L'OISEAU-MOUCHE
« Avec une légère baguette au bout de laquelle est un brin de gomme, des enfants de l'île prennent aisément ces oiseaux et me les apportent pour une minime rétribution. A diverses reprises j'en ai mis plusieurs en cage, mais, malgré tous les soins que je leur donnais-, ils n'ont pu vivre, et j'en ai été affligé.
« Les victimes de la chasse ne me font pas la même impression. L'oiseau est tué à une certaine distance et l'on n'assiste pas à son agonie. Mais quand on a captivé dans toute la plénitude de sa vie une de ces innocentes petites bêtes, peut-on, sans en être péniblement ému, voir ses forces peu à peu s'affaiblir, ses ailes se raidir, ses yeux se voiler et s'éteindre!
«J'ai éprouvé plus d'une fois celle douloureuse émotion, et chaque fois je me promettais de ne plus m'y exposer, et je n'ai pu me décider à emprisonner encore quelques-uns de ces charmants oiseaux que par l'amour de la science, par l'espoir de faire quelque utile observation. 5>
Il existe aux Antilles un autre oiseau qu'on ne peut oublier. 11 ne charme point l'oreille par son chant et ne fascine point le regard par sa beauté. Mais souvent on le bénit pour la tâche qu'il accomplit. Dans les régions tropicales il n'y a point de crépuscule. Le soleil tout d'un coup tombe à l'horizon, et tout d'un coup la nuit remplace le jour; si l'on n'y prend garde, on peut être surpris
par les ténèbres, dans les bois, dans les champs, loin de sa demeure. Mais le soir l'oiseau providentiel pousse un cri. Ce cri est un averlissement. 11 annonce que le soleil va bientôt se coucher.
(F. Oben. Campi in the Caribbees.)