LE CROCHET
vivier qui renfermait une certaine quantité de poissons. Il avait remarqué un gros brochet qui au moindre bruit s'enfuyait et disparaissait. Dans un de ces moments de frayeur il alla se heurter à un croc qui lui fractura la lête et déchira un de ses nerfs optiques. Le malheureux brochet, dans sa souffrance, se précipita au fond du vivier, se roula dans la vase, puis remonta sur Teau, et tournoya avec une rapidité extrême, puis plongea de nouveau et, en essayant de se relever, tomba au bord du vivier. Le docteur le prit entre ses mains, le pansa délicatement, et le remit à Tcau. Le brochet parut d'abord raffermi, mais une seconde fois il se plongea encore dans la vase et revint tomber au bord du vivier. Le compatissant docteur lui fit encore une opération et Tabandonna à son sort. Le lendemain il retourna vers le vivier. Dès que le brochet l'aperçut, il nagea vers lui et s'inclina à ses pieds. Le docteur l'examina, se plut à reconnaître Fefficacité de son remède et le remit à l'eau, puis, en faisant le tour du vivier, il remarqua que le reconnaissant blessé le suivait dans sa promenade, s'arrêtant lorsqu'il le voyait s'arrêter, et, comme il avait un œil endommagé, levant la tête pour ne pas le perdre de vue.
Le jour suivant, M. Warwick revient au même endroit, non plus seul, mais avec quelques amis auxquels il a dit son aventure. Le brochet, naguère
si craintif, ne se laisse point intimider par une telle visite. Il semble attendre son bienfaiteur, et dès qu'il l'aperçoit, il s'avance prestement à sa rencontre.
Peu à peu le docteur en vint à l'apprivoiser. Il l'appelait par un sifflement, et le docile brochet se rendait aussitôt à cet appel.