L'HERMITE DE SAINT-BARNABÉ
“ La tradition, d'accord avec les documents écrits, raconte qu’en l'an. ée 1728, un jeune homme, âgé d’environ vingt-et-un ans, arrivait dans la paroisse de Saint-Germain de Rimouski, alors pour ainsi dire simple mission ; il avait parcouru le chemin qui, à travers la forêt, conduisait de Kistigouche à Métis par le lac Matapédiac; d’ailleurs personne n’a jamais su et personne ne saura d’où il venait.
“Qu'était-il? Avait-il un dessein arrêté quand il avait dirigé ses pas de ce côté ?
‘“ Ces questions, que, sous mille formes, on lui a posées, il les a constamment laissées sans réponse, et la curiosité, si vive qu'elle fût, a dû se résigner à se tenir pour vaincue par le silence gardé jusqu'à l2 mort par celui qui en était l'objet.
“Le nouvel hôte qui, en ce moment, venait s'asseoir au foyer hospitalier du seigneur Lepage, ne révéla de tout ce qui le concernait que son nom : il se nommait Toussaint Cartier. Il était, au reste, un homme parfait de manières, paraissant avoir souffert, ce que révélait un fond habituel de mélancolie, et, bien qu'illettré, possédait une somme considérable de connaissances, surtout de ces connaissances qui font le chrétien.
“ Il n'était seulement que depuis quelques heures en compagnie des braves gens de Rimouski; lorsque, s’arrêtant au milieu d’une promenade faite avec son hôte sur le bord de l’sau, il fixa pendant quelque temps ses regards vers l'île Saint-Barnabé, puis sortant de l'espèce de contemplation qui l'avait absorbé, il s’écria, en s'adressant au seigneur du lieu :
‘ Sur cet ilot sauvage,” “Ferai mon hermitage.”
“ Ces mots prononcés avec une conviction qui saisit celui auquel ils s'adressaient, ont été et sont encore conservés religieusement dans les souvenirs traditionnels de la famille Lepage, alors propriétaire de la seigneurie de Rimouski et de r'île Saint-Barnahé.
“Ce jeune Toussaint Cartier, dont la maturité d'âme et d'esprit était bien au-dessus de son âge; n'eut pas à faire de longues ni de diffñciles négociations avec son hôte
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pour obtenir la permission d'exécuter son projet, probablement moins subit qu'on aurait pu le croire.
“ Dans le moment dont il est ici question, le Père Ambroise Rouillard, missionnaire, récollet, qui, par humilité sans doute, signais souvent frère Ambroise, se trouvait dans sa mission de Kimouski : le saint homme, comme d'habitude chez les bons chrétiens et comme de sage, fut consulté par Monsieur Lepage et le Toussaint Cartier. Le bon Père vit une telle foi, une telle détermination chez le jeune homme, qu'il approuva de suite, sous l'inspiration du ciel, le projet qui lui était soumis, et ie même jour un contrat fut passé entre le seigneur de Saint-Barnabé et celui qui désormais s'appelait l'Hermite de Saint-Barnabé.
“ Cet intéressant document ayant été déposé plus tard, par copie conforme, dans les archives de monsieur le notaire Deschenaux, existe encore, et j'ai pu le recueillir sur une copie certifiée, faite en 1790, et dont voici la cote :
‘“ 30 avril 1790, “Copie collationnée d’une donation usufruitière d’un “ terrain dans l’île Saint-Barnabé faite sous seing privé, “le 15 novembre 1728, par Sieur LePage de Saint- ‘“ Barnabé, à Toussaint Cartier.