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LA PHOTOGRAPHIE

tographe qui n'est qu'un photographe et qui parfois nous donne l'illusion d'être un artiste, s'il sait choisir ses sujets avec esprit, et l'artiste, le redoutable artiste, qui « compose » des tableaux.

Le premier est un badaud observateur qui sait dans la réalité découvrir un paysage, un groupe, un type et les attraper au passage tels quels. Vous verrez quelques-unes de ses œuvres sur les panneaux du Photo-Club : scènes des champs, scènes des rues, notes de voyage, jeux de lumières, gestes et grimaces de passants. Lui-même, vous le rencontrerez à chaque pas dans l'Exposition, son appareil à la main. Il guette et saisit les cent actes divers de l’extraordinaire pantomime qui se joue sous ses yeux : le rendez-vous saugrenu dans un jardin japonais de la petite Frisonne et du grand Cinghalais ; — le défilé des provinciaux poussiéreux et fourbus se cherchant, se traînant, n’ayant même plus la force d’échanger des reproches; — sur la plate-forme mobile, le visage intimidé du nouveau débarqué qui, pour la première fois, met la main sur la boule fuyante; — l’extase d'un jeune Suisse contemplant une Ouled-Naïl sous le regard de sa femme stupéfaite et scandalisée ; — le repas de famille sur un banc et le

poulet élégamment découpé sur une chaise qu’on a louée « pour servir la table »et qu’on a recouverte d’un vieux numéro du Vélo; — les serrements de main furtifs d’un couple germanique qui, immobile devant le pavillon de Saint-Marin, écoute les carillons; — le dos d’un homme d’Etat, voûté autant par les soucis du pouvoir que par la nécessité de gravir la pente du Trocadéro ; — la figure timide et rageuse d’un grand Moscovite acharné à la poursuite d’une petite Parisienne qui, d’un pas alerte, gagne les solitudes fraîches et propices du musée des moulages... etc... L’agréable divertissement qu’on nous pourra donner, dans quelques années, en priant les amateurs de réunir les plus jolis clichés qu’ils auront pris à l’Exposition de 1900 !

Ce photographe-là est un bon fournisseur de documents. A force de photographier il finit sans doute par ne plus rien regarder qu’à son point de vue de photographe ; tout devient pour lui cliché ; il méprise tout ce qui n’est point suffisamment éclairé; il vit le dos tourné au soleil et la conversation avec lui a toujours quelque chose de décousu ; car il s’interrompt à chaque moment de parler pour faire un brusque détour, chercher le point et prendre son instantané. Cette hantise professionnelle en fait un

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