‹ A travers les tropiquesChapitre 10 sur 87 · L'ARBRE A PAIN · texte numérisé non relu

L'ARBRE A PAIN

dans la narration du voyage d'Anson. Mais cest Cook qui nous a le mieux fait connaître l'arbre à pain, l'arbre providentiel de Taïti et des îles voisines. Il s'élève, dit le célèbre navigateur, à la hauteur d'un chêne de moyenne grandeur. Ses feuilles oblongues ont 1 pied 1/2 de longueur. Quand on les brise, il en sort un suc laiteux. Le fruit a la grosseur d'une tète d'enfant nouveau-né. Sa surface est rugueuse comme celle de la truffe. La partie nutritive est blanche comme la neige. On la coupe par tranches et on la fait rôtir. On la fait aussi cuire au four; elle a alors le goût de la pomme de terre bouillie. On en fait aussi une espèce de gâteau en y mettant de l'eau ou du lait de noix de coco, des bananes et en battant ce mélange avec un pilon de pierre.

Pendant quatre mois de l'année la fécondité quotidienne de l'arbre à pain est totalement interrompue. Les indigènes des mers du Sud ont imaginé un moyen de remédier à celte stérilité. Ils détachent une partie des fruits avant leur complète maturité, les empilent sous un amas de feuilles et attendent leur fermentation. Alors ils détachent de ces fruits la substance alimentaire et la mettent dans des trous revêtus à l'intérieur d'un tapis d'herbes. Le tout est recouvert de feuilles, sur lesquelles on place de grosses pierres. Après une nouvelle fermentation, ce fruit devient amer ; mais on peut le conserver à peu

près jusqu'à la nouvelle récolte, et chaque jour les indigènes, à chaque repas, en mangent.

A cette salutaire plante se rattache une dramatique histoire. En 1787 le gouvernement anglais eut l'idée d'envoyer chercher dans la Polynésie des semences de l'arbre à pain pour les transplanter dans les Antilles. Un bâtiment de l'État, IsiBountij, fut équipé dans ce but, et le commandement en fut confié au capitaine Bligh.

C'était un homme instruit et un marin expérimenté, mais d'un caractère acerbe, irritable et irritant. Dès le commencement de son expédition il offensa par sa rudesse plusieurs de ses subordonnés.

Après un long séjour à Taïti, comme le navire se dirigeait vers les Antilles, la conjuration longtemps préparée éclate. Une nuit le capitaine est surpris dans sa cabine, garrotté et traîné sur le pont.

Une chaloupe est mise à l'eau et Bligh forcé d'y descendre avec dix-huit autres proscrits. Dans cette même chaloupe, par un reste de pitié, les conjurés déposent un quintal et demi de biscuit de mer, 25 livres de viande salée, une tonne d'eau, un baril de rhum, quatre coutelas, une boussole, un octant, quelques voiles, quelques cordages; puis la Bounty s'enfuit, vent arrière, grand largue.

Avec ses faibles ressources, Bligh, après une ter-

Page 1