre, il s'établit à Sainte-Foye. Il avait été soldat du " Royal Américain."
{Reg. des Procès- Verbatix de F Ay'ch. de Québec.
Etienne Couseau, venu en 1752, dans les Ficheurs, avait fait les campagnes de la dernière guerre jusqu'à la reddition du Canada.
{Reg. des Procès- Verbaux de C Arch. de Québec, 1766.)
OCTOBRE
Le 15. — Pierre Cailla, âgé de 72 ans, capitaine de milice, chantre et marguillier, qui s'était noyé, a été inhumé dans le chœur de l'église de l'Ile Dupas, ce jour 15 octobre. {R^g' de IPle Dupas)
Le 27. — Michel Robichau et ^Marguerite Landry, acadiens, ont aujourd'hui renouvelé leur consentement de mariage en présence du curé Ménage. Dans l'acte du registre nous lisons ce qui suit :
" Lesquels (Michel Robichau et Marguerite Landry) | nous ont montré un écrit par lequel il est dit qu'ayant été ■ faits prisonniers par les Anglais, et chassés de leur pays, faute de recevoir les leçons et la doctrine des ministres anglais, ils se seraient mariés en présence de leurs parents assemblés et des vieillards acadiens, dans la Nouvelle- Angleterre, dans l'espérance de renouveler leur mariage, si jamais ils pouvaient tomber, leur prison tînie, entre les mains de prêtres français." {R^g- de Desc/uifîibauli)
NOVEMBRE. I
Le- 12. — André Leblanc, âgé de trente-cinq ans, natif |
de Saint-Nizier, ville de Lyon, épousait Marie-Joseph ,
Baugis. En i755^'\il avait été fait prisonnier par les > Anglais, au Fort Duquesne, dans le détachement com- ]
mandé par Jumonville, et devint cuisinier chez le Gou- j
yerneur Sharley, à Boston. Trois ans plus tard, c'est-à- |
dire en 175S, il était au service du Colonel McKay, à i
Halifax. Il le suivit dans ses expéditions contre Montréal, à la Martinique, à la Havane, puis à Londres.
{Reg: des Proccs-vcrbaiix, Arch. de Québec)
Tite Robichau et Marie Landry ont renouvelé leur mariage, étant dans les mêmes conditions que Michel Robichau. {Voir page 189.)
Le 20. — Aussi Charles Babin et Marguerite Robichau, ont comme le précédent renouvelé leur mariage, avec les mêmes raisons. {R^^g- de Deschambaidt)
( Le 30. — Le P. Ambroise Rouillard, récollet, inhumait 'dans l'église de Rimouski, le corps de Toussaint Cartier, • ermite sur l'Ile Saint-Barnabe"^ {^Reg. de Rimouski)
, Nous lisons au registre des sépultures de l'année 1767 :
j " L'an mil sept cent soixante et sept, le trente de janvier, est décédé en cette paroisse de Saint-Germain de ^ / ^. .Rimouski, un nommé Toussaint Cartier, âgé d'environ ■^''' ^/-/"•'"-■'-^ j soixante ans, habitant de la dite paroisse, après avoir reçu - V:^"'/'^''^ ' les sacrements de Pénitence, d'Eucharistie et d'Extrême- ---^■^^ '^J'^^'^ Onction. Son corps a été inhumé avec les cérémonies - :'îj:jé "^ \ ordinaires dans l'église de cette paroisse, le dernier jour /j,J - f I du mois de janvier. c^J.'-^W -"i. \ " En foy de quoi j'ai signé le jour et an que dessus. // ^T • ^''''^ '* (Signé), PÈRE Ameroise." -^ 7zr" /
t (i) D'abord cui&inier chez l'Intendant Bigot, pendant deux ans, puis chez le j J p I
J Marquis De Péan. cZ/TU* '- ■''^'^■
/ / 1, ( (2) La "Chronique de Rimouski " raconte la légende de cet emiite . . . «Voyez aussi /. ■^-z^,^ d. /'-'- '*
Ôpf^éi /-v^ * ' '^ DiCTl0.vN.UKi; GiL.NiiALOGiQUE à TarJcle Cartier, Toussaint. i ' y ^o ■ ,.
A /y^AjL\/:n
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^tJ<r^^^^ L'HERMITE DE SAINT-BARNABÉ. - '^ ^" /^/J . .v-^/ «-'^• " La tradition, d'accord avec les documents écrits, ra-/"' '^'^-''>! "-/^ conte qu'en l'année 172S. un jeune homme, âgé d'environ ''^^^^^ —-^:/- ^^ ^ '^^ vingt-et-un ans, arrivait dans la paroisse de Saint-Germain ^ de Rimouski, alors pour ainsi dire simple mission ; il avait parcouru le chemin qui, à travers la forêt, conduisait de Ristigouche à Métis par le lac Matapédiac ; d'ailleurs personne n'a jamais su et personne ne saura d'où il venait.
" Ou'était-il ? Avait-il un dessein arrêté quand il avait dirigé ses pas de ce côté ?
" Ces questions, que, sous mille formes, on lui a posées, il les a constamment laissées sans réponse, et la curiosité, si vive qu'elle fût, a dû se résigner à se tenir pour vaincue par le silence gardé jusqu'à la mort par celui qui en était l'objet. - ■',, ;:'
" Le nouvel hôte qui, en ce moment, venait s'asseoir '";^'
au foyer hospitalier du seigneur Lepage, ne révéla de y-'- -t.- ■ -
tout ce qui le concernait que son nom : il se nommait uy,^ "- •'
11: Toussaint Cartier, Il était, au reste, un homme parfait de manières, paraissant avoir souffert, ce que révélait un fond habituel de mélancolie, et, bien qu'illettré, possédait une somme considérable de connaissances, surtout de ^^v^
ces connaissances qui font le chrétien, '^"
" Il n'était seulement que depuis quelques heures en compagnie des braves gens de Rimouski ; lorsque, s'arrêtant au milieu d'une promenade faite avec son hôte sur le bord de l'eau, il fixa pendant quelque temps ses regards vers l'île Saint-Barnabe, puis sortant de l'espèce de contemplation qui l'avait absorbé, il s écria, en s'adressant n I , ^' :■ au seiorneur du lieu : ---
"Sur cet ilôt sauvage," 'w^.-u
"Ferai mon hermitage." ^ ^ /J'C'
" Ces mots prononcés avec une conviction qui saisit celui auquel ils s'adressaient, ont été et sont encore conservés religieusement dans les souvenirs traditionnels de la famille Lepage, alors propriétaire de la seigneurie de Rimouski et de l'ile Saint-Barnabe.
"Ce jeune Toussaint Cartier, dont la maturité d'âme et d'esprit était bien au-dessus de son âge, n'eut pas à faire de long^ues ni de dihîciles né^rociations avec son hôte
pour obtenir la permission d'exécuter son projet, probablement moins subit qu'on aurait pu le croire.
" Dans le moment dont il est ici question, le Père Ambroise Rouillard, missionnaire, récollet, qui, par humilité sans doute, sii^-naît souvent frère Ambroise, se trouvait dans sa mission de Rimouski : le saint homme, comme d'habitude chez les bons chrétiens et comme de sage, tut consulté par Monsieur Lepage et le Toussaint Cartier. Le bon Père vit une telle foi, une telle détermination chez le jeune homme, qu'il approuva de suite, sous l'inspiration du ciel, le projet qui lui était soumis, et le même jour un contrat fut passé entre le seigneur de Saint-Barnabe et celui qui désormais s'appelait l'Hermitede Saint-Barnabe.
" Cet intéressant document ayant été déposé plus tard, par copie conforme, dans les archives de monsieur le notaire Deschenaux, existe encore, et j'ai pu le recueillir sur une copie certifiée, faite en 1 790, et dont voici la cote :
" 30 avril 1 790.
"Copie collationnée d'une donation usufruitière d'un " terrain dans l'île Saint- Barnabe faite sous seing privé, "le 15 novembre 1728, par Sieur LePage de Saint- " Barnabe, à Toussaint Cartier.
" P. L. Deschexaux."
" Voici maintenant le document lui-même :
^ "PARDEVANT le Révérend Père Ambroise Rouil- " lard, récollet, missionnaire, faisant les fonctions de curé " dans la paroisse de Saint-Germain et témoingts cy bas " nommez, furent présents en leurs personnes le Sieur " LePage de Saint-Barnabe, seigneur du dit lieu, lequel "de son gré et volonté a donné, ceddé, quitté, délaissé et " transporté comme il donne, cedde, quitte et délaisse au " dit^ Toussaint Cartier un endroit dans la dite isle de " Saint-Barnabe et autant de terre qu'il en pourra faire, " et ce seulement pendant sa vie, sans que le dit Toussaint " Cartier puisse la vendre ni l'alliéner, attendue qu'il l'a "demandé au dit Sieur LePage sous ces conditions et " qu'après le déceds du dit Toussaint Cartier le dit endroit " aussi bien que la terre qu'il pourra avoir fait retournera " au dit Sieur LePage ou à ses hoirs et ayant cause, at-
"tendu que le dit Cartier s'est expliqué avec le dit Sieur /^ "** ""^ ' ^ " LePage qu'il ne voulait pas se marier et qu'il voulait se ^-^ '^'^'* '^' ^ " retirer dans un endroit seul afin de faire son salut, et /-• ^^yy^piA"^^* ' '"'qu'il ne prétendait et n'entendait pas avoir aucun droit " ^
" sur le dit endroit que pendant sa vie durante, et que au " cas que le dit Toussaint Cartier voulût servir et prendre " les intérêts de la maison comme un propre enfant, le dit •' Sieur LePage s'oblige de lui faire comme il feras à ses " enfants seulement pour son entretien et sa vie, et au *' contraire, si le dit Toussaint Cartier veut agir autrement " il fera comme il pourra et usera de tout ce qu'il pourra *' recueillir sur son dit bien en estant le maître sans toute- " fois qu'il puisse empêcher le dit sieur donateur de faire " de la dite isle ce qu'il jugera à propos soit foins, pesche " ou pâturage des animaux dont il seras le maître d'en ' . " faire comme il voudras sans que le dit Toussaint Cartier '" / - " -. '.■ " puisse les empêcher ny lui ni les siens, cédant seulement m'-''-) '"i-i^--^, *' au dit Cartier l'endroit qu'il pourra occuper par lui-même ^i:,il -.. ^àC >-^r- " et la terre qu'il pourra faire pour sa subaissance seule- ^.'L^i,^ux''iJ ■ .*' ment, et que au cas que le dit Toussaint Cartier vienne .^ ,
'"sur 1 âge, aiant pris les mterets ae la maison, moi. Le ;■ / ,
"Page, m'oblige et les miens de le nourrir et entretenir Ai» :^^^>^ '-'-U . "dans ma maison, le regardant dès lors pour un homme .. r-^;., , ^>2.1, .- " de la famille, auxquels temps-le dit bien me reviendra ^ --■
" ou aux miens, sans que le dit Toussaint Cartier ni autres " puisse y rien prétendre ne lui aiant été accordé seule- " ment que pendant sa vie, après m'avoir fait connaître " qu'il n'y prétendait rien après son décez.
" Fait en présence du Révérend Père Ambroise Rouiî- " lard et de Charles Souslevent et de Basile Gagnier, ■ , '/.,./ " tesmoingts qui ont signez avec nous, le ait Toussaint " Cartier ayant déclarez ne scavoir écrire ny signer de ce . ^'. " anquis suivant l'ordonnance à Saint-Germain, ce quin- ' " '
" zième novembre mil sept cent vingt huit.
" PÈRE Ambroise,
" LePage de Saint-Barnaeé,
Sa
" Toussaint y. Cartier,
marque.
*' CiL\RLES SoUSLEVEXT."
" Vient ensuite l'authentique, comme suit :
" Collationné et vidimé mot pour mot et lettre pour lettre " par les notaires publics en la province de Québec, rési- " dants à Québec, soussignés, sur l'original au papier à " nous présenté et à l'instant remis.
" Fait et collationné à Québec, l'an mil sept centquatre- " vingt-dix, le trentième jour d'août, après-midi.
"Jh. Planté,
*' L. Deschenaux."
ift^rl-AA-U ->^
, J.^. ,\ " Voilà un contrat qui mérite d'être connu et conservé, i::;^}j!:!^J^^ contrat fait pour la considération ào. faire pu saJut !
"Ce contrat a été observé par les parties contractantes, pendant tout près de qu^ante ans, avec cette fidélité et cette honorabilité qui caractérisent les temps de foi et les hommes de foi.
" Toussaint Cartier se mit de suite à travailler à se
cojnstîtuer son hermitage : tout le temps qu'il lui fallut pour
se mettre en état de subsister des fruits de sa culture, il
recevait du sieur Lepage sa nourriture et l'entretien, et il
prenait les intérêts du sieur Lepage comme " homme de
, ^ . . , la famille ; " puis, lorsque ses défrichements devinrent en
s ,,./> .X-., ''.V ov^-t'-f ^|.^|. ^^g subvenir à ses besoins, il se retira dans l'Ile dont
j.i^ ,lil ne sortait jamais, excepté pour assister aux exercices
y,.;, /l//...^ delà mission. Il partageait son temps entre le travail,
j.j.iu^- jj^ ^'C^u*^' la méditation et la prière, vivant du produit de son petit
id<.ri<'i : '" champ. Il s'était construit une petite maisonnette dans
laquelle il vivait seul, et une petite étable qui logeait une
vache et quelques poules.
"En l'année 1759, le pays et surtout les paroisses j2tv.-. c-.-^J. échelonnées des deux côtés du fleuve en bas de Québec,
eurent à souffrir de l'invasion des Anglais dont la flotte, en remontant le Saint-Laurent, avec des forces énormes, comparée à la petite population disséminée le long des côtes, semait la dévastation et la terreur. L'île Saint- Barnabe fut un des premiers points de la côte qu'ils touchèrent. Les habitants de Rimouski, incapables d'opposer la moindre résistance, avaient conduit leurs familles dans les bois, et les hommes surveillaient les mouvements des
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. /Vla^^::
navires. L'hermite seul ne changea rien à sa manière de vivre, devenant également étranger à la crainte et à la ( curiosité. Des chaloupes mirent à terre des escouades qui, après quelques excursions sur l'Ile la croyant tout-àfait désertée et se trouvant à distance des établissements de terre ferme, se rembarquèrent sans avoir découvert la demeure du solitaire que Dieu protégeait sans doute.
" Il y avait trente-neuf ans que l'hermite menait cette existence mortifiée, embaumant cette île de Saint- Barnabe du parfum de sa sainteté, lorsque, le matin du 29 janvier 1767, le jeune Charles Lepage, âgé de quatorze ans, hls de Pierre Lepage, donateur au contrat que je viens de reproduire, remarqua, en sortant de la maison, que la cheminée de l'hermite sur l'île ne donnait pas de fumée. Ayant informé son père du fait, il reçut l'ordre d'atteler ^-^-^f w-? «A Z^-; immédiatement un cheval pour aller voir quelle pouvait être la cause de l'absence du feu au logis du vieux solitaire, en ce jour de grand froid.
"Le jeune Lepage partit accompagné d'un camarade, et, voiturant sur la glace dit pont de T Ile, ils eurent bientôt franchi la distance qui les séparait de la maisonnette de l'nermitage. Cette demeure n'avait qu'une pièce, au milieu de laquelle ils trouvèrent le saint étendu sans connaissance sur le plancher. Un petit chien, seul compagnon de la solitude de l'homme de Dieu, était couché sur la poitrine de son maître, il se mit à lui lécher la fîs'ure et a s agiter de joie en voyant entrer les jeunes gens qu'il connaissait.
"Toussaint Cartier, enveloppé de couvertures, fut .';.-?' -^^-'; amené à la maison du Sieur Lepage, où les bons traitements et la chaleur du foyer le ramenèrent bientôt à lui-même. Il déclara cependant, dès qu'il put parler, qu'il croyait son heure arrivée, et il demanda le Père Ambroise.
" Le bon Père, qui près de quarante ans auparavant, avait été témoin du contrat intervenu entre le sieur / ^^ ^' , Lepage et celui qui était alors encore un tout jeune -' -^•'^^ '^" ' ^ '. homme, le bon Père Ambroise, chargé d'années et de /.<.' -«' -^--^'-^ mérites, se trouvait en ce moment à sa mission de ?-..// ^ "^^-.^v Rimouski, comme par une permission de la divine Pro- ■ J /:
i.l-ïv. 'V«^^ --
vidence : il assista son ami, lui conféra les sacrements de l'Eglise et reçut, le 30 janvier 1767, le dernier soupir de l'hermite de Saint-Barnabe. Le lendemain, 31 janvier, il inhumait le pieux solitaire dans la petite chapelle qui servait alors d'église paroissiale à Rimouski, et il inscrivait dans les registres l'acte de la sépulture que nous avons vu plus haut."
Tout est mystère dans l'histoire de cet hermite. Personne n'a jamais su d'où il venait, pourquoi il avait sf /; /' .( •' 'renoncé au monde, ni même si le nom qu'il portait était
'"' [ \ .bien le sien.
Quoi qu'il en soit, le silence où il avait voulu s'ensevelir ne fut pas aussi complet qu'il l'avait espéré. Le bruit de son existence singulière s'était répandu jusqu'à Québec, et les Anglais eux-mêmes s'en occupèrent. Lady Montague en parle, dans un livre jDublié à Londres, en i26 9. La forme romanesque de l'ouvrage, les motifs prêtés à Cartier, n'ôtent rien au mérite de celui-ci ; au contraire, on voit pa;- la manière dont l'auteur en parle qu'il tenait à respecter l'opinion générale, Le récit aventureux qu'il met dans la bouche de Cartier renferme une leçon de morale à l'adresse de ceux qui n'écoutent que la passion du moment.
Se Voici d'ailleurs les passages de l'ouvrage en question :
"Ile Barnabe, 13 octobre 1766.
" J'ai fait aujourd'hui une visite bien singulière ; c'est à un hermite qui a vécu seul quarante ans sur cette lie. Je suis venu ici avec de forts préjugés contre lui; je n'ai aucune opinion de ceux qui fuient la société ; de ceux qui cherchent un état de tout autre le plus contraire à notre nature. Si j'étais un tyran et que je voulusse infliger la punition la plus cruelle que la nature humaine pût supporter, je refuserais aux criminels les joies de la société ainsi que la vue de leurs semblables. -'./U.^v.-'-
"Je suis certain que je ne pourrais exister une année seul : je suis malheureux même à ce degré de solitude auquel on est obligé à bord d'un vaisseau ; aucunes paroles ne peuvent exprimer la joie que je ressentis, quand
je vins en Amérique à la première apparence de quelque chose comme les demeures d'hommes ; le premier homme, la première maison et même la première fumée d'un feu sauvage s "élevant au-dessus des arbres, me causèrent des transports de joie inexprimables.
" Mais revenons à mon hermite : son apparence désarma mon aversion ; c'est un vieillard de haute stature, avec barbe et cheveux blancs, ayant lair de quelqu'un qui a vu des jours meilleurs, et montrant sur sa figure les marques d'une profonde bienveillance. Il me reçut avec la meilleure hospitalité, m'offrit tous ses fruits, m'apporta du lait frais, ainsi que de l'eau d'une source voisine de sa maison.
" Après avoir conversé quelque temps, j'exprimai mon étonnement de ce qu'un homme m'ayant donné de telles preuves de sa bonté et de son humanité, pût être heureux en fuyant ses semblables : je parlai longuement sur ce sujet et il m'écouta très-attentivement.
" Vous semblez, dit-il, être d'une nature à avoir pitié des malheurs des autres. Mon histoire est courte et simple. J'aimais la plus charmante des femmes, jetais aimé. L'avarice de nos parents qui avaient des vues de gain, empêcha une union de laquelle dépendait notre bonheur. Ma Louise, que l'on menaçait d'un mariage immédiat avec un homme qu'elle détestait me proposa de fuir la tyrannie de nos parents. Elle avait à Québec, un oncle dont elle était chérie. Les forêts du Çanadii dit-elle, peuvent nous donner ce refuge que notre cruel pays nous refuse. Après un mariage secret, nous nous embarquâmes. Notre voyage fut heureux jusqu'ici ; je descendis à terre sur la rive opposée, pour pourvoir ma Louise de rafraîchissements ; j 'étais sur mon retour, joyeux de pouvoir obliger et réjouir l'objet de ma tendresse, quand, une tempête se déclarant, m'obligea de chercher un abri dans cette baie. La tempête augmenta ; je vis ses progrès avec des douleurs inexprimables ; le vaisseau qui était en vue ne pouvait plus résister à sa •fureur, les matelots se jetèrent dans la chaloupe ; ils eurent l'humanité d'y placer ma Louise et se dirigèrent vers le lieu où j'étais ; mes yeux fixés sur eux, mes bras
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tendus pour la recevoir, j'adressais mes plus ferventes prières au ciel, quand une vague immense couvrit la chaloupe. J'entendis un cri général ; il me sembla même distinguer les cris de ma Louise. La vague passée, les matelots firent tous leurs efforts ; une seconde vaofue. . . et tout disparut.
" Cette scène affreuse est toujours présente à ma mémoire. Je tombai inanimé sur le rivage; quand je revins à moi, le premier objet qui se présenta à mes yeux, fut le corps froid de ma Louise gisant à mes pieds. Le ciel m'accorda la triste consolation de lui rendre les derniers devoirs. Dans cette tombe gît tout mon bonheur. Je m'agenouillai près d'elle et je fis un vœu au ciel d'attendre ici le moment où je deviendrais uni à tout ce qui m'était cher. Chaque matin je rends visite à sa tombe chérie et j'implore le ciel de hâter l'heure de ma mort. Je sens que nous ne serons point longtemps séparés, je m'en vais bientôt à elle pour ne jamais nous quitter.
" Il s'arrêta, et semblant se croire seul, s'avança à grands pas vers un petit oratoire qu'il a bâti sur le rivage près de la tombe de sa Louise ; je le suivis quelques pas et le vis se jeter sur ses genoux, et respectant son chagrin, je retournai à la maison.
"Quoique je ne puisse entièrement l'approuver, nonseulement je pardonne, mais j'admire même son renoncement au monde. La piété est peut-être le seul baume aux blessures causées par l'amour malheureux. Le cœur, en ces cas, n'est touché que par de grands remèdes.
"Je suis de retour; madame D et ses amis refusent
d'aller voir l'hermite. Je trouvai dans sa conversation tout ce qui aurait pu être un ornement à la société. Il parut enchanté de la sympathie que je lui montrai pour ses souffrances et nous nous séparâmes avec regret. Je lui offris un présent, mais il ne voulut rien recevoir.
•* Ed. Rivers."
Depuis la découverte du Canada jusqu'au règne de Louis XI V, les moyens d échange dans la nouvelle colonie se faisaient avec beaucoup de difficultés, et il fallait recourir à beaucoup d'expédients pour se mettre en état de payer les militaires, les artisans, etc.
Les produits d'un pays si nouveau ne suffisaient pas pour faire face aux importations et chaque année le bilan du commerce montrait un dcficit contre la colonie. Il arriva donc un moment oii l'argent importé dans la colonie avait disparu.
Louis XIV pour parer à ces difficultés ordonna que la morue, le blé, les peaux, etc., fussent des offres légales; mais comme le marché variait très souvent et qu'il y avait perte, on eut recours à la monnaie de cartes à jouer, découpées, portant la valeur marquée sur le verso, et la signature de l'Intendant. A cette époque la contrefaçon n'était guère possible, vu le petit nombre des écrivains.
Cependant en l'année 1667, un faux monnayeur subit la peine de l'échafaud, à Québec, mais c'est le seul cas mentionné à cette époque.
Plus tard l'Intendant eut recours aux billets promissoires.
Ce système d'émission illimité de billets occasionna une grande dépression, et ht perdre la confiance dans les billets.
Une nouvelle importation d'argent fut alors tentée, mais avec une condition onéreuse, c'est-à-dire qu'une pièce de cinq livres en France aurait une valeur de dix livres au Canada, et qu'une pièce d'une livre en vaudrait deux.
Tous ces moyens ayant failli et le besoin d'argent se faisant de plus en plus sentir, Louis XIV décréta l'Ordonnance suivante, en date du 19 février 1670 :
"LOUIS, PAR LA GRACE DE DiEU, RoY DE FrANCE ET DE
Navarre ; à tous ceux qui ces présentes lettres verront, Salué.
" Les directeurs g^énéraux de la Compagnie des Indes Occidentales Nous ayant remontré que pour la facilité du commerce dans les isles et terre ferme de l'Amérique et autres lieux de la concession que Nous leur avons accordés et la commodité de Nos Subjets qui habitent en icelles, il estait nécessaire d'y envoyer de la mesme monnoye, afin que les artisans et gens de journées qui n'ont esté jusques à présent payés de leur travail qu'en sucres et pétuns qu'ils sont obligés d'envoyer en France pour en tirer la valeur, et denrées nécessaires pour leur subsistance, dont ils ne peuvent retirer aucun secours que d'année à autre, au lieu que les étrangers qui habitent les isles voisines ont resçu l'usage de diverses monnoys desquelles ils se servent dans leur commerce, ce qui attire la plupart des dits artisans et gens de journées dans les dites isles dont nos subjets reçoivent beaucoup de préjudice, parcequ'ils manquent d'ouvriers pour cultiver les sucres et pétuns et les autres ouvrages nécessaires, et comme Notre premier dessein d'establir la religion dans les dites isles et dans la terre ferme de l'Amérique ne pourrait avoir l'effet que Nous espérons sy Nos subjets n'y estoient appelés et retenus par le commerce et les moyens de s'y maintenir; Nous avons résolu de faire fabriquer, en la monnoye de Notre bonne ville de Paris, des nouvelles espèces d'argent et de cuivre, jusqu'à la concurrence de la somme de cent mil livres, aux mesmes poids, titre, remède et valeur de celles qui ont cours dans Nostre royaume et d'en remettre Nostre droit de seigneuriage^'V foiblage^'^ et escharsetés'^^ dans les remèdes'^^ de l'Ordon-
(i) Seigneuriage. — Le dioit de seigneuriage pour la fabrique des monnoyes appartient au prince. Il n'est pas toujours le même et change suivant la volonté du prince on les besoins de l'Etal. C'est pour le payement de ce droit que l'on a en partie inventé l'alliage, c'est-à-dire, le mélange des autres métaux avec l'or et l'argent dans la fabrique des monnoyes. Ce droit sous Louis XIII et même sous Louis XIV jusqu'en 1679, était à six livres pour marc d'or, et dix sols obole pour marc d'argent.
(2) FoiBLAGE. — Terme qui signifie affaiblissement du poids des espèces, permis par les ordonnances aux maîtres des monnoyes.
(3) EsCHARSETÉ.— Terme de monnoye qui vient de l'ancien mot français Eschars, qui sigmhe avare et épargnant. C'est l'épargne que l'on fait de l'or et de l'argent
nance.en considération de l'advance que laditeCompag-nie fera des matières et des risques, frais d envoy des dites espèces dans les dits pays.
"A ces causes et autres considérations à ce Nous mouvant de l'advis de Nostre Conseil et de Nostre certaine science, pleine puissance et authorité royale, Nous avons dit^ et ordonné, disons et ordonnons, voulons et Nous plaist par ces présentes signées de Nostre main, qu'il soit incessamment procédé en l'hostel de la monnoye de No.>tre dite ville de Paris, à la fabrique des espèces cy après, jusques à la concurrence de la somme de cent mil livres, pour avoir cours dans les isles et terre ferme de l'Amérique et autres lieux de la concession de la dite Compagnie des Indes Occidentales seulement, scavoir ; trente mil livres de pièces de quinze sols, et cinquante mil livres de pièces de cinq sols, aux mesmes poids, titre, remède et valeur que celle qui ont cours en Nostre royaume, et pour vingt mil livres de double de pur cuivre de rozette aux mesmes taille et remède que ceux qu'ont aussy cours en Nostre royaume pour deux deniers, toutes lesquelles espèces seront faites au moulin et balancier et empreintes, scavoir : celles de quinze et cinq sols ainsi que Nos pièces de quinze et cinq sois, avec ces mots d'un costé Ludûvicus decimiis quavtus Fi-ancicB et Navarrœ 7'ex, et au revers : " Gloriam 7xgni tiddimU" et les dits doubles de cuivre, d'un coté, d'une L couronnée avec les mesmes mots : " Ludovicus dicimus quartus Franciae et Navarrae rex," sur le revers avec ces mots : " Double de rAvicviqiie Française " pareille légende ; et à cette fin les poinçons, carrés et matrices à ce nécessaires incessamment faits par le tailleur général moyennant ses salaires raisonnables, pour avoir, les dites espèces, cours dans les dits pays aux prix cy devant ordonnés et y estre envoyés par la dite Compagnie et reçues par les dits habitants,
dans la fabrique des monnoyes, en y substituant d'autres métaux, dont on fait ce qu'on appelle l'alliage.
(4) Remède. — C'est la permission accordée aux ma'uresdes monnoyes de tenir les espèces un peu plus faibles de poids, qu'il n'est porté par les ordonnances. Ainsi les louis d'or qui devraient être à 22 carats, ne sont qu'à 21 carats trois-qurats ; ce qui est un quart de remède accordé au maître ; et les louis d'argent qui devraient être à onze deniers, ne sont aussi qu'à di.x deniers vingt-deux grains ; ce qui fait deux deniers de remède pareillement accordé au maître.
dans le commerce sans qu'elles en puissent estre transportées ny que Nos autres subjets les puissent recevoir ou leur donner aucun cours en France, à peine de confiscation des dites espèces et de punition exemplaire. Et en considération de l'advance que ceux de la dite Compagnie feront des matières et des risques, frais d'envoyé des dites espèces dans les dits pays, Nous leur avons remis et remettons par ces présentes Notre droit de seig-neuriage, foiblage et escharsetés dans les remèdes de l'Ordonnance.
" Sy doXx\ons ex maxdemext à Nos aimez féaux conseillers les gens tenant nostre cour des monnoyes, que ces présentes,^ ils fassent lire, publier et registrer et le contenu en icelles exécuter, garder et observer selon leur forme et teneur, et délivrer les dites espèces aux directeurs généraux de la dite Compagne des Indes Occidentales, jusques à concurrence de la dite somme de cent mil livres seulement, et, après le dit travail fait, difformer les dits poinçons, carrés et matrices qui auront servi à cette fabrication, nonobstant toutes choses à ce contraires, oppositions et empeschements quelconques dont, si aucuns interviennent. Nous Nous réservons la cognaissance, et à Notre conseil, et iceîle interdisons à Nos autres cours et juges, et sera adjuté foy comme aux originaux aux copies de icelles des présentes collationnées par l'un de Nos aimez féaux conseillers secrétaires, car tel est Nostre plaisir.
"Donné à Saint-Germain en Laye, le ig*"" jour du mois de février 1670 et de Notre règne le xxvii,
''{SïgJic,) LOUIS.
" Par le Roy, Coldert.
" Scellé de cire jaune S02CS tlouble queue!'
Les pièces officielles qui circulèrent sous la domination française furent alors :
Le 15 sols.
" 5 sols.
" double denier.
" sou.
Les jetons de la Compagnie des Indes Occidentales de 1751 à 175S étaient les suivants :
1 75 1 — (I ndien) — Sud omni sidère crescent.
1752 — (Mercure) — Utriqiie facit comnicrcia viundo.
1753 — (Deux-Mondes) — Sads 2Lnus uirijicc.
i754^(Trois castors)— AW infcriora mdallis.
1755 — (Galère) — Nonvillius mirtO.
1756 — (Abeilles) — Scdcni non aninmm vinfani.
1757 — (Mars) — Parât idtinia terra triumpko,
1758 — (plusieurs aigles) — Eadeni trans œqiiora zirtus.
Une déclaration de Louis XV, en date du 5 juillet 171 7, révoque en ces termes l'Ordonnance pendante :
" Comme la monnaie du pays qui a été introduite dans le Canada, n'est d'aucune utilité à la colonie, et que les deux sortes de monnoies dans lesquelles on peut stipuler causent de l'em. barras dans le commerce, nous avons abrogé et abrogeons, dans le Canada, la monnoie dite du pays, et en conséquence voulons, et il nous plait, que toutes stipulations de contrats, redevances, baux à ferme et autres aftaires généralement quelconques se fassent, à commencer de l'enregistrement des présentes, au Conseil Supérieur de Québec, sur le pied de la monnoie de France; de laquelle monnoie il sera fait mention dans les actes ou billets après la somme à laquelle le débiteur se sera obligé, et que les espèces de France aient, dans la colonie du Canada, la même valeur que dans Notre Royaume.