‹ A travers les tropiquesChapitre 39 sur 87 · LA VALLÉE DE CACIIEMIR · texte numérisé non relu

LA VALLÉE DE CACIIEMIR

Le génie qui accomplil cette belle tâche s'appelait Kachef. Un Indien qui s'appelait Mir Estit fonda dans la vallée une ville, à laquelle il donna son nom. De là, dit la légende, le nom de Kachmir.

Cette terre attrayante a été successivement envahie et conquise par les Mongols, par les Afghans, par les Siks, puis par les Anglais.

Ce ne sont point pourtant ses révolutions et ses guerres qui ont fait sa célébrité, mais ses productions industrielles, ses tissus.

Un compatriote de M. le comte de Hûbner et de Mme Ida Pfeilîer, un clairvoyant et patient voyageur, M. le baron deHugel, a fait une complète exploration du royaume de Cachemir. Nous empruntons à son savant livre quelques détails sur ces fameux châles qui excitent tant de convoitises.

Ils sont faits avec une fine laine qui croît sous les longs poils des chèvres du Thibet, comme le duvet sous les plumes du cygne.

On l'appelle pacJimina. Chaque année, au printemps, les Thibétains la recueillent avec des peignes, et la portent au marché de Ladhak, où des marchands l'achètent pour la vallée de Cachemir. Là elle est soigneusement lavée avec de l'eau de riz, puis teinte de diverses façons. Les Cachemiriens se vantent de pouvoir lui donner quarante-deux couleurs différentes et de faire trente tissus différents, c'est-à-dire des tentes, des tapis, des bas, des bandes de turbans, des gants, des

bonnets. Mais le travail essentiel est celui des châles.

Autrefois ils étaient commandés par des négociants de rinde ou de la Perse qui venaient s'établir dans une des villes de la vallée et y restaient huit mois, un an, jusqu'à ce que tout ce qu'ils désiraient fût achevé. Plus tard les Cachemiriens entreprirent d'aller vendre eux-mêmes leur denrée. Mais ils n'ont pas réussi et l'on en est revenu à l'ancien système.

Le duchalavella, ou chef d'atelier, présente au marchand étranger divers échantillons de châles qu'il s'engage à fabriquer dans un temps déterminé, moyennant une somme dont le tiers doit lui être payé d'avance.

Tout étant réglé, il recrute le nombre de tisserands qui lui est nécessaire, et se met à l'œuvre. La navette n'est employée que pour des tissus unis. Tous les dessins sont faits à l'aiguille, et nul châle n'est fait d'une seule pièce, mais de quinze morceaux. Quand tous ces morceaux sont rejoints et habilement cousus ensemble, quand le châle est fini, deux hommes le mettent dans une grande cuve en pierre où ils entrent euxmêmes et le lavent dans une eau fraîche qu'on renouvelle à diverses reprises. Puis on le fait sécher, on l'enveloppe avec soin, et l'agent du gouvernement y met une estampille qui constate sa valeur par l'impôt dont il est frappé.

UNE l'EUPLADE SAUVAGE DANS L'ANNAM. 147

Le plus beau chàle coûte à Cachemir 1 500 roupies, environ 3 700 francs.

Au temps des empereurs mongols on comptait dans ce pays 40 000 métiers de tisserand et 120 000 ouvriers. Par l'effet des guerres, des pillages et des émigrations, des concurrences de différents côtés, ce nombre est considérablement diminué. Dans les divers districts de la vallée il n'y a pas à présent plus de 6 000 tisserands, qui fabriquent environ 3 000 cbàles par an.

. (Cari von Hùgel, Kaschmir.)

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