ON A FERMÉ
« Quel bon débarras ! » murmurèrent les uns, « quel malheur! » gémirent les autres, lorsque, lundi, 12 novembre, à onze heures du soir, le coup de canon de la tour Eiffel apprit aux Parisiens que la fête était finie. Certaines personnes ont même proféré, l’une après l'autre, ces deux exclamations et celles-là furent peut-être les plus sincères. Quel malheur de ne plus pouvoir badauder à travers cet immense pêle-mêle de richesses, de curiosités, d’amusettes et de chefsd'œuvre ! Quel bon débarras de ne plus avoir sous les yeux la laideur agressive de ces architectures foraines! Quelle tristesse de ne plus pouvoir contempler ni les vieux kakémonos japonais, ni les portails du pavillon finlandais, ni la Sainte-Foy de Conques, ni les défroques des contemporaines de Louis-Philippe, ni les crayons
d’Ingres, ni les danses de Sada-Yacco, ni les tapisseries de l’Espagne, ni les Reaburn de l’Angleterre, ni les Watteau de l’Allemagne, ni ces crépuscules charmants sous lesquels la moire violacée de la rivière qu'illuminaient les feux des palais prenait des tons si riches et si mystérieux! Quelle joie de retrouver enfin Paris nettoyé des bâtisses hideuses dont il fut si longtemps encombré, de revoir nos horizons familiers et de ne plus circuler parmi des hordes de sauvages et de campagnards endimanchés!
C’est le sourire voilé de larmes d'Andromaque. C’est la perplexité de Gargantua qui « pleurait comme une vache » à l’idée que sa femme Badebec était morte et soudain « riait comme un veau » lorsqu’il pensait à la naissance de son fils Pantagruel. Gargantua sortit de doute en observant que ses pleurs ne ressusciteraient pas sa femme; et, là-dessus, il rédigea, de sa main, l’épitaphe de Badebec.
Et Gargantua ne songea point à se remarier !