L ARCHITECTURE DE FER
téristique do l'architecture de l'Exposition de 1900 : elle est une réaction, réaction violente et préméditée contre les essais tentés, en 1889, pour donner quelque beauté à la construction de fer.
En 1889, nous étions pleins d’espoir. Des ingénieurs a vaient élevé la tour Eiffel, immense ferraille , qui était un curieux « morceau » d’Exposition universelle et à qui l'on eût volontiers pardonné sa gigantesque niaiserie, si on l’eût démolie en 1890 et si on ne nous avait pascondamnés à subir, toujours et toujours, le spectacle exaspérant de ce phare inutile. D’autres ingénieurs avaient construit la galerie des Machines, modèle d’une gare formidable et grandiose qui avait, elle aussi, l’intérêt d’une tentative très hardie. Enfin, M. Formigé avait bâti sur le Champ-de-Mars ses deux jolis palais où il avait, avec une pleine franchise, abordé le problème de l’architecture métallique. Jusqu’à ce jour-là, en effet, on avait exécuté de belles charpentes de fer; mais ou bien on les avait laissées apparaître telles quelles, coupées soit de persiennes, soit de vitrages, et la vue de ces carcasses était affligeante; ou bien on les avait enfermées dans une enveloppe de pierre ou de brique et l'unité du monument en avait été
compromise : les raccords des deux éléments étaient toujours sans harmonie et sans grâce, malgré tous les artifices de badigeonnage. Or, M. F ormigé avait eu l’audace heureuse de laisser dans ses palais le fer apparent; il en avait corrigé la monotonie et la dureté par de fines décorations de terre cuite. 11 avait avoué le fer et ses constructions étaient charmantes. Assurément, elles n’étaient point parfaites. (Les coupoles vues de F extérieur, paraissaient trop massives.) Mais c’était un grand pas. La voie était ouverte.
Elle est fermée. L’Exposition de 1900 nous ramène à douze ans en arrière.
La construction métallique a fait sans doute d’immenses progrès. La charpente du palais du Génie civil, de M. Jacques Hermant, est un chef-d’œuvre de légèreté et de grâce. Les piliers s’élèvent, puis, doucement, se divisent et se ploient pour former des arcs d’une courbe charmante. Ce qui nous choquait souvent dans la construction de fer, c’était sa logique trop apparente, sa dureté trop géométrique, son impuissance à nous donner l’illusion d’une création vivante. Voici que la logique se tempère, que la géométrie se dissimule, que la vie circule : le pilier de métal a perdu sa rigidité