LES MANGEURS DE TERRE
client à certains endroits sur les rives de l'Orénoqiie et de la Meta, un de ses confluents. Car ils sont gourmets et disent que cette terre n'est point partout la même. Lorsqu'ils ont trouvé celle qui leur plaît, ils en forment des balles de cinq à six pouces de diamètre, qu'ils font rôtir à petit feu jusqu'à ce qu'elles aient une couleur rouge, et les mangent sans aucun assaisonnement.
Dans les temps de sécheresse, lorsque les eaux de rOrénoque et de la Meta sont basses, les Otomacs se nourrissent de tortues et de poissons. Mais dans la saison des pluies la pêche est impossible. Alors ils en reviennent à la terre, ils en amassent des provisions dans leurs cabanes, et en mangent ordinairement une livre par jour. Ce régime dure environ trois mois. Les raffinés, les luxueux, ajoutent quelquefois à la boule d'argile un lézard ou une racine de fougère. Mais ils ont un tel goiit pour la terre, qu'ils en mangent un morceau après leur repas comme une friandise, lorsqu'ils ont du poisson en abondance. En réalité, la terre est pour eux un aliment substantiel et agréable. ^< On remarque, dit M. de Humboldt. le même goût dans les régions tropicales. J'ai vu à Banco des femmes indiennes avaler de gros morceaux de l'argile qu'elles manipulaient pour en faire des vases. A la mission de San Boija j'ai vu un petit Indien qui ne voulait manger que de la terre, et il était maigre comme un squelette. Les
Otomacs n'éprouvent aucun inconvénient de cette nourriture. Toutes les autres tribus d'Indiens en souffrent.
« Dans les villages de l'île de Java M. Labillardière a vu des petits gâteaux carrés de couleur rouge que l'on mettait en vente. C'étaient des gâteaux de terre.
«Ainsi, ajoute le savant voyageur, l'habitude de manger de la terre est répandue dans la zone torride, au milieu des races indolentes qui possèdent les plus belles, les plus fertiles contrées du monde. Mais on la trouve aussi dans les pays du Nord. Les Finlandais mêlent à une farine de céréale des parcelles de terre remplies de coquillages microscopiques. Les chroniques allemandes montrent que pendant la guerre de Trente Ans, et plus tard encore, dans la Poméranie, la Lusace et dans la forteresse de Wittenberg, on mangeait de la terre. La terre nourricière. «