‹ A travers les tropiquesChapitre 23 sur 87 · L'ENGOULEVENT. H · texte numérisé non relu

L'ENGOULEVENT. H

jours d'âge en âge, du père au fils cet oiseau a été calomnié. Pauvre petit innocent, comme on t'a méconnu! Jamais tu n'as rien dérobé à l'homme, jamais tu n'as enlevé une goutte de lait à la chèvre.

Le soir, à la clarté de la lune, suivez-le, ce doux oiseau; vous le verrez sautiller au milieu du troupeau, il s'approche sans crainte, car il ne fait aucun mal, et ni la vache, ni la brebis, ni la chèvre ne cherchent à l'écarter. Tous ces animaux connaissent ses bons offices. II se met sur leur dos, sur leur ventre, sur leurs jambes, et les délivre des insectes nocturnes. Si on le dissèque, on ne trouvera dans son estomac que des insectes, pas une goutte de lait.

Le plumage tacheté de cet oiseau est sans éclat, comme celui de tous les oiseaux qui ne doivent point se montrer au grand jour.

Son cri a une telle expression qu'on ne peut l'oublier. Il résonne tantôt comme un appel lamentable, tantôt à divers intervalles comme le soupir d'un agonisant.

Il y a quatre espèces de goatsuckers, que Ton distingue par leurs différents cris. Chacune d'elles prononce nettement plusieurs syllabes. On en fait son nom. La plus connue est celle du whip-poorwill. Ce sont les mots qu'il articule avec un accent plaintif.

Pas un Indien, pas un nègre ne tuera un de ces

oiseaux. Ils sont vénérés et redoutés. L'Africain les regarde comme les satellites de son démon Janibo, et l'Indien leur attribue la môme place près de son démon Gabahou. Par Tordre des deux démons, ils accomplissent un acte de vengeance, ils harcèlent, ils tourmentent la nuit le maître cruel qui maltraite ses esclaves. On croit aussi que dans le corps de ces oiseaux sont les âmes des malheureux que le fardeau d'une dette, le remords d'un crime empêchent de dormir dans la tombe.

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