LES PLANTES LUMINEUSES
M. Gardwen raconte que dans son voyage au Brésil, une nuit au mois de décembre, comme il traversait une rue de la ville de Nativedad, il remarqua des enfants qui s'amusaient avec un objet lumineux. C'était un beau champignon phosphorescent que
l'on trouve en quantité sur les feuilles mortes du palmier nain.
Le major Madden signale aussi dans l'Inde diverses plantes qui émettent une lueur phosphorescente et dont la racine a la même propriété.
Ces plantes sont depuis longtemps connues des brahmines,qui leur donnent le nom de jajotismati. Il existe une autre plante, nommée an^/^^s/ma, qui, dans la saison des pluies, parfois la nuit, illumine toute une montagne, une autre encore dont un faisceau est comme l'image du buisson ardent. Le baron Hugel, qui a fait un intéressant voyage dans la vallée de Cachemire, dit que par la rivière d'Auk descendent du Thibet des pièces de bois qui luisent dans l'ombre aussi longtemps qu'elles gardent leur humidité.
LE PTC D'ADAM
C'est à Ceylan, la merveilleuse île des mers de l'Inde, près du riant village de Gillemallès, au-dessous d'une enceinte de collines couvertes de beaux arbres, que s'élève, à 7500 pieds au-dessus du niveau de l'océan, la montagne qu'on appelle le pic d'Adam, une montagne vivante, une pyramide de fleurs et de fruits. A sa base s'épanouissent, dans toute leur beauté : les cocotiers, le talipotavec ses
larges feuilles, dont une seule suffit pour abriter une douzaine d'hommes; le jaquier, dont les fruits ressemblent à ceux de l'arbre à pain, dont le bois a la couleur et la fermeté de l'acajou; plus haut, l'oranger, le citronnier exhalent leurs parfums; plus haut, fleurissent les plantes des régions tempérées; plus haut, les rhododendrons alpestres. L'ascension de cette montagne est très pénible et souvent dangereuse. Tantôt on est arrêté par des arbres brisés, par des détritus de végétation ; tantôt on chemine sur un sol humide et glissant, quelquefois dans le lit d'un torrent desséché, quelquefois à travers des rocs aigus, au-dessus des précipices, et quelquefois il faut traverser de profonds ravins. Des chaînes ont été attachées aux endroits les plus difficiles. On s'y cramponne comme à la rampe d'un difficile escalier.
Enfin on arrive à une sorte de mamelon entouré d'une muraille de cinq pieds de hauteur, et là est le point culminant de la montagne et là l'empreinte sacrée, la forme d'un pied humain qui a deux mètres de longueur et à peu près un mètre de largeur : le pied de Bouddha, disent les bouddhistes; le pied de Siva, disent les autres Hindous; le pied d'Adam, disent les musulmans.
Adam est vénéré par les musulmans comme le précurseur de Mahomet et tient une grande place dans leurs traditions religieuses.
Mahomet a lui-même raconté dans le Coran (chapitre II) la naissance du premier homme.
Quand Dieu, disent les légendes et le Coran, eut résolu de compléter son œuvre par celte création, les quatre anges suprêmes, Gabriel, Michel, Josafil et Asrael, apportèrent, pour former le corps d'Adam, de la terre des quatre points du globe. Mais pour faire son cœur et sa tête ils prirent de la terre de Médine et de la Mecque, à Tendroit où devait être déposée un jour la sainte Caaba et où devait s'élever le tombeau de Mahomet.
Avant d'être animé par le souffle divin, Adam était si beau que les anges restèrent en admiration devant lui, à l'exception d'Iblis qui devint le génie du mal. Il était si grand que, lorsqu'il se leva de toute sa hauteur, sa tète touchait au septième ciel. Dieu appela l'âme destinée à vivifier le premier homme, et qui depuis des siècles reposait dans des flots de lumière. Elle résista au premier ordre qui lui fut donné : elle ne voulait pas quitter le lumineux espace pour entrer dans un corps terrestre. Dieu lui dit :
«Tu entreras dans ce corps malgré toi; et pour te punir de ton indocilité, tu en sortiras un jour malgré toi. »
11 soufila alors dans les organes d'Adam, qui d'abord ouvrit les yeux et vit le trône céleste avec cette inscription : « Dieu seul est Dieu et Mahomet est son prophète. » Puis ses oreilles s'ouvrirent, et
il entendit le chant des anges. Puis sa langue se délia, et il s'écria : « Gloire à toi, unique, éternel créateur! »
L'âme ayant enfin animé tous ses membres, il se leva; mais alors ses regards furent frappés d'une clarté si éblouissante qu'ils ne pouvaient la supporter.
« D'où vient donc, dit-il, ce torrent lumineux qui m'oblige à baisser les paupières?
— Il vient, répondit Dieu, d'un prophète qui sera issu de toi, d'un prophète pour lequel je t'ai créé et pour lequel j'ai créé le monde. Il porte dans le ciel le nom d'Ahmed le glorieux et se nommera sur la terre Mohammed. »
Pour Adam et Eve, les anges élèvent au milieu de rÉden une tente en soie, et sous celte tente un trône d'or où le fils de la terre s'assoit à côté de sa jeune compagne. Les heureux époux vivent paisiblement cinq cents ans dans leur merveilleux empire. Oiseaux et quadrupèdes, fruits et fleurs, tout leur apparlient, tout, à l'exception de l'arbre à blé, auquel ils ne devaient pas toucher.
Iblis, le fatal démon de l'Envie, fut introduit dans la merveilleuse demeure par le serpent. Il trompa par ses belles paroles l'innocente Eve. Il l'effraya par la perspective de la vieillesse et lui dit que pour échapper à une telle fin elle n'avait qu'un remède assuré, qui était de mordre au fruit dé-
fendu. Ce fruit était le blé, qui en ce temps de bénédiction ne poussait point cliétivemenl, par un rude labeur, sur une lige menue. Il croissait sur un arbre dont la tige ressemblait à l'or, les rameaux à l'argent, les feuilles à des émeraudes. De chacune de ses branches sortaient sept épis étincelanls comme des pierres précieuses; chacun de ses épis contenait cinq grains blancs comme la neige, doux comme le miel, odorants comme le musc, et gros comme des œufs d'autruche.
La pauvre Eve, fascinée, aveuglée par l'infernal génie, désobéit à la loi de Dieu et, pour comble de malheur, entraîna, son cher époux dans sa désobéissance.
Par les fouets de la colère, Adam et Eve furent séparés l'un de l'autre. Adam fut jeté dans l'île de Serendib. C'est ainsi que les Arabes appellent l'île Ceylan. Eve fut emportée à Djedda.
Dans leur solitaire retraite tous deux 'souffraient d'une douleur dont nulle douleur humaine ne peut donner l'idée. Adam versa tant de larmes que les oiseaux et les quadrupèdes en étaient abreuvés. Une partie de ses larmes pénétrait encore dans le sol, et là où elles s'infiltraient on vit s'élever des arbres à épices. Comme le temps, ce grand consolateur des vulgaires mortels, accroissait au contraire les regrets de l'exilé du paradis, il pleura tant, que, des paupières toujours inondées de son œil
gauche, sortit la source du Tigre et, de son œil droit, l'Euphrate. Toute la nature attendrie pleurait avec lui, et les animaux s'approchaient de lui avec un sentiment de commisération. Eve pleurait de même ; ses larmes, en tombant sur la terre, enfantaient les plus beaux rubis, et celles qui roulaient dans la mer se transformaient en perles. Tous deux faisaient entendre de tels gémissements que le vent d'ouest portait à l'oreille d'Adam les soupirs d'Eve, et les vents d'est ceux d'Adam à sa malheureuse femme.
Enfin, après deux cents années de si grandes souffrances, Adam fut conduit par l'ange Gabriel sur le mont Arafat, près de la Mecque, et y retrouva Eve et la conduisit à Geylan.
Là, par les leçons de l'ange Gabriel, son céleste instituteur, il apprit à labourer la terre, à semer et à récolter le maïs. Eve apprit à tisser la laine des agneaux et à faire du pain. L'ange lui apporta pour allumer son four un charbon de l'enfer qu'il avait trempé soixante-dix-sept fois dans la mer. Sans cette précaution, le tison eût tout dévoré. Adam se soumit avec résignation au dur labeur qui lui était imposé. Il pleurait encore quelquefois en creusant son sillon et cependant faisait de belles récoltes. De son temps, le grain de blé était encore aussi gros que dans le paradis. De siècle en siècle il s'amincit par la perversité des hommes. Au temps d'Éhe il était encore gros comme un