‹ A travers les tropiquesChapitre 60 sur 87 · LES RUINES DE THÈBES · texte numérisé non relu

LES RUINES DE THÈBES

deux mille ans plus tard, les peuples de toutes les contrées affluèrent à Rome.

Là les rois d'Egypte, dans leur omnipotence, érigèrent des palais, des temples, des statues, des obélisques d'une élévation sans pareille. J'ai passé de longs jours à étudier ces œuvres d'un ancien temps, et je n'essayerai pas de les décrire, pas plus que je ne tenterais de décrire les Alpes. Qu'on se figure douze cents sphinx gigantesques rangés de deux côtés sur un espace de deux milles. C'est l'avenue de Louqsor à Karnak. Qu'on se figure une foret de hautes colonnes de douze pieds de diamètre, d'épaisses murailles couvertes de basreliefs, et les prodigieux obélisques d'un seul bloc de granit. C'est l'un des temples de Karnak, et pendant plus de vingt siècles on ne cessa de construire à Karnak.

3Iaintenant que resle-t-il de cetle magnificence, de cette gloire de l'ancienne Egypte? Rien que des ruines. La plaine de Thèbes est silencieuse, déserte. Quelques colonnes, quelques statues encore debout indiquent la place oi^i fut la ville ; mais cette ville a cessé d'être, comme le peuple qui l'habitait il y a quatre mille ans. Quelques misérables huttes sont accolées aux murailles des grands temples, quelque pâtre conduit son bétail dans la poussière de ïhèbes aux cent portes. J'ai vu là un fellah attelant à sa charrue une vache avec un chameau, et des Arabes à moitié

nus puisant de l'eau entre deux colosses de Louqsor et la slalue de Meninon dont les lèvres rendaient des sons harmonieux aux rayons du soleil levant. Ramsès le Grand se consacrait à luimême partout des monuments. Il en avait érigé une de ses statues à Memphis. 11 avait mis dans un des temples de Thèbes une autre, d'une dimension énorme, taillée dans le granit près de la première cataracte. 0 vanité des ambitions humaines ! sur cette statue colossale Ramsèsavait fait graver cette inscription : « Je suis le roi des rois » ; et il croyait bien qu'elle subsisterait à jamais dans sa splendide cité. Elle a été renversée par le farouche Cambyse, elle gît sur le sol, mutilée, presque réduite en poussière.

(H. Field, From Egypt (o Japan.)

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