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LA DECOUVERTE DU PACIFIQUE PAR BALBOA

Né à Xérès d'une famille noble, Balboa s'enrcMa tout jeune parmi ceux que le désir de se distinguer par une action d'éclat ou l'espoir de faire fortune entraînaient vers les plages de l'Amérique nouvellement découverte. Après quelques tentatives infructueuses, il se mit à cultiver une ferme dans l'île de Hispaniola (Saint-Domingue). Mais il ne pouvait se contenter des pénibles occupations de la vie rustique. Des Espagnols préparaient une nouvelle expédition pour aller dans les régions de l'ouest à la recherche des mines d'or. Il résolut de s'adjoindre à cette entreprise. Par malheur, il avait des dettes, et, par un ordre formel du capitaine, nul homme endetté ne pouvait quitter l'île. Balboa se fit transporter clandestinement dans une caisse à bord d'un des bâtiments qui allaient partir, et ne parut sur le pont que lorsque le bâtiment était en pleine mer. Par sa bonne grâce, par son intelli-

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gence et son activité, il devint le favori du commandant de l'expédition, qui, en voyant comme il s'était soustrait aux ordonnances, le regardait avec fureur et voulait le faire reconduire à terre.

Une petite colonie espagnole était établie sur la côte orientale de l'isthme de Darien. Il la rejoignit. Il en devint bientôt le gouverneur, et il la dirigea habilement, vaillamment dans les périls auxquels sans cesse elle s'exposait par sa cupidité au milieu de plusieurs tribus indiennes belliqueuses et hostiles.

Le chef d'une de ces tribus avec lequel il avait fait alliance lui apporta un jour un énorme amas d'or. Balboa en prit une part pour le roi et livra le reste à ses soldats, qui s'en disputèrent chaque parcelle avec une féroce ardeur.

ce Eh quoi! s'écria le jeune Indien en jetant sur eux un regard de pitié, est-ce là ce que vous désirez? Je puis vous indiquer un pays où vous pourrez ramasser ce métal à pleines mains. »

A ces mots tous les Espagnols se serrèrent autour de lui.

« Tenez, dit-il en étendant sa main vers le sud, il y a là un royaume où l'or est si abondant que tout le monde en a et que les meubles les plus grossiers, les ustensiles de ménage sont en or. Vous pouvez en six jours de marche arriver dans ce pays, et là vous verrez une autre nier, et sur cette mer des embarcations. >^

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• Il n'en fellait pas tant pour enflammer l'imagination des Espagnols, qui déjà ne se contentaient plus des mines qu'ils trouvaient dans leur voisinage.

Balboa réunit 190 soldats européens, 1000 indigènes, une troupe de vigoureux limiers, dont les Espagnols se servaient avantageusement dans leurs luttes contre les Indiens, et, le P' septembre 1513, il partait pour cette expédition à jamais mémorable. Il allait découvrir l'autre côté du continent américain et l'océan d'un autre monde.

A l'isthme de Darien, comme à l'isthme de Panama, d'une mer à l'autre, à vol d'oiseau, la distance n'est pas grande : une vingtaine de lieues. Mais les Espagnols ne pouvaient franchir cette bande de terre en ligne droite avec le poids de leurs armes et de leurs munitions : ils devaient faire de longs détours, traverser des cours d'eau, des marécages, pénétrer dans d'épaisses forêts, gravir les ramifications de la Cordillère, et à diverses reprises combattre contre les Indiens.

Grâce à la discipline que son chef lui avait imposée, au courage, à la fermeté dont il lui donnait l'exemple, à la confiance qu'il lui inspirait, la petite armée parvint à surmonter tous les obstacles.

Un jour, en sortant d'une forêt où il avait fallu se frayer péniblement un passage à travers les lianes, les parasites et les énormes arbres serrés les uns contre les autres, l'Indien .qui servait de

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guide dit au vaillant chef en lui désignant du doigt une cime isolée au milieu des embranchements de la Cordillère : « De-là haut vous verrez la mer ». A ces mots, Balboa ordonne à ses compagnons de l'attendre, et seul s'élance vers la sommité qui lui est indiquée, l'œil étincelant, l'épée à la main, comme un conquérant qui va s'emparer de la citadelle longtemps assiégée. 11 monte, il monte impétueusement. Arrivé au sommet, il pousse un cri de joie, puis tombe à genoux.

Devant lui, dans l'immense espace, dans le silence du désert, sous le ciel lumineux des tropiques, rayonnent les vagues du Grand Océan.

Balboa remerciait Dieu et pleurait.

Ses soldats le suivaient du regard avec une vive émotion, et quand ils le virent, dans son sentiment de joie et de ferveur, tomber à genoux, ils ne purent rester en place; ils montèrent précipitamment jusqu'à lui, virent la mer et la saluèrent par leurs acclamations.

C'était le 26 septembre 1513. Une date ineffaçable dans les annales de l'Espagne et dans les annales du monde.

Les soldats abattirent un arbre, en firent une croix et la plantèrent avec une religieuse pensée sur cette pointe des Andes, puis se remirent en marche pour descendre vers le rivage, dont ils étaient encore séparés par de hauts et larges escarpements.

Un chef indien voulait s'opposer à leur passage. Mais le feu des arquebuses épouvanta son armée. Elle s'enfuit en désordre.

Arrivé au bord d'une grande baie, à laquelle il donna le nom de Saint-Michel, Balboa, revêtu de son armure, tenant d'une main son épée nue, de l'autre une bannière représentant laYierge et les armes d'Espagne, entra dans l'eau et s'écria : « Longue vie aux puissants souverains Ferdinand et Isabelle. En leur nom je prends possession de ces mers, de ces terres, des côtes, des ports, des îles du sud, de tous les royaumes, de toutes les provinces de cette région et de tout ce qui leur appartient ou leur appartiendra, par un titre ancien ou récent. Si quelque autre prince ou quelque autre capitaine chrétien ou infidèle prétendait avoir son droit sur ces mers et ces terres, je suis prêt à les défendre au nom des souverains de Castille, présents et futurs, auxquels appartient la domination des Indes, de la terre ferme au nord et au sud, des îles et des mers, des pôles arctique et antarctique, des deux côtés de la ligne équinoxiale, en dedans et en dehors des tropiques du Cancer et du Capricorne, maintenant et toujours, tant que le monde subsistera, jusqu'au jugement dernier. »

Personne ne connaissait encore l'étendue, les richesses de ces terres données ainsi à l'Espagne. Là était le Mexique. Là était le Pérou. Fernand Cortez allait venir, puis Pizarre.

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Quatre mois après son départ, Balboa rentra à Santa Maria, la capitale du Darien, au milieu des cris enthousiastes de la population. A son courage, à son intelligence, il joignait le don de se faire aimer. Européens et Indiens, tout le monde l'aimait, et l'on se plaisait à chanter ses louanges. On le proclamait le conquérant des montagnes, le pacificateur de l'isthme, le découvreur de l'océan Austral.

Hélas! il ne devait pas jouir longtemps de sa gloire.

Colomb, l'immortel Colomb, avait été calomnié, outragé, enchaîné comme un scélérat : Balboa, son noble émule, devait être proscrit sans rémission.

A son arrivée à Santa Maria, Balboa mit sur une caravelle un amas d'or, une collection de perles superbes, et chargea un de ses amis de porter au roi d'Espagne ces trésors et de lui raconter la découverte de l'océan. Par malheur, ce navire parvint trop tard à destination. Tandis qu'il faisait lentement ses préparatifs, tandis que lentement il se dirigeait vers la côte d'Espagne, Ferdinand, abusé par de faux rapports, enlevait à Balboa les fonctions de gouverneur, et les confiait à un méchant homme, le protégé d'un haut personnage. Après avoir vu l'envoyé de l'innocent Balboa, Ferdinand reconnut son erreur. Mais le mal était fait. Le nouveau gouverneur, Davilo Pedrarias, était parti avec un sentiment de haine pour celui qu'il allait remplacer,

avec la ferme résolution de le rejeter au loin par la ruse ou par la force.

A son arrivée dans le Darien, il vit que la ruse était le meilleur moyen à employer pour accomplir ses desseins. Il se montra alors très courtois envers Balboa, très empressé de le voir et de lui demander des conseils, très désireux d'obtenir son estime et son affection. Il en vint même à annoncer le projet de le marier avec sa fille. Sa haine s'accrut par les efforts qu'il faisait pour la dissimuler. Enfin, après de longues et perfides manœuvres, toutes ses mesures étant bien prises, avec des complices bien résolus, il en vint à une terrible accusation. Il accusa Balboa de trahir son roi et sa patrie, de conspirer pour enlever à l'Espagne une partie des terres nouvellement découvertes, et d'y constituer pour lui-même une principauté indépendante.

Balboa avait alors quarante-quatre ans. Quelle glorieuse tache il avait accomplie ! quelles actions mémorables il pouvait faire encore! Mais sa perte était résolue. Il fut arrêté, traduit devant un tribunal, condamné à mort et exécuté dans cette même ville où naguère il rentrait triomphalement.

Le supérieur d'un couvent de derviches aux environs de Mokka remarqua un jour, disent les

Arabes, que les chèvres avaient une prédilection particulière pour un arbuste dont il ignorait les propriétés, et qu'après l'avoir brouté elles avaient une animation extraordinaire. 11 cueillit quelques fruits de cet arbuste, en fit une infusion, et, après l'avoir prise, se sentit plus apte au travail et plus disposé à veiller. Le même essai fait par ses compagnons eut le même résultat. Ainsi fut révélée l'action de cette modeste plante qu'on appelle le café.

Du couvent solitaire, l'usage du café se répandit bientôt en Orient. En Europe il date du milieu du XVII* siècle.

En 1660 des négociants du Levant apportèrent à Marseille, comme une curiosité, des grains de café et les divers ustensiles dont on se servait pour les préparer. Vers la même époque, un marchand de Smyrne revenait en Angleterre avec une provision de café et une jeune fille qui chaque jour lui préparait et lui servait la liqueur à laquelle il avait pris goût. Cette jeune Levantine se maria et établit à Londres un café.

A Paris, le premier café fut ouvert en 1672. En Allemagne, dans les États septentrionaux, on n'a point vu de cafés publics avant le commencement du xviii^ siècle.

A cette époque on ne connaissait en Europe que le caféier d'Arabie. A une consommation toujours croissante il ne pouvait suffire. Pour en multiplier

les récoltes on devait essayer de le propager en différents pays. M. de Hoorn, le gouverneur des possessions hollandaises dans l'Inde, l'implanta à Java, lien avait en 1713 déposé quelques tiges vivantes à Amsterdam. Un de nos savants naturalistes en obtint une et résolut de la porter à la Martinique. La traversée fut longue. On craignait de manquer d'eau. Tout le monde fut rationné. Declieux partageait sa ration avec la délicate plante, qui devait être arrosée chaque jour. Il parvint ainsi à la déposer saine et sauve sur le sol où elle devait merveilleusement prospérer.

De cette frêle plante qui avait fait le voyage d'Egypte en Hollande, d'Amsterdam à Paris, de Paris à Saint-Pierre, proviennent, dit-on, tous les caféiers de la Havane, de Saint-Domingue, des autres îles des Antilles et du Brésil.

Maintenant on évalue la consommation du café en Europe à 250 millions de livres par an.

En Arabie, le caféier s'élève à 6 m. 50 et 8 mètres de hauteur. Aux Antilles il est beaucoup plus petit. Ses fleurs ressemblent à des flocons de neige. Ses fruits, pareils à des cerises, renferment deux grains oblongs noirâtres. Ce sont ces grains, séchés, grillés, moulus, qui produisent la liqueur universellement recherchée et savourée.

Enfin nous voilà en Perse, le royaume de Cyrus, de Darius et d'Alexandre. Nous pensons aux millions d'hommes de Xerxès; et nous contemplons avec étonnemenl la lerre aride qui se déroule devant nous, oui, aride et triste, et il en est ainsi de toute la Perse, à l'exception des rives de la mer Caspienne. Une plaine désolée dans une enceinte de montagnes calcaires encore plus désolées, point d'arbres, si ce n'est quelques saules, quelques peupliers et, près des villages clairsemés dans le vaste espace, quelques arbres fruitiers. De loin en loin apparaît un de ces villages, plus attrayant que les autres, dans d'immenses jardins où l'on récolte des fruits délicieux.

Un Écossais a dit : « On peut diviser la Perse en deux parts : un désert avec du sel et un désert sans sel ». C'est assez vrai. Dans le voisinage des villes on trouve beaucoup de fruits et à bon marché. Autour des villages on voit de vastes champs d'orge et de blé. Mais ce qui manque à cette terre désolée, c'est l'eau, c'est la population. Là souvent on traversera un espace de dix milles, de vingt milles et, en certaines provinces, de cent milles,

1. Lady Sheil. GUmpses of life and manners in Persia. Lady Sheil accompagnait son mari chargé par le gouvernement anglais d'une mission diplomatique en Perse.

sans apercevoir un brin de verdure ni une habitation humaine. D'où venaient donc les innombrables armées de Xerxès? Sans doute, les Perses et les Grecs en ont considérablement exagéré l'importance; mais il est certain que ce royaume a été bien plus peuplé qu'il ne l'est aujourd'hui. Les invasions des Tartares l'ont réduit à l'état où nous le voyons. Devant les généraux mongols, devant cette race d'exterminateurs, la résistance et la soumission étaient également fatales. Rien ne les arrêtait dans leurs cruautés et leurs déprédations. Ils égorgèrent tous les habitants de Reï et tous ceux de Khorassan. Les gouvernements de la Perse n'ont point réparé ces désastres.

En quittant le rude bateau avec lequel nous avons traversé l'Araz, qui sépare la Russie de la Perse, j'engageai les deux Anglaises qui m'accompagnaient à mettre comme moi sur leur visage un voile épais. Cette obligation leur paraissait très rigoureuse; mais je ne voulais pas choquer les préjugés des musulmans.

Une troupe nombreuse nous attendait à notre débarquement. Le gouverneur de la province envoyait à la rencontre du ministre d'Angleterre une escorte commandée par un brigadier et des domestiques mâles et femelles. En même temps, les habitants des villages voisins astreints à un service militaire nous fournissaient un détachement de cavalerie, puis on nous présentait une litière cou-

verle en drap rouge, portée par deux mules également revêtues de drap rouge, et une autre mule portant sur ses flancs deux paniers, les véhicules des femmes et des malades. Mais je préférais rester dans ma voiture, d'où je pouvais voir à mon aise et le paysage et l'escorte gouvernementale.

Un cavalier perse a un aspect formidable. Il est armé des pieds à la tête : sur son dos un long fusil; à sa ceinture un pistolet; sur ses flancs, à gauche une épée, à droite un énorme poignard; sur sa poitrine une quantité de cornes, renfermant de la poudre, des balles, des amorces. Son visage est cà moitié caché dans une longue barbe noire. Sa tête est couverte d'un bonnet pointu en astracan. Il porte de larges pantalons et des bottes rouges qui lui montent jusqu'au genou, un manteau sur les épaules, un chibouk dans la poche de sa selle. Tous nos cavaliers caracolent autour de nous et se livrent à divers exercices.

A quelques milles de distance est notre premier campement. Le gouverneur a envoyé là plusieurs tentes, des fruits et des sucreries. Il veut que nous retrouvions en Perse les coutumes de notre pays. Dans une de ces tentes, la table est mise comme dans les maisons européennes. Assiettes, verres, argenterie, rien n'y manque ; en dépit d'une des prescriptions de la loi musulmane, nous avons à notre disposition six bouteilles de vin de Champagne avec leurs bouchons argentés et des vins

d'Espagne. Par une extrême délicatesse le galant gouverneur a fait préparer pour moi une petite tente brodée en soie très élégante, d'autres tentes pour mes femmes, le tout séparé des autres tentes par une clôture en toile qui me constituait une véritable retraite.

Le premier jour nous avons fait à peu près seize milles; le second jour autant, et nous arrivons à la porte de la petite ville de Maraud. Là, au milieu d'une assemblée nombreuse, le gouverneur nous attend selon les prescriptions établies pour la réception d'un ministre étranger. La Russie a ellemême réglé ce cérémonial et stipulé la quantité de sucreries qui devaient être offertes à ses envoyés diplomatiques. Nous qui n'avons rien stipulé, nous trouvons à chaque station une provision de thé, du sucre et des confiseries qui réjouissent nos domestiques persans. Mais, à l'entrée de la ville, nous devons subir une affreuse coutume. Au bord de la route, de distance en distance, est une pauvre vache dont les jambes sont liées. Près d'elle se tient un homme avec un grand sabre. Dès qu'il nous voit venir, il lui coupe la tête; puis, prenant cette tête parles cornes, court après nous pour en verser le sang sur notre route, afin d'écarter de nous, dit-on, tout accident, tout maléfice.

En trois jours nous arrivons à Tauris, la capitale de la province. Là de grands préparatifs sont faits pour notre entrée solennelle. A quatre milles

de la cité une nombreuse cavalcade vient à la rencontre du ministre de la reine Victoria. Le temps est très chaud, la foule énorme, et l'obligation de répondre à des milliers de saints et de compliments n'est pas une petite affaire. Heureusement le prince gouverneur a fait dresser des tentes, où l'on fait une halte en fumant des chibouks, en prenant du thé et du café, puis on se remet en marche, lentement, péniblement, au milieu d'un amas de gens de toute sorte : fonctionnaires et marchands, nobles et bourgeois, derviches, mollahs, saltin^banques et mendiants, point de femmes. La femme ne doit point apparaître dans ces cérémonies. Si l'une d'elles, même avec un épais voile, osait se montrer en un trou de muraille, elle serait vivement chassée par des espèces de licteurs armés de grandes verges qui accompagnent à pied la procession.

A mesure qu'on avance, la masse officielle s'accroît et celle des jongleurs et des mendiants, qui, pour obtenir une aumône, font retentir l'air de leurs acclamations : « Honneur au padichah anglais ! longue vie à Son Excellence l'envoyé de la reine d'Angleterre! « J'entends même résonner au milieu de ces cris les noms de Jésus et de Marie. Les mahométans professent pour ces saints noms un vrai respect. Ils n'admettent pas la divinité du Christ. Mais ils le regardent comme un grand prophète, le plus digne précurseur de Mahomet, et

les Persans appellent le lis blanc « fleur de Marie «.

Dans l'étroite chaussée qui traverse les fossés de la ville, la foule est tellement compacte, tellement serrée, qu'à chaque minute on tremble de voir éclater une catastrophe.

Enfin, nous voilà dans la fameuse cité de Tauris. Je regarde de tout côté. Queldésenchantement : de tout côté, des cadavres de chiens et de chevaux à demi rongés, de grandes excavations sinistres et des maisons bâties avec des briques brunes qui ressemblent à du limon, toutes sombres, sans ornement, sans une seule fenêtre sur la rue. Tel est l'aspect de Tauris, Tune des meilleures, Tune des plus grandes villes du royaume.

On dit que les animaux vivent sept fois autant de temps qu'il leur en faut pour arriver de leur naissance à leur complète croissance.

A cette remarque, souvent exacte, il y a de nombreuses exceptions.

Le chien ne grandit plus au delà de deux ans, et il peut vivre jusqu'à vingt ans.

Le renard est complètement formé à un an et demi, et il vit treize à quatorze ans.

On a tué des lions qui n'avaient plus de dents, ce qui dénote une longue existence. Un lion du

Sénégal est resté soixante-treize ans enfermé dans une ménagerie de Londres.

Dans un récit de Philostrate, au ii*' siècle de l'ère chrétienne, on attribuait à l'éléphant une longévité de quatre siècles. Selon Pline et selon Aristote, l'éléphant peut vivre deux à trois cents ans; selon Tavernier, cent cinquante ans. Le docteur Franzius raconte dans son histoire des animaux que lorsque Alexandre le Grand eut vaincu Porus, il prit un éléphant qui avait vaillamment combattu, lui donna le nom d'Ajax, le décora de cette inscription : « Alexandre, fils de Jupiter, consacre Ajax au soleil », et le mit en liberté. Trois cent cinquante ans plus tard, cet éléphant fut retrouvé avec son inscription.

Le chameau peut vivre cent ans.

L'élan arrive aussi à un si grand âge que les Indiens de l'Amérique du Nord croient que, s'ils rêvent souvent de cet animal, c'est pour eux un présage de longue vie.

On a peu de notions précises sur la longévité des cétacés, ce qui autorise diverses suppositions. Plusieurs naturalistes prétendent que la baleine vit jusqu'à quatre cents ans.

Un grand nombre d'oiseaux acquièrent toutes leurs forces en quelques mois et, proportionnellement à la rapidité de leur croissance, vivent plus longtemps que l'homme et que la plupart des quadrupèdes.

Berkstein, dans un livre sur les oiseaux en cage, dit que le merle vit une dizaine d'années, la grive et le rouge-gorge à peu près autant, la bergeronnette cinq à six ans, le roitelet et l'ortolan deux ou trois ans, le canari et le rossignol vingt-cinq à trente ans.

Le perroquet vit très longtemps. On en a vu un à Nuremberg qui n'avait pas moins de soixantetreize ans. Les plumes rouges de sa queue étaient devenues jaunes. Il avait perdu la vue et la mémoire. Il ne se souvenait plus des phrases qu'il se plaisait à répéter autrefois, et il était constamment dans un état de somnolence. M. le professeur Schulze, de Gœttingue, dit qu'un perroquet apporté d'Italie en 1633 vivait encore en 1743. Selon Hésiode, le corbeau vivrait 108 fois autant que l'homme, ce qui ferait cinq mille cinq cent soixante années, en fixant la vie de l'homme à soixante-dix ans. Ce qui est certain, c'est que le corbeau peut vivre cent ans et plus.

Odin, le dieu suprême de la mythologie Scandinave, a deux corbeaux qui volent à travers le monde, puis viennent se percher sur ses épaules et lui racontent ce qu'ils ont vu.

Le cygne vit aussi très longtemps, non pas trois siècles, comme le dit un naturaliste anglais, mais certainement un siècle et au delà. Dans la ville d'Alkman, en Hollande, en 1670 est mort un cygne qui portait un collier avec la date de 1573.

La vie de Tardent faucon et de la pacifique oie peut se prolonger jusqu'à quarante et cinquante ans.

Dans l'antiquité, la longévité de l'aigle était proverbiale. On a tout lieu de croire que de là est venue la fable du pbénix. Des écrivains romains ont assigné à l'aigle une existence de quinze siècles; d'autres l'ont réduite à cinq cents ans.

On pense qu'il est possible de reconnaître l'âge des poissons en examinant au microscope les écailles qui recouvrent leur corps, comme on constate l'âge des arbres en comptant les cercles qui constituent leur corps. L'opinion du savant Ducellier esf que les poissons doivent vivre plus longtemps que les animaux terrestres, par la raison qu'ils vivent dans un élément moins variable, moins exposé à de brusques changements que notre atmosphère. Leurs os sont aussi plus cartilagineux que ceux des animaux terrestres et plus flexibles. Leurs corps, au lieu de subir la rigidité de l'âge, peuvent graduellement s'allonger.

Le fait est que les poissons vivent longtemps, et parmi ceux qui arrivent à un grand âge, on cite la carpe et le brochet.

Une légende germanique raconte qu'en l'année 1230 l'empereur Frédéric II mit dans un lac un brochet avec un collier et que ce brochet fut pris vivant deux cent soixante-douze ans plus tard.

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