‹ A travers les tropiquesChapitre 11 sur 87 · L'ARBRE A PAIN · texte numérisé non relu

L'ARBRE A PAIN

rible navigation, parvint à gagner l'île de Timor, dans la Malaisie, occupée par les Hollandais.

Grâce aux secours que lui donnèrent les Hollandais, il se remit en route et eut le bonheur de ramener en Angleterre ses compagnons.

L'amirauté anglaise se mit aussitôt en devoir de punir les révoltés de la Bounty,

Un bâtiment de guerre partit pour Taïti, oi^i ils étaient retournés après avoir accompli leur crime.

Quatorze d'entre eux furent arrêtés là, conduits à bord de la frégate, et enfermés dans une cage de fer.

Mais Christian, le chef du complot, et huit de ses complices avaient disparu. En vain'on les chercha de tous côtés. Impossible de retrouver leurs traces, impossible de savoir ce qu'ils étaient devenus.

Hs s'étaient enfuis à 400 lieues de distance, avec neuf jeunes Taïtiennes. Ils s'étaient réfugiés dans l'île de Pitcairn, une petite île inconnue et complètement inhabitée.

En 1814, vingt-sept ans après la révolte, une frégate anglaise découvrit cet asile de criminels. A l'exception du plus jeune et du moins coupable d'entre eux, tous étaient morts. Mais leurs enfants formaient là une honnête petite communauté, et leur île de Pitcairn est devenue une colonie anglaise.

L'Australie, où les Anglais déportaient autrefois les malfaiteurs, est maintenant un important foyer de civilisation. Sydney, sa capitale, qui a 120000 habitants, et Melbourne, où l'on en compte 160000, peuvent être comparées aux belles villes de notre continent.

Les peuplades indigènes de cette lointaine contrée, presque aussi grande que l'Europe, ne sont point de la race des Indiens, ni des Malais, ni des nègres, mais plutôt des Papouans et des Fidjiens. La plupart de ces sauvages australiens vivent dans les parages septentrionaux, au bord des lacs et des rivières. Là ils trouvent le moyen de se procurer des liqueurs fortes, comme ceux qui demeurent près des villes, et ils en usent sans m^énagement. Ils sont assez intelligents pour apprendre quelque peu l'anglais, trop indolents pour en acquérir une notion complète. Ceux qui vivent près des rivières se nourrissent de poisson; ailleurs ils vivent d'opossum, de kangourou, d'herbes et de racines. Ils n'ont qu'un gilet pour tout vêtement, et une cabane d'écorces est leur habitation favorite. Un grand nombre d'entre eux sont employés par les colons à la culture des champs ou aux pâturages. Ils travaillent pour se procurer de

Teau-de-vie, et l'eau-de-vie les tue. Ils ont dans leurs funérailles une singulière coutume : ils enterrent leurs morts debout. Leur idée est que les étrangers dont ils subissent à présent l'empire, étaient noirs et sont sortis de terre avec la peau blanche. Ils se font ensevelir debout pour sortir de terre plus aisément, et ils espèrent être alors semblables aux Blancs.

On dit qu'ils se livrent encore à des actes de cannibalisme, non point par une horrible gloutonnerie, mais, comme les naturels de la Nouvelle- Zélande, par un désir de vengeance et par la pensée quen dévorant le corps de leur ennemi, ils s'approprient ses qualités particulières, la vivacité de son regard, la force de son bras.

En Australie sont les animaux étranges : les cygnes noirs, les oiseaux couverts de poils comme des lapins, les fourmis noires qui construisent des nids de 14 pieds de hauteur, les marsupiaux, qui ont une poche dans laquelle ils portent leurs petits. A la nombreuse famille des marsupiaux appartiennent le kangourou, qui galope debout sur ses pattes de derrière, et l'opossum, qui s'élance dans les airs avec l'agilité d'un oiseau. Ils se nourrissent d'herbages; leur chair a le goût de venaison; leur queue est très appréciée par les gourmets, et de la peau du kangourou on fait d'excellentes chaussures.

Le plus étonnant de ces animaux est l'ornitho-

rynque. 11 a un bec de canard, qualre pieds palmés et le corps couvert de poils. A la fin du dernier siècle, un ornithorynque empaillé fut envoyé en Angleterre. On n'avait jamais rien vu de pareil; on le prit pour une bizarre fabrication. Un autre, également empaillé, fut remis en 1793 à Blumenbach, le savant professeur de Gœttingue, qui, après ravoir attentivement examiné, le classa parmi les Mammifères, dans la famille des Palmipèdes édentés, et lui donna le nom qui lui est resté. Selon les observations de M. de Blainville, l'ornithorynque est un lien par lequel les Mammifères et les Oiseaux se trouvent réunis.

Le règne végétal, en Australie, n'est pas très varié, mais curieux. On y voit : des cerisiers dont le noyau croît en dehors du fruit, des gommiers qui se dépouillent de leur écorce et toute Tannée conservent leurs feuilles; des forêts d'eucalyptus qui toute Tannée gardent leur verdure et s'élèvent à 200 pieds de hauteur.

Dans le parc de Sydney on a réuni tous les singuliers animaux de l'Australie, et, dans le jardin botanique, les arbres et les plantes des diverses régions du globe.

Sydney a par son port une grande importance commerciale et politique, et par ses constructions le caractère essentiellement anglais. Ses rues sont larges, bien pavées et éclairées au gaz. Saint-George street, avec ses omnibus, ses cabs et

les figures britanniques qu'on y rencontre, semble un diminutif de la Régent street.

Il y a maintenant un siècle que le vaisseau anglais Siy^ius, commandé par le capitaine Philippon, se dirigeait vers la terre australe, découverte par les Portugais, explorée sur certains points par l'Espagnol Torrès, par Tasman, Thabile navigateur hollandais, et enfin nettement signalée par Cook. Le sirius emportait vers ces nouveaux parages un ramassis d'individus flétris par la société, condamnés par les tribunaux : cinq cent soixante-cinq hommes et cent quatre-vingt-douze femmes. Avec ses matelots, ses soldats de marine, le capitaine Philippon comptait à son bord mille trente individus. Il en perdit trente-deux dans la traversée, qui ne dura pas moins de huit mois. Des instructions lui indiquaient pour point de débarquement la baie à laquelle Banks, frappé de la variété de plantes qu'il y remarquait, avait donné le nom de baie de la Botanique (Botany-bay). Mais le sagace Philippon, ne trouvant là qu'un port incommode et un sol insalubre, remit à la voile, et à quelques lieues plus loin trouva une rade meilleure. Le 26 janvier 1788, sur la plage où s'élève aujourd'hui la belle ville de Sydney, il débarqua sa légion de voleurs et de filles perdues. C'est avec ces étranges compagnons que le nouvel Argonaute allait conquérir la toison australienne, qui est devenue pour l'Angleterre une vraie

toison d'or. C'est avec ces quelques centaines d'individus enlevés aux prisons ou à la fange du vice, qu'il allait prendre possession d'une terre de mille lieues de longueur et de sept cents lieues de profondeur. Pendant plus d'un demi-siècle, les quatre cinquièmes de la population européenne en Australie étaient des convicts, c'est-à-dire des déportés ou des descendants des convicts. La déportation a cessé en 1840. De cette époque date la fondation de Melbourne, la rivale de Sydney. Elle a grandi avec une incroyable rapidité. En 1836 cette future métropole se composait de quelques maisons en bois, de deux auberges, d'une petite église également en bois. Un arbre servait de clocher. Elle était bien petite encore, quand tout à coup retentit jusqu'au fond de l'Europe ce cri magique : De l'or! de l'or! de l'or dans la Nouvelle-Galles du Sud, de l'or dans toute l'Australie! Le fait est qu'en 1852 ces nouvelles mines produisirent plus de 400 millions d'or. Aux environs de Bellarat un indigène découvrit l'une des plus grosses pépites qu'on ait jamais vues. Elle fut vendue 100 000 francs. On se rappelle la fièvre d'émigration enfantée par ces nouvelles découvertes : de là, le prodigieux accroissement et le caractère de Melbourne, très différent de celui de Sydney. « La plupart des émigrants, dit M. de Hubner, appartenaient aux classes populaires. Bientôt l'or et la démocratie régnèrent à Melbourne

et y régnent encore en maîtres souverains. On n'a qu'à se promener dans ses rues pour s'en convaincre. L'or et la démocratie lui ont imprimé leur cachet.

« Je ne discuterai pas ici la démocratie. Mais à propos de l'or je me rappelle ce mot souvent prononcé en Californie et répété en Australie : Mining is a curse, « les mines sont une malédiction ».

« Ne nous faisons pas d'illusions, s'écrie un « prédicateur à San Francisco : jamais — l'histoire « le prouve — la société n'a pu s'organiser d'une « manière satisfaisante sur un sol aurifère. La « nature même est de mauvaise foi. Elle corrompt « l'homme, elle le séduit, elle le trompe. Elle se' « rit de ses sueurs. » Ces réflexions, je les ai entendues dans l'Afrique australe, dans la Nouvelle-Zélande. Mais les mines aurifères, souvent si funestes aux tenaces adorateurs du veau d'or, se transforment en une bénédiction pour ceux qui se détournent de celte fatale idolâtrie. Ils ne tardent pas à découvrir près d'eux les trésors plus siirs, plus solides, plus durables de ce sol vierge où les séductions du métal les ont attirés.

Aujourd'hui la Californie et l'Australie trouvent en effet leur vraie richesse dans la culture des champs, dans les produits des pâturages.

C'est un des périls de ce pays, un grave péril auquel on est exposé partout à tout instant. Une pluie torrentielle tombe : subitement la vipère sort de son lit inondé et se glisse dans votre bengalo*. Vous allez examiner de vieilles ruines, et vous faites surgir des serpents qui avaient établi là leur demeure. Souvent aussi la maudite bête sort de son repaire pour se promener comme une honnête créature qui n'a rien de mieux à faire et, sans se douter de l'affreuse sensation qu'elle produit, s'en va tranquillement visiter l'homme, à qui elle est si odieuse.

Malheur à celui qui la heurte en son chemin !

Par un prodigieux hasard, un honorable fonctionnaire anglais, sir Gilbert Campbell, a cependant dû la vie à une de ces effroyables visites qui devait lui donner la mort.

Lui-même a raconté cet événement. « Je devais aller, dit-il, de Wassind à Mhow. C'était dans la saison des pluies, et nous n'avions point alors de chemins de fer. Mais, si désagréable que fût ce

1. Les Anglais disent bungaloiv, petite maison en nattes recouvertes de mortier avec im loit en chaume dont les bords dépassent les murs. Les bengalos des officiers aniilais dans les cantonnements sont de jolis bâtiments en briques, couverts en tuiles. Sur difTérenles routes il y a des bengalos plus modestes construits pour les voyageurs.

voyage, il fallail le faire. Je montai dans magary' et je partis; il était vraiment fatigant ce long trajet, sans halte, avec un lent attelage sur de mauvaises routes, si fatigant que j'en eus la fièvre. Bien que le moindre retard pût être préjudiciable à l'affaire dont j'étais chargé, un soir je résolus de m'arrêter dans un bengalo et d'y passer la nuit. Là je pris possession d'une chambre blanchie à la chaux, garnie d'un grand éventail qu'on appelle pankah, de deux chaises chancelantes, d'une table boiteuse et d'une couchette. Le plancher était couvert d'un tapis poudreux. A cette pièce était jointe une salle de bains, c'est-à-dire un étroit cabinet où l'on trouve quatre ou cinq cruches en terre, pleines d'eau. Dans la muraille il y a un trou par lequel l'eau s'écoule quand on a fait son ablution. Je demandai au gérant du bengalo ce qu'il me donnerait à dîner; il me répondit bravement qu'il était prêt à me servir tout ce que je pouvais désirer, et finalement il fut obligé d'avouer qu'il n'avait à m'offrir qu'une vieille poule maigre. Mais j'étais si las des secousses, du bruit discordant de ma charrette, que le dîner m'importait peu. L'essentiel pour moi, c'était le repos. Dès que j'eus pris un verre de bière et fumé un cigare, je me jetai sur ma couchette et

1. Petit chariot à deux roues dont le train est surmonté d'un pavillon de forme conique soutenu par quatre légères colonnes et entouré de rideaux qu'on peut ouvrir et fermer à volonté. A cette voiture on attelle deux bœufs.

m'endormis d'un sommeil pénible, agité par des rêves hideux, et dans mon cauchemar je sentais peser sur mon sein une masse lourde et froide qui m'étouffait et m'écrasait. Enfin, tout à coup je m'éveille, je vais sauter hors de mon lit : je m'arrête épouvanté. A la clarté d'une lampe allumée dans ma chambre, je vois enroulé sur ma poitrine un énorme serpent qui lève la tête, darde sur moi deux yeux flamboyants et agite sa langue en sifflant. Je comprends aisément comment il est arrivé là : il est entré dans la salle de bains par l'ouverture servant à l'écoulement des eaux; de là dans ma chambre, par la porte, que je n'avais pas fermée, et le besoin d'être au chaud l'a attiré dans mon lit. Mon brusque mouvement l'a réveillé et irrité. Au feu de son regard, à la vibration plus rapide de sa langue, je vois sa colère s'accroître, et je vois se dessiner et s'élever sur sa tête l'espèce de coifte qui lui a fait donner son surnom. C'est le plus terrible des serpents, c'est la cobra capello.

« Ma subite immobilité l'apaise. Sa langue devient moins vive, son œil moins brillant, son sifflement cesse et sa coiffe disparaît. Moi, je me sens couvert d'une sueur froide; je n'ose faire un mouvement ni appeler à mon secours. A la moindre excitation, la cobra me mordrait, et il n'y a nul remède à sa morsure. Ma seule chance de salut est qu'au rayon du matin elle se lève et s'en

aille chercher à l'ombre un refuge pour la journée. Elle s'est rendormie, et moi je reste dans mon angoisse et mon immobilité. Enfin le fardeau qui pèse sur ma poitrine, et l'odeur acre de la cobra subjuguent mes forces. Je m'évanouis, et subitement je suis ravivé par la sensation d'un air frais qui passe sur mon visage. En regardant autour de moi, je découvre un homme penché sur une de mes valises. De la porte qu'il avait ouverte venait l'air frais qui m'avait réveillé. Cet homme, ayant examiné mon bagage, se relève et s'approche de mon lit. Il lient un poignard entre ses dents, il est nu, et des pieds à la tête son corps est tout imprégné d'huile. C'est un de ces bandits indiens qui vont la nuit voler, après s'être dépouillés de leurs vêtements et graissé le corps pour glisser entre les mains de ceux qui essayeraient de les arrêter.

« L'éclat de la couverture en soie étendue sur mon lit excitait la convoitise de ce larron. Il veut la prendre et, pour s'en emparer plus vite, la saisit par les deux bouts. Malheureusement il pose la main sur la cobra, qui aussitôt, avec la promptitude d'un éclair, se lève, siffle et lui verse son poison dans la joue. D'un coup de son glaive il lui tranche la tête, puis l'examine et, voyant que c'est une cobra, s'assoit avec une muette résignation par terre, sachant qu'il n'a plus que quelques instants à vivre.

« Alors à mes cris les gens du bengalo accourent et se précipitent vers le voleur. Il n'essaya même pas de se défendre : il subissait déjà l'aclion du venin mortel, et quelques instants après il expirait à côté de l'effroyable bête dont il m'avait délivré. »

Un vaillant Autrichien, M. Ernest Marno, qui en 1872 accompagnait M. le colonel Gordon au Soudan, a recueilli dans son expédition des fables d'animaux très répandues dans l'Afrique équatoriale et très populaires. Elles excitent parmi les peuplades de ces régions le même intérêt que les contes des Mille et une Nuits parmi les Arabes. L'un des principaux personnages de ces fables est le chacal, qui porte le nom d'Aboul-Hossein. Par sa rapacité et ses ruses il représente le renard, et il y a là évidemment un lien de parenté entre les fables d'Afrique et les fables indo-germaniques.

Nous empruntons à la collection de M. Marno le récit suivant :

Un puissant crocodile s'était établi au bord de la rivière, en un endroit oii les hommes et les animaux allaient ordinairement se désaltérer. Là il se tenait en embuscade et attendait. Mais bien-

tôt ceux dont il espérait faire ses victimes découvrirent le danger qui les menaçait et s'en allèrent loin de là apaiser leur soif. Aboul-Hossein ne voulait point faire un tel trajet, il avait trouvé un ingénieux moyen pour échapper à la dent du monstre. Il avait remarqué près de la station périlleuse un arbre dont les branches s'étendaient sur le fleuve. Il s'asseyait sur une de ces branches, tenant entre ses pattes un tuyau de bambou par lequel il aspirait tranquillement l'eau dont il avait besoin. Furieux de se voir ainsi bravé dans son domaine et ne pouvant atteindre l'insolent perché sur sa branche, le crocodile s'adressa à la fourmi et la pria de le piquer au derrière.

Le chacal, surpris par cet aiguillon, laisse tomber son bambou et se jette à l'eau pour le reprendre. Le crocodile était là qui le guettait.

ce Ah! ah! mon gaillard, lui dit-il, à présent je te tiens. Tu ne m'échapperas plus.

— Que pouvez-vous faire de moi? répond le chacal : je suis si maigre, ma chair est si coriace, vous ne pourriez me manger sans une difficile préparation.

— C'est bien, réplique le terrible crocodile, je sais ce que j'ai à faire. »

En parlant ainsi, il porte Aboul-Hossein à sa grand'mère aveugle, et lui dit : « Prenez cet animal par la patte, vous le ferez rôtir, et vous aurez pour vous la patte par laquelle vous le tenez. Le

reste sera pour moi. Je vais chercher ce qu'il faut pour allumer du feu. »

Dans cette situation désespérée le chacal aperçoit un bloc de bois flottant sur l'eau, il l'attire à lui avec une de ses pattes, et le poussant vers la vieille aveugle : «Tenez, lui dit-il, prenez-moi par la tête. Gela sera plus sûr pour vous, et plus commode pour moi. »

La candide grand'mère lâche la patte, prend le bois, et le chacal disparaît.

Au même instant le crocodile revient avec une provision de fagots, regarde stupéfait, et crie à son aïeule : « Quelle idée avez-vous de tenir ce morceau de bois, et qu'avez-vous fait d'Aboul- Hossein ? »

L'aïeule se fâche, croyant que son méchant petit-fils ne lui adresse ces reproches que pour lui enlever la part qu'il lui avait promise.

Le crocodile riposte par des injures, puis s'en va à la recherche du fugitif.

Dans sa furibonde ardeur de vengeance, il sort de l'eau, qui est son élément, il se traîne sur la grève, plus loin encore, sur la terre sèche, et à la fm s'arrête, épuisé de fatigue, mourant de soif.et de faim.

Il voit venir un chamelier et lui dit d'une voix gémissante : « Ayez pitié de moi, ayez la bonté de me remettre à l'eau, et je vous jure que désormais je ne ferai plus aucune peine à aucun être humain ».

Le chamelier, compatissant, le place sur son chameau, le lie avec une forte corde et se met en marche. Arrivé au bord du fleuve : « Est-ce ici, demande-t-il au crocodile, que je dois te déposer? — Non, non, plus loin, en pleine eau. «

Là, étant délié, il se jette sur le brave homme et lui dit : « Je ne te lâcherai pas si tu ne me donnes pas ton chameau.

— Comment ! vous m'aviez dit que vous ne feriez plus aucune peine à aucun être humain.

— Oui, mais j'ai faim. Il faut que je te mange ou que je mange ton chameau. «

Près de làpassait une hyène. Elle fut appelée, par le féroce animal et parle captif, à juger la question. Ne voulant irriter ni l'un ni l'autre, elle dit au crocodile : « Je crois que tu ferais une imprudence si tu dévorais cet homme dans l'eau. Tu aurais de la peine à digérer jj. Cette observation ne pouvait offenser le crocodile et donnait à l'homme un espoir.

Le débat pourtant n'était pas fini. Mais voilà qu'on aperçoit Aboul-Hossein, et il est invité à résoudre la question. Le chamelier et le crocodile même déclarent qu'ils s'en rapportent à sa sentence.

ce A la distance où je suis de vous, dit le rusé chacal, je ne vous entends pas. Venez ici sur la plage me donner des explications pour que je puisse juger en pleine connaissance de cause. »

Les deux adversaires obéissent.

Aboul-Hossein prie alors le chamelier de raconter point par point ce qui s'est passé.

Le bonhomme ayant fait ponctuellement son récit, Aboul-Hossein lui dit d'un ton grave : « En' liant sur votre chameau le crocodile malade, vous l'avez peut-être serré trop fort; c'est ce qui l'a mis en colère contre vous.

— Oui, oui, s'écrie impétueusement le crocodile, oui, il m'a serré si fort que je pouvais à peine respirer et que je souffre encore dans tous mes membres comme s'ils étaient brisés.

— C'est malheureux, reprend le chacal. Mais pour que je puisse prononcer une sentence vraiment équitable, il faut que je voie comment les choses se sont passées. Voulez-vous de nouveau vous laisser lier?

— J'y consens. »

L'homme reprend sa corde et la tourne et la retourne sur le corps de l'animal.

ce Est-ce bien ainsi, demande Aboul-Hossein, qu'il vous a lié?

— Non, répond le crocodile, il serrait plus fort.

— Serrez plus fort, mon brave homme, dit le rusé juge au chamelier.

— Assez, assez! s'écrie le crocodile. Je suis anéanti. »

Alors Aboul-Hossein, se tournant vers le chamelier, lui dit: «Gomment, lorsque Allah vous livre

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