LES INDIENS DANS L AMERIQUE CENTRALE
Dans l'Amérique du Nord, le nombre des Peaux- Rouges s'amoindrit constamment. En 1836, dans la tribu de Winnebay, ils étaient encore 8 000. Au recensement de 1860 ils n'étaient plus que 800. On peut constater une diminution à peu près semblable dans les autres tribus. A présent, dans l'immense étendue des États-Unis, on ne compte guère que 200 000 Indiens et l'on peut prévoir le jour où il ne restera plus un seul descendant de ces primitifs habitants du pays. La chasse était leur principal, si ce n'est leur unique moyen d'existence. Leurs meilleurs terrains de chasse leur ont été enlevés par la violence ou par la ruse, et l'argent que le gouvernement de Washington leur donne pour les domaines qu'ils lui ont cédés leur fait grand mal. Avec le payeur de l'État arrivent les débitants de boissons falsifiées. Avec les dollars qui leur sont distribués, les Indiens achètent de l'eau-de-vie! Quelle eau-de-vie! Une horrible mixture, un poison qui les tue.
Tout autre est la situation des Indiens dans l'Amérique centrale. Ils sont là plus d'un million, plus nombreux que les blancs et les métis ou ladinos des cinq petites républiques de ce long
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isthme, et personne ne songe à les déposséder de leur propriété. Ils ne campent pas, comme les Indiens du nord, dans le wigwam. Ils ont de solides cabanes couvertes en adobes.
Tous ne résident pas dans les chaudes vallées de cette région tropicale. Il y en a beaucoup sur les plateaux des montagnes, à des hauteurs où ils ont le climat des contrées septentrionales.
La plupart de ces montagnards descendent de l'ancienne tribu des Quiche, qui, au xi*^ siècle, en vertu d'un oracle, vinrent des parages du Mexique s'établir dans le Guatemala. L'Espagne les a convertis au catholicisme, mais ils ont conservé sans altération aucune leur type primitif, leur langue nationale, leurs traditions.
Un naturaliste allemand, M. R. Scherzer, a vu de ces peuplades d'Indiens dans une enceinte de montagnes escarpées à 2 600 mètres de hauteur audessus du niveau de la mer.
A cette froide altitude ils ne voient plus la riche végétation de la plaine, la canne à sucre, les bananiers, les palmiers. Mais, par leur patient labeur, ils récoltent des milliers de quintaux de maïs, de blé, de haricots, de pommes de terre, et ils possèdent une quantité de moutons.
Ils sont dirigés par un vénérable prêtre, un ancien franciscain, qui connaît leur langue. C'est dans cette langue qu'il leur donne ses enseignements, qu'il les encourage, les console, et il exerce
sur eux une heureuse influence. Il les détourne du jeu et de la boisson, il leur donne l'habitude de l'ordre et du travail.
« J'ai été, dit M. Scherzer, très affectueusement reçu par ce vénéré prêtre, qu'on appelle le père Hernandez.
« Le lendemain de mon arrivée, le chef civil de la communauté demanda à me voir avec les principaux habitants du village, une vingtaine d'hommes robustes, de même origine. Avec leurs pommettes saillantes, leur front étroit, leurs yeux noirs, leur nez aplati, leur menton sans barbe, leur noire et épaisse chevelure et leur teint brun, ils me représentaient, tel que je l'avais vu dans d'autres districts de l'Amérique centrale, le type inaltéré de l'ancienne race indienne.
ce Le chef m'adressa dans sa langue quiche un discours, que le père Hernandez me traduisit. Il dit que les gens du village ont été heureux d'apprendre l'arrivée d'un voyageur distingué. On espère que, par le bon accueil qui lui sera fait et par tout ce qu'il observera, il pourra s'assurer que les Indiens de la montagne ne sont point, comme on les représente en pays étrangers, des sauvages et des animaux.
« Par l'entremise de l'obligeant franciscain, je les remercie de leurs bonnes dispositions à mon égard. Je leur dis que je me réjouis de les voir, qu'ils ne sont point méconnus comme ils le pensent, que
pas un peuple civilisé ne les regarde comme des animaux et des sauvages.
a A ces mots ils tombent par terre et me remercient. Puis ils se relèvent et passent l'un après l'autre devant le père Hernandez, en inclinant vers lui leur front pour qu'il y mette le bout de son doigt. Ils attachent un grand prix à cet attouchement. Ils y voient une sorte de magnétisme qui doit leur donner une nouvelle force.
« Les leçons du clergé catholique n'ont point détruit parmi ces Indiens les traditions de l'ancien temps. Un grand nombre d'entre eux associent en secret dans leurs pratiques religieuses les dieux de leurs pères aux saints du christianisme. Les femmes s'en vont à l'église pieds nus, un grand cierge à la main. Elles ont caché derrière l'autel de petites idoles, et c'est en pensant à ces petites idoles qu'elles s'agenouillent. Quand elles se prosternent devant une image de saint Michel terrassant le diable, on peut être sûr que c'est au diable qu'elles rendent hommage. « Le bon Dieu est si bon, disent-elles, qu'il ne peut se plaire à nous faire du mal : mais il faut ménager le méchant esprit. »
L'emploi de Tacajou n'était guère connu en Europe il y a deux siècles. En 1790, sur la côte de
l'Amérique centrale, un navire marchand en prit comme lest, à défaut d'autre chose, plusieurs billes qu'il importa en Angleterre. Elles y restèrent longtemps très dédaignées. Puis un jour, par hasard, on s'avisa de prendre une de ces billes pour en faire un coffre.' Le travail de l'ouvrier révéla alors les vives couleurs de ce bois exotique, la Onesse et la dureté de son grain, l'éclat de sa surface polie. On voulut bien vite en faire toutes sortes de meubles de luxe, et des bâtiments de commerce partirent pour aller chercher l'acajou, dont personne jusque-là n'avait compris la valeur.
Cet arbre magnifique grandit si lentement que, pendant près d'un demi-siècle, on remarquée peine sa croissance. Il s'élève à une grande hauteur. C'est la plus belle production des forêls vierges de Honduras. Mais on ne pénètre point dans ces forêts comme dans nos bois de chênes ou de sapins. Pour ne pas faire au hasard d'inutiles et pénibles détours dans des amas et des entrelacements de plantes à travers lesquelles on ne pénètre que la hache à la main, on étudie le terrain, on tâche de s'orienter comme le chasseur.
A la tête d'une compagnie de bûcherons composée ordinairement de cinquante hommes est le chercheur. Il grimpe à la cime d'un arbre et de là regarde de tous côtés, cherchant de-ci de-là dans cet océan quelques groupes d'acajous, que l'on reconnaît à leurs larges dimensions, à leur feuillage
jaune et rouge. Dès qu'il les a découverts, il y conduit ses compagnons en toute hâte, craignant que des rivaux ne viennent lui enlever cette proie. Aussitôt les bûcherons s'installent sur le sol oi^i ils doivent accomplir leur rude tâche. Une cabane faite avec des branchages et recouverte avec des feuilles de palmier, voilà leur demeure. Un hamac et un chaudron, c'est leur mobilier; et ils se mettent à l'œuvre. Tandis que les uns emploient toutes leurs forces à abattre les énormes troncs d'acajou et en détachent avec soin les rameaux, qui, par leurs nuances plus variées, ont une valeur spéciale, d'autres travaillent à ouvrir un chemin pour aller de la forêt à la rivière voisine. Ces deux opérations, entreprises au mois d'août, finissent ordinairement au mois de décembre.
On équarrit ensuite les gros troncs, pour en rendre le transport plus facile.
A ces divers travaux, chaque ouvrier gagne de dix à douze dollars (100 à 110 francs) par mois, dont moitié en argent et moitié en denrées alimentaires.
Au mois d'avril ou de mai vient le charriage avec des camions auxquels sont attelées sept paires de bœufs. Douze hommes sont employés à charger ce camion, seize à couper de l'herbe pour la nourriture des bœufs. Les jours étant très chauds, ces transports ne peuvent se faire que dans la nuit. C'est un curieux spectacle que celui de ces lourds
chariots, ce long attelage, les conducteurs qui crient et font claquer leur fouet, deux rangées d'hommes qui les escortent avec des torches flamboyantes dans les ténèbres de la forêt.
A cette époque de l'année, les rivières sont enflées par les pluies, et les pièces de bois qu'on leur livre sont rapidement emportées de côté et d'autre. Il faut que les bateliers, armés de longues perches, les ramènent à tout instant dans le courant qu'elles doivent suivre, qui les conduit au quai où les attend le spéculateur qui les expédiera en Europe.
C'est ainsi que des plages de l'Amérique centrale l'acajou arrive aux ébénistes du faubourg Sainl- Anloine.