‹ A travers les tropiquesChapitre 74 sur 87 · UN REQUIN · texte numérisé non relu

UN REQUIN

instant, revient à la surface des viigues, elplonge de nouveau. Tous les spectateurs suivent avec angoisse ses mouvements. Bientôt on distingue une blanche écume rougiepar le sang. C'est sans doute l'indice d'un combat qui se poursuit dans l'abîme. De nouveau le batelier reparaît, et de nouveau plonge, sa tâche sans doute n'étant pas achevée. Enfin, le voilà qui revient, nage péniblement, et tombe sur le sol épuisé de fatigue. Au même instant on voit flotter sur l'eau un énorme requin couvert de sang et inanimé. Des pêcheurs le harponnent et le traînent sur la plage. Par ses blessures on peut voir avec quelle rage il a été poursuivi et quel terrible assaut il a soutenu. A diverses reprises, une lame aiguë a pénétré dans ses ouïes, coupé ses nageoires, et lui a ouvert le ventre.

Le batelier reste immobile et, en silence, écoute d'un air indifîérent ce que l'on dit de son courage. Mais voilà que des entrailles du requin on retire la tête et le corps du malheureux enfant que le monstre a engloutis. Le père regarde, et sa douleur jusque-là contenue éclate en sanglots. Il s'approche. Il s'incline sur ces débris informes, les saisit d'une main tremblante, puis déroule pour leur faire un linceul la toile de son turban et en pleurant l'emporte dans sa cabane.

LE TALIl'OT

C'est l'un des plus beaux arbres de la famille des palmiers. Sa tige, semblable à une colonne de marbre, s'élève à 65 mètres de bauteur. 11 ne lleurit qu'une fois par an, puis meurt, et renaît de lui-même. Sa fleur, longue de 10 mètres, éclate comme une bombe et répand ses semences sur le sol. Ses feuilles ont plus de 5 m. 65 de diamètre. Lorsqu'elles sont sèches, elles peuvent se replier et s'ouvrir comme les branches d'un éventail. Une seule de ces feuilles peut abriter par un temps de pluie quinze ou vingt hommes. Les indigènes en détachent la partie la plus épaisse, celle qui est près du pétiole, et en font des boucliers quand ils vont au combat, ou des capuchons quand ils traversent les jungles.

De ces mêmes feuilles coupées par bandes on fait aussi un très bon et très solide papier. Les caractères de l'idiome cingalais ou pâli sont gravés sur un papier avec un poinçon en fer ou en cuivre. Ainsi sont écrits les traités les plus importants sur le bouddhisme. La bibliothèque de la Société asiatique d'Angleterre possède deux livres du plus grand prix : l'un est le code moral et religieux du bouddhisme, écrit sur 1172 feuilles de talipot. L'autre est un exposé de la doctrine boud-

Page 1