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L ARCHITECTURE DE FER

scientifique ; il a l’élan d’un bel arbre et les arcs sortis de sa tige ont la souplesse des rameaux, L'architecture de fer est maintenant en plein dans les traditions éternelles de tout art : elle suit, imite et évoque la nature. Enfin, pour achever le miracle, c'est la parfaite distribution des lumières, la douce coloration vert tendre des charpentes métalliques, le dessin délicat des escaliers, la savante beauté des perspectives. Rien n’arrête le ravissement de l’œil : tout est harmonieux, tout est facile, tout est joyeux. Le bail du Grand Palais des Beaux-Arts ne manque point de majesté. Les ogives des serres de M. Gautier sont exquises. Enfin, le pont Alexandre III est d’une audace sûre et tranquille qui est un ravissement pour l’œil...

Mais la vieille architecture semble avoir vu avec terreur le métal devenir ainsi chaque jour plus souple et plus ductile et elle a pris sa revanche. Le mot d’ordre de l’Exposition a été : « Cachez le fer. » Et partout on a dissimulé les charpentes métalliques comme des choses honteuses.

Les six architectes du Grand Palais des Beaux- Arts ont laissé émerger au-dessus de leurs classiques colonnades un énorme aérostat de fer et de vitre, si bien qu’en contemplant leur œuvre

on hésite longtemps pour savoir si c’est un temple ou une gare. Ils ont tout de môme montré le moins de fer qu’ils ont pu. Ils en eussent sans doute montré encore moins si on ne leur avait imposé, — pour les mettre d’accord, — la suprématie d’un septième architecte, lequel, ayant bâti, lui aussi, des colonnades de l’autre côté de l’avenue, était intéressé à ne point laisser monter trop haut les colonnades de droite, dans la crainte qu’elles n’écrasassent les colonnades de gauche.

Aux Invalides et au Champ-de-Mars, on a dressé ces immenses et ridicules façades de staff dont le luxe criard et dévergondé contraste sottement avec la sobre élégance des galeries vitrées qu'elles masquent.

Mais c'est au pont Alexandre III qu’ont été commis les pires méfaits. C'est là surtout qu’ont sévi les décorateurs, les terribles décorateurs. Non contents d’opprimer cette construction fine, délicate et si noble par elle-même en l’aggravant de quatre pylônes démesurés, ils ont surchargé la légère armature d’ornements, de guirlandes, de cartouches et de sculptures. (La dernière trouvaille de ces décorateurs est extraordinaire : c’est une floraison de grandes seringues de verre destinées, je pense, à l'éclai-

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