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UNE VILLE INDIENNE

Hardwar est une petite ville du Bengale. On n'y compte pas plus de sept mille habitants et elle n'a qu'une rue bordée de chaque côté par des boutiques de différentes sortes, par des étalages d'aliments et des confiseries qui attirent des tourbillons de mouches.

Mais le nom de cette ville signifie « porte de Dieu ou porte du Gange. ^^ Elle est située près de l'endroi t où les tlots du fleuve sacré produits par les glaciers de l'Himalaya descendent des montagnes avec leurs affluents et tombent dans la plaine.

Chaque année il y a là, à l'équinoxe du printemps, une foire bien plus considérable que les foires de Leipzig et de Nijni-Novogorod, et, tous les douze ans, une autre foire, qui attire de tous les côtés une foule prodigieuse.

Un témoin oculaire a fait une en umé ration des diverses denrées assemblées alors sur le terrain de Hardwar. C'est vraiment curieux. « Là, dit-il, on peut voir des chevaux de tous les pays, des éléphants, des chameaux, des buffles, des singes, des ours, des léopards et toutes sortes d'autres animaux, depuis le tigre jusqu'au renne. Là sont les châles de Cachemire, les étoffes en laine d'Angleterre, le corail de'la mer Rouge, l'agate de Guzzerat, les pierres précieuses de Ceylan, les gommes et les épices d'Arabie, l'eau de rose de la Perse, les montres de la Suisse, les soieries de la Chine, les parfumeries de la rue Saint-Honoré. »

A la foire annuelle, deux ou trois cent mille individus se rassemblent autour de la petite cité. A la foire de la douzième année il en vient parfois deux millions.

Ce n'est pas l'industrie et le commerce qui attirent là une telle affluence; c'est une idée religieuse: c'est la situation de Hardwar à la têle du Gange. L'escalier construit à l'extrémité de la petite ville est renommé et vénéré dans toutes les provinces de l'Inde.

C'est par là que l'on descend dans le fleuve. A tout instant une foule énorme se presse sur les marches de cet escalier. Vieillards et enfants, hommes et femmes vont se baigner à la fois. La sainteté du lieu ne permet pas de concevoir dans ce mélange des sexes une mauvaise pensée.

A cette époque de l'année, le fleuve sur la rive de Hardwar n'a pas plus de quatre pieds de profondeur. Parmi les pèlerins il en est un grand nombre qui, en se jetant dans ses flols, se félicitent d'accomplir un devoir religieux et se réjouissent de prendre en même temps un bon bain. Les hommes se livrent là à divers exercices de natation ; là les femmes se plaisent à dérouler et à lisser leurs longs cheveux. Mais les vrais dévots font en un pieux recueillement leurs ablutions. Le dévot riche paye un tribut à deux brahmes qui, de chaque côté, le prennent par le bras et le conduisent autant que possible à l'écart de la foule. Ils le plongent trois fois dans l'eau sainte, puis le ramènent gravement à sa demeure.

C'est au centre de l'Afrique méridionale, vers la région du Zambèze, que l'on voit dans toute sa force le colossal bipède, l'éléphant des oiseaux, dit Butfon, l'autruche. Là, comme partout où elle existe, on la poursuit avec ardeur, non pour sa chair, qui est si coriace et de si mauvais goût que les gens du pays ne peuvent y mordre, et nul d'entre eux n'est en état de renouveler le raffinement gastronomique d'Héliogabale se faisant

servir sur un plat d'argent six cervelles de cet animal qui a une si petite tête sur un si gros corps. On poursuit l'autruche pour son beau plumage frisé ondoyant, qui ne lui sert à rien, puisqu'elle ne peut voler, mais qui est fort apprécié dans le monde élégant. Le noir et blanc plumage d'une autruche mâle se vend, dit un voyageur moderne, 12 à 15 livres sterling (300 à 375 francs). Mais il n'est pas aisé de prendre cette proie. Avec ses longues jambes, conformées à peu près comme celles du chameau, l'autruche franchit l'espace d'un kilomètre en moins de deux minutes. Pour l'atteindre, les indigènes de l'Amendebelle ont imaginé ce moyen. Comme elle court toujours contre le vent, quatre hommes à cheval se placent dans la même direction à quelque distance l'un de l'autre. L'autruche est alors poursuivie de relais en relais, sans relâche, par des chevaux frais et dispos. Quand elle arrive au quatrième, elle est haletante, épuisée de fatigue, et alors on l'assomme.

Dans la Colonie du Cap on emploie des procédés plus doux. On apprivoise les autruches, et chaque année on leur enlève leur toison.

La ponte de Tautruche est ordinairement de trente-cinq œufs. Ils n'éclosent point au soleil, comme on l'a dit. Le mâle et la femelle les couvent tour à tour, et ne les abandonnent qu'à la dernière extrémité.

Chaque œuf d'autruche pèse à peu près autant que vingt-quatre œufs de poule.

Parmi les nombreux oiseaux de proie de cette région, il en est un dont on bénit le courage. Il ne dévaste point la basse-cour. Il ne cherche que le serpent, et il l'attaque bravement. Tantôt il le tient cloué par terre sous ses longues jambes et le déchire à coups de bec, tantôt il l'emporte dans les airs et le jette sur des cailloux qui le fracassent. Alors il se précipite sur lui et le dévore.

Un autre oiseau mérite une mention particulière. Les indigènes l'appellent isehlo. Les naturalistes lui ont donné le nom de Cuculus indicator. Il est gourmand, ce petit oiseau, et c'est sa gourmandise qui en fait l'auxiliaire de l'homme. Il est très friand du miel des abeilles et surtout de leurs œufs. Comme il ne peut lui-même s'emparer de leurs nids, il les découvre à qui peut les prendre, dans l'espoir qu'on lui en laissera pour sa récompense quelques débris.

Pour annoncer sa découverte, dit M. Sparrman, le célèbre voyageur suédois, le moyen qu'il emploie est vraiment curieux. « Le soir et le matin, probablement à l'heure où son appétit se réveille, il se met en campagne, et par ses cris perçants, clierr, cherr, il cherche à exciter l'attention des gens de la campagne. Bientôt il voit apparaître quelque Hottentot ou quelque colon. Alors, en répétant son cri, il vole vers l'endroit où est l'essaim d'abeilles.

Il faut que ceux qui suivent ce petit guide aient soin de ne pas l'efîrayer. Ils doivent, au contraire, répondre à son appel par un doux sifflement. Si les rayons qu'il a découverts sont un peu éloignés, il s'arrête de distance en distance ou ralentit son vol pour que ses compagnons ne le perdent pas de vue. Parfois même il revient vers eux et, par ses cris redoublés, leur reproche leur lenteur. Lorsque enfin il arrive à son but, il va se poster sur un arbre, au-dessus ou à côté du nid qu'il a trouvé, et là il attend que ceux à qui il a révélé ce butin achèvent leur opération et lui laissent sa part.

Dans la Cltaumière indienne Bernardin de Saint- Pierre raconte qu'un savant docteur anglais, après avoir étudié différents dogmes, résolut d'aller dans la pagode de Jaggernat chercher la solution d'un religieux problème. 11 partit pour l'Inde, et un matin, au lever du soleil, il vit la fameuse pagode.

« Bâtie sur le bord de la mer, qu'elle semblait dominer avec ses grands murs rouges et ses galeries, ses dômes et ses tourelles de marbre blanc, elle s'élevait au centre de neuf avenues

d'arbres toujours verts qui divergent vers autant de royaumes. Chacune de ces avenues est formée d'une espèce d'arbres différents, de palmiers arecs, de tacques, de cocotiers, de manguiers, de lataniers, d'arbres de camphre, de bambous, de badamiers, d'arbres de sandal, et se dirige vers Ceylan, Golconde, l'Arabie, la Perse, le Thibet, la Chine, le royaume d'Ava, celui de Siam et les îles de la mer des Indes. Le docteur arriva à la pagode par l'avenue des bambous qui côtoie le Gange et les îles enchantées de son embouchure. Cette pagode, quoique bâtie dans une plaine, est si élevée que, l'ayant aperçue le matin, il ne put s'y rendre que le soir. Il fut véritablement frappé d'admiration quand il considéra de près sa magnificence et sa grandeur. Ses portes de bronze étincelaient aux rayons du soleil couchant, et les aigles planaient autour de son faîte qui se perdait dans les nues. Elle était entourée de grands bassins de marbre blanc qui réfléchissaient au fond de leurs eaux transparentes ses dômes, ses galeries, ses portes; tout autour régnaient de vastes cours et des jardins environnés de grands bâtiments où logeaient les brahmes qui la desservaient. »

Notre gracieux écrivain s'est plu à faire cette poétique description. Bien différente est la réalité.

Au milieu d'une plaine de sable, à l'extrémité de la ville de Jaggernat, qu'on appelle aussi Poore, s'élève, à une hauteur de 180 pieds, un sombre

obélisque construit avec d'énormes blocs de granit péniblement extraits des montagnes voisines. Sur ses quatre faces sont* sculptées diverses figures symboliques. A sa sommité est un ornement en cuivre doré. La lumière du ciel ne pénètre point dans ce massif édifice noirci par le temps. A l'intérieur, il est éclairé par des lampes allumées nuit et jour.

C'est le fameux temple de Jaggernat. Un terrain dénudé l'entoure, et le tout est enfermé dans une haute muraille. Là, ni arbres, ni fleurs, ni verdure ; de tout côté le sable aride, et sur le chemin de la cité et le chemin des temples, des têtes éparses, des cadavres rongés par les bêtes fauves.

Autour des sombres édifices, quel douloureux tableau !

Mais cet édifice est l'un des plus anciens monuments religieux de l'Inde, et là est l'idole en bois qui renferme des ossements de Krichna, la neuvième incarnation de Yichnou, le dieu suprême. Il est profondément vénéré, ce temple de Jaggernat. Nul Européen, nul musulman indien ne peut y entrer. Le gouvernement anglais lui témoigne son respect en lui allouant chaque année une somme de 150 000 francs, et les rajahs de diverses provinces se font un pieux devoir de lui envoyer des présents.

Quatre mille prêtres sont employés à son service. Chaque année, au mois de juin, à la fête du Char,

il arrive là 100 000 et quelquefois 200 000 pèlerins.

Alors l'idole est tirée de son sanctuaire, lavée des pieds à la tête comme un enfant et pompeusement habillée. On lui met des colliers d'or, des bras d'or, des yeux de diamant. On la place sur un trône étincelant et on l'expose ainsi parée aux regards de la foule, qui la salue par un tonnerre d'acclamations. Tout le jour et les jours suivants l'air retentira de ces enthousiastes clameurs. Le dieu va se montrer plusieurs fois à ses adorateurs. Le dieu va voir près de Jaggernat, à un mille environ de distance, sa maison de campagne, et cette courte migration s'accomplit solennellement. D'abord apparaissent trois éléphants richement caparaçonnés, puis une troupe de musiciens avec leurs instruments, puis un char de soixante pieds de hauteur. Le dieu y est placé assis sur son trône, et les brahmes les plus vénérables vont se ranger autour d-e lui.

Cette maison mobile est posée sur des roues massives de sept pieds de diamètre, A ses solives sont attachés des câbles énormes qui excitent d'ardentes convoitises. Heureux ceux qui parviendront à saisir un de ces câbles pour traîner le chariot sacré! Heureux ceux qui pourront seulement y mettre les mains! Ils seront par là délivrés de leurs péchés.

Dans ce religieux transport, dans cette tumultueuse compétition, il y a des luttes violentes, des

scènes cruelles. Pour obtenir un petit brin du salutaire cordage, un grand nombre de pèlerins combattent vainement, et tombent étouffés ou écrasés au milieu de leurs concurrents.

Il y en a qui dans leur fanatisme, pour complaire à Yichnou par un sacrifice sanglant, se jettent eux-mêmes sous les roues du char et' se font broyer.

De nouveaux cris, de nouveaux chants avec un accompagnement de musique saluent l'idole quand elle descend dans sa pagode champêtre. Mais elle ne peut guère y résider. Pour la satisfaction de ses fidèles croyants, il faut qu'elle retourne dans sa capitale. Si elle en était quelque temps éloignée, on croirait qu'elle est en colère.

Il y a quelques années, les brahmes annoncèrent qu'elle ne quitterait sa maison de campagne que lorsqu'il n'y aurait plus d'Anglais dans la province.

Il n'en fallait pas plus pour soulever la population indienne.

Le commandant des forces britanniques en garnison à Cuttack prévint le danger en déclarant que si le dieu ne rentrait pas immédiatement à Jaggernat, il irait avec ses soldats démolir le temple, briser la statue.

Le dieu obéit.

Ces fêtes du Char font chaque année de nombreuses victimes. Il y a des pèlerins qui, n'ayant pas le moyen de louer un palanquin ou une

voilure, font à pied, jour par jour, dans la plus chaude saison de l'année, leur long voyage. Il y en a qui, pour accroître le mérite de leur pèlerinage, s'imposent des privations volontaires, des pénitences rigoureuses, des tâches incroyables. Le docteur Buchanan en a vu un qui faisait deux pas, puis se jetait tout de son long la face contre terre, se relevait, faisait encore deux pas, et de nouveau s'étendait sur le sol, et il prétendait traverser ainsi un espace de cent lieues. Combien de temps a-t-il mis à faire ce trajet? L' a-t-il fait? On ne sait.

Une quantité de ces pieux voyageurs, affaiblis par leurs privations, ne peuvent résister à la fatigue d'un long chemin ni aux intempéries, et quand vient le choléra, il fait parmi eux de terribles ravages. Personne ne s'occupe de ceux qui succombent ainsi sur les grands chemins ou dans les rues de Poore, près de leur temple vénéré. Personne ne songe à leur donner une sépulture. Les chacals, les chiens, les vautours s'élancent sur eux et les dévorent.

Pendant des siècles la terre d'Afrique, trois fois plus vaste que l'Europe, a été à peu près totalement inconnue. Dans l'antiquité, la science

géographique s'arrêtait au détroit de Gibraltar. Là étaient les Colonnes d'Hercule, le nec plus ultra des voyageurs. Dans le moyen âge, là était la main noire, la main de Satan étendue sur l'Atlantique.

Les Portugais prétendent avoir les premiers reconnu le cap Vert et atteint le Sénégal. Cette expédition, selon leurs propres récits, ne date pourtant que de 1446, et il est bien démontré que dès l'année 1394 des négociants de Dieppe et de Rouen avaient fondé des établissements de commerce plus loin que l'embouchure du Sénégal et de la Gambie, par delà Sierra-Leone. L'un de ces établissements s'appelait le Petit-Dieppe, un autre le Petit-Paris. Les Canaries ont été conquises par notre brave Normand Jean de Bélhencourt, et lorsque le prince Henri, le savant, le patient, le zélé fils du roi Jean l" de Portugal, préparait le voyage qui a été si heureusement accompli, il fut, dit le P. Lafiteau, encouragé dans ses projets par des marins de notre Basse-Bretagne. En débarquant à Lisbonne après une aventureuse navigation sur l'Atlantique, ils racontaient qu'ils avaient été poussés au loin à l'occident par des tempêtes et qu'ils avaient vu des terres inconnues.

Mais en réalité c'est à l'intelligente résolution du prince Henri, c'est aux Portugais que l'on doit la découverte de la côte d'Afrique.

En 1418 l'expédition organisée par Henri doubla

le cap que l'on croyait infranchissable et qu'on appelait pour cette raison le cap Non. Puis on arrive au grand promontoire de la côte saharienne, au 26'" degré de latitude septentrionale. Ensuite de longues années s'écoulent sans de réels progrès. En 1471 enfin, on arrive à PÉquateur. Deux ans après, le vaillant Henri meurt. Mais l'impulsion qu'il adonnée ne s'arrêtera pas. En 1486 Barlhélemi Diaz atteint l'extrémité méridionale du continent africain, double le cap qu'il appelle caho de los Tormentos. Le roi Henri II l'appelle le cap de Bonne-Espérance, labonne espérance des immenses régions que l'on allait par là explorer.

Les Portugais ne s'arrêtèrent guère au Cap. Mais les Hollandais y vinrent et au milieu du xvii« siècle y fondèrent une colonie qui peu à peu, pacifiquement, s'agrandit.

Les Anglais s'en emparèrent en 1796. Ils furent en 1801, par le traité d'Amiens, obligés de la restituer à ses légitimes possesseurs. Mais en 1825 le congrès de Vienne la leur rendit, et ils sont bien résolus à la garder. C'est pour eux une position maritime d'une haute importance. C'est un domaine fructueux qu'ils ont déjà élargi et qu'ils élargiront encore plus. Ils n'ont devant eux que trois peuplades, qui ne peuvent les effrayer : les Boers, les Hottentols, les Cafres.

Les Boers, descendants des colons hollandais, honnêtes, laborieux fermiers, qui n'aspirent qu'à

vivre en princes dans leurs rustiques demeures. Les Hottentots, divisés en trois petites tribus : Koranas, Namakouas, Buslimen. Ce sont les primitifs habitants du pays. Ils habitaient près du Cap quand les Hollandais vinrent s'y établir. Peu à peu ils en ont été écartés. On ne sait d'où ils sont venus. Rien dans leur constitution, dans leurs traditions, dans leur langue, qui est une espèce de clapotement de durs monosyllabes, rien ne donne un indice de son origine. C'est une race à part, et de toutes les races que nous connaissons, y compris les misérables Fuégiens, c'est la plus informe, la plus laide, la plus sale, la plus grossière et la plus indolente.

Les Cafres, les plus anciens habitants de la contrée après les Hottentots, descendent, dit-on, d'Ismaël, fils d'Agar et d'Abraham. Ils ont la beauté de la race arabe : la taille élevée et élégante, les membres souples et musculeux, l'attitude imposante, le front élevé, la figure régulière, les yeux vifs et pénétrants, les dents d'une blancheur et d'une régularité merveilleuses, les cheveux plus noirs et plus touffus que ceux des Arabes, mais non laineux comme ceux des nègres. Leur nourriture se compose de lait et de divers végétaux. Ils ne mangent que très rarement de la viande, et les maladies, les difformités sont parmi eux fort rares.

En arrivant dans la région occupée par la peu-

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pladehottentote, ces valeureux immigrants n'eurent pas de peine à prendre la terre qui leur convenait, et après leurs différents conflits avec les Hollandais et les Anglais, ils occupent aujourd'hui au sud-est du continent un territoire d'une singulière beauté. Là s'étendent au loin des plaines ondulantes où paissent de magnifiques troupeaux; là s'élèvent des collines couvertes de beaux bois et des montagnes dont nul pinceau ne peut reproduire l'éclat, quand elles sont empourprées par le soleil couchant. De ces montagnes tombent des cascades grandioses éblouissantes comme le Niagars. De ces montagnes descendent des rivières qui serpentent à travers les prairies et s'en vont à l'océan. Dans les sécheresses de l'hiver, elles s'affaissent et s'amoindrissent. Dans la saison des pluies, elles s'enflent rapidement et débordent de côté et d'autre à une longue distance. Alors on pourrait croire que le pays est complètement dévasté. Mais bientôt les flots se resserrent, l'inondation disparaît, l'atmosphère est rafraîchie, et la terre, qu'un soleil brûlant aurait desséchée, est retrempée. En quelques jours elle apparaît toute verte et toute fleurie. — Cette terre de la Cafrerie, dit un voyageur, est un jardin botanique. On ne peut se faire une idée de la richesse et de la variété de ses produits. Au temps de la sécheresse, après un grand nombre de plantes bulbeuses, j'ai découvert là en quelques heures,

sur un espace d'un mille anglais, cent cinquante espèces différentes de végétaux. Je crois que dans la belle saison on en découvrirait aisément le double.

Avec leurs armes primitives, leurs lances, leurs flèches, les Cafres n'ont pas craint de braver les fusils et les canons des Anglais ; s'ils ont été vaincus, ils ont fait voir aussi qu'on ne pouvait les traiter sans ménagement.

Il y a trente ans, la peuplade la plus rapprochée des possessions anglaises fut désorganisée par un malheureux complot. Elle vit apparaître un prophète qui annonçait des choses prodigieuses. Il disait qu'un jour viendrait, et il désignait ce jour, où l'on verrait le soleil, se levant à l'est comme de coutume, retourner à l'est et s'y coucher. Aussitôt tous ceux qui avaient résisté à la voix du prophète seraient emportés par un ouragan. Puis les ancêtres des Cafres reviendraient avec des armes, des vêtements superbes, des troupeaux innombrables. Les fidèles sectateurs du prophète prendraient possession de ces richesses. En même temps ils seraientdoués d'une nouvelle jeunesse, d'une nouvelle force, et tout le pays leur appartiendrait.

Pour obtenir ces grâces, ils devaient immédiatement abandonner la culture de la terre, brûler leurs grains et leurs autres provisions, égorger leurs bœufs, leurs moutons, ne conserver de

toutes leurs propriétés que leurs armes et leur cheval.

Ces incroyables prédications étaient suscitées par plusieurs chefs qui, en précipitant leurs peuplades dans la plus complète misère, comptaient les déterminer par là à une guerre de désespoir et d'extermination.

Ils ne réussirent que trop dans la première partie de leur plan. Une quantité de pauvres gens, exaltés par les promesses du prophète, quittent leurs sillons, immolent leurs troupeaux, brûlent leurs provisions, puis se mettent à consolider leur toit pour qu'il résiste au terrible ouragan, puis attendent le jour décisif (le 18 mars iSbl). Ce jourlà, le soleil se leva comme de coutume et continua sa course comme de coutume. Nul trouble dans l'air, nulle tempête et nulle apparition merveilleuse.

Les malheureux, déçus dans leur espoir, ruinés par leur crédulité, profèrent des cris de rage contre ceux qui les ont trompés et ne veulent plus leur obéir. Au lieu de s'armer contre la colonieanglaise, un grand nombre d'entre eux se mirent, dans leur misère, au service de cette colonie; d'autres allèrent chercher un refuge en diverses tribus; d'autres moururent de faim.

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