LES AÎ^DAMAN
vêtement ne les inquiète point, ils sont presque constamment nus. Si parfois ils ont sur les flancs une bande d'écorce, ce n'est point par un sentiment de pudeur; c'est pour suspendre à cette espèce de ceinture quelque arme ou quelque autre objet. Pour pêcher ou chasser ils changent souvent de place. Leur déménagement n'est pas difficile, et leur maison ne les inquiète guère. Elle se compose tout simplement de quatre pieux recouverts d'un toit de feuillage. Le jeune homme amène là, sans aucune cérémonie de mariage, la femme qu'il épouse et qui sera sa servante. S'il vient à mourir avant elle, la pauvre créature sera obligée de porter encore un signe de son servage. Le mort est mis dans une fosse et y reste jusqu'à ce qu'il soit entièrement décomposé. Alors ses parents se partagent ses ossements; la veuve prend le crâne dénudé et le suspend à son cou comme un médaillon. Ils sont généralement très petits, mais bien conformés et agiles. Leur peau est d'un noir luisant comme celle des nègres, mais ils n'ont pas la chevelure laineuse, ni la bouche démesurée des nègres. En résumé, ils forment une caste étrange qui ne ressemble à aucune autre, et par leur ignorance et leurs coutumes ils sont au dernier degré de l'échelle humaine.
Leur domaine est l'archipel Andaman, situé dans le golfe du Bengale, au 18'' degré de latitude. Il
se compose de deux îles d'inégale grandeur, et de plusieurs îlots qui de côté et d'autre avec leur splendide végétation apparaissent dans le vaste océan comme des oasis. Autour de cet archipel s'étend un solide rempart, un cercle de récifs où il est difficile de trouver un passage en plein jour par un temps calme, où l'on ne peut se hasarder la nuit, par un temps d'orage^ sans s'exposer au plus grand péril.