L.\ VICTOUIA REGIA
aiguillonnées. Sur ces feuilles s'élèvent, à environ trente centimètres au-dessus de l'eau, des fleurs qui, dans leur complet développement, ont trois à quatre pieds de circonférence. Leurs pétales se déploient le soir. Du blanc le plus pur, ils passent en vingt-quatre heures par plusieurs nuances roses jusqu'à ce qu'ils arrivent à un rouge éclatant. Pendant le premier jour de son éclosion, la magnifique fleur exhale un doux parfum. A la fin du troisième jour elle se fane et se replonge dans l'eau, où ses graines vont mûrir. Ces fruits renferment une bonne fécule. Les Indiens les recueillent et en font un de leurs aliments. On trouve la Victoria regia dans quelques fleuves de la Guyane, mais principalement au Brésil, dans les lacs formés par l'Amazone et par ses affluents.
Elle a été signalée au commencement de ce siècle par notre célèbre naturaliste Bonpland. En 1827 M. Alcide d'Orbigny en envoya quelques spécimens dans un bocal d'alcool. Mais c'est un voyageur anglais, M. Bridges, qui l'a réellement fait connaître à l'Europe.
En 1845 31. Bridges, errant le long du Yacouma, arrive à un lac caché dans une profonde forêt, et là s'épanouissent plusieurs tiges de la fleur splendide. Dans le transport d'admiration qu'il éprouve à les voir, il va se jeter à terre pour les saisir. Son guide l'arrête et lui indique du doigt un alligator, immobile dans le lac, attendant sa proie.
Si résolu qu'il soit dans ses explorations, le brave voyageur n'a nulle envie de s'exposer aux dents du monstrueux animal. Mais il ne veut pas non plus renoncer à son trésor végétal. Il court au village voisin, se procure un canot, des rameurs, revient au lac odorant et fait sa moisson. Ses belles fleurs étaient bien desséchées quand il retourna en Angleterre ; il avait pu en conserver dans une terre humide quelques graines : M. Paxton, le célèbre jardinier du duc de Devonshire, l'architecte du Palais de Cristal, fil creuser un large bassin dans les serres de Chatsworlh, y sema quelques-unes des graines que M. Bridges lui avait remises, et eut la joie de voir éclore dans toute leur magnificence les fleurs du lac des Amazones, et il leur donna un royal nom, cher aux Anglais : Victoria regia.
Au Brésil on les appelle les « bancs de jacana», parce que souvent on voit se poser sur leurs larges feuilles le jacana, ce singulier oiseau qui a de si longues pattes.
(Kitider, Brazil and the Brazilians.)