AU PIED DE L'HIMALAYA
quitter. Tout ce qui constitue un grand paysage: plaines, montagnes, jardins, rivières, forêts et villages, tout est réuni dans cette vallée, la plus belle de l'Inde après celle de Cachemire. Près de nous, sur différents points, nous avons un curieux travail à observer, le travail des pauvres gens. Partout où ils trouvent un peu de terre végétale, ils y sèment du blé. Partout où ils voient une espèce d'herbage, ils y conduisent leurs chèvres et leurs moulons.
Cependant nous devons nous remettre en route. Le soleil darde déjà ses rayons et il nous faut encore trois heures pour arriver aux deux stations de Marsomie et de Landour. Ces stations, chères aux Anglais, ne sont point des villes ni même des villages. Je pourrais les comparer aux hameaux épars des Alpes. Mais à travers les Alpes on ne verra point d'habitation en de tels sites et à une telle élévation ; sur ces flancs ravagés de l'Himalaya on ne trouverait pas un emplacement pour bâtir un village, pour aligner une rue. Chaque maison est construite, de-ci de-là, sur une bande de terre, sur une pointe de roc, à 2 500 mètres de hauteur. C'est dans ces bengalows aériens, dans ces nids d'aigle que les Anglais aiment à se retirer en été. De là, par-dessus les cimes des Sivalik, leur regard s'étend jusqu'aux plaines de rinde.
Nous traversons Landour; nous allons jusqu'à
Lal-Tiba, qui est beaucoup plus élevé. Là je vais contempler les sommités de l'Himalaya. Mais ma première impression n'a point été ce que j'espérais. Je suis en droite ligne à vingt-cinq lieues de distance de ces sommités. Dans cet éloignement elles ne me semblent pas plus hautes que le mont Blanc dans le val de Chamonix, et elles ne s'élancent point d'un seul jet dans les airs, comme la Cordillère du Mexique. Elles s'élèvent en rangées successives, graduellement l'une au-dessus de l'autre, et emplissent l'horizon. Elles m'apparaissent comme une mer de montagnes ondulantes, roulant jusqu'au centre de l'Asie, ou comme un continent de glaces dans les régions polaires avec de hautes cimes dans un océan
sauvage*.
(Henri Field, Froin Egypt to Japan.
1. La chaîne de l'Himalaya, dont le nom signifie « domaine des neiges », forme une courbe de 500 lieues de longueur et de 40 à 50 de largeur. Quarante-cinq de ses pics s'élèvent à plus de 7 500 mètres: le Sihsour à 8472 mètres, le Kintchindjinga à 2581 mètres, l'Everest à 8839 mètres, etc.
A la base dé ces montagnes est la végétation des tropiques;, à 1600 mètres de hauteur sont les plantes de l'Europe : à 4200 mètres, on récolte encore du blé.
Les plus hautes cimes après celles de l'Himalaya sont : Dans le Caucase, l'Elbrouz. 5647 mètres;
Dans les îles d'Afrique, le pic de Ténérife, 3700 mètres;
En Amérique, le Chimborazo, 6 255 mètres;
En Océanie, le Mauna-Loa, 4 197 mètres;
En Europe, le mont Blanc, 4 810 mètres.
L'île de Sumatra est tout un monde. Le gouverneur de Palembang régit une contrée aussi vaste que l'Angleterre et l'Irlande réunies. La ville de Palembang a une population de Malais et de Chinois, dont la plupart vivent sur des radeaux. A l'intérieur il y a différentes races parlant différentes langues. 3Iais la plus grande partie de l'île est encore couverte de jungles et de forêts habitées par des tigres, des rhinocéros et une quantité d'éléphants sauvages. C'est une chose étrange qu'on ne cherche point à les prendre pour les apprivoiser et s'en servir comme bêtes de somme. On les tue pour enlever leur ivoire. Pour les tuer, il faut organiser de grandes chasses, ce qui ne peut se faire chaque jour. Souvent ils errent par centaines, brisent les clôtures, dévastent les plantations.
Les habitants de Sumatra ont d'autres voisins plus tenaces et à tout instant vraiment redoutables : ce sont les serpents. Mais ils ne s'en effrayent point et ne cherchent pas à les détruire. Au contraire, ils les laissent circuler librement. On peut voir dans plus d*une maison le serpent noir ou le boa s'installer sans peine sur les planches du garde-manger, ou dormir tranquillement au soleil
sur la véranda. Le serpent noir et le boa font la guerre aux rstts. On les traite comme des animaux domestiques. Il en est à peu près de même à Java. « Nos serpents, me disait un jour un médecin de ce pays, rendent de grands services aux jardiniers. Ils dévorent les insectes, les vers, les souris. Ils rôdent autour de nos habitations, et ordinairement n'y entrent pas. Mais vous savez qu'ils sont très sensibles à la musique. Le soir, quand nous ouvrons nos portes et nos fenêtres pour aspirer un peu d'air frais, si quelqu'un de nous fait vibrer un violon ou résonner un piano, si ces silencieux mélomanes entendent une mélodie qui leur plaît, on les voit s'avancer l'un après l'autre comme des invités, et on ne s'en inquiète point. »
(H. Field. Froin Efpjpt to Japan.)