LES CHRYSANTHÈMES JAPONAIS
charme de la vie, amené chaque tige à la place qu'elle doit occuper dans ce triomphant ensemble, c'est d’avoir fait éclore la fleur tout justement à la hauteur qui convient pour l'harmonie du tableau. Car. éloignez-vous un peu, contemplez ces chrysanthèmes touffus : le contour du bouquet est d'une grâce merveilleuse ; c’est aussi beau, aussi pur que le galbe d'un vase grec.
Pour les âmes simples et ingénues que révolte tout artifice et qui maudissent la civilisation des fleurs, il ne faut point songer à les convertir à l'admiration de ces chrysanthèmes. Elles ne peuvent que détester tout chrysanthème japonais ou français, puisqu’il est toujours une création de jardinier. Mais, si l’on accepte que l'imagination et la main des hommes collaborent avec la nature pour l’embellissement d’un jardin, il faut reconnaître que jamais d’une pareille collaboration il n’est rien sorti d’aussi parfait qu'un chrysanthème du Japon.
Si quelques Parisiens méconnaissent aujourd’hui la beauté de ces plantes extraordinaires, les Japonais seront bientôt vengés. Attendons seulement une année. Des horticulteurs français vont, n’en doutez pas, vouloir suivre l’exemple des jardiniers du mikado et pasticher les chrysanthèmes de l’Exposition. Vous verrez à quels
tristes résultats à peu près aboutiront leurs essais, et vous comprendrez alors combien il a fallu d’art et d’intelligence pour concevoir ces architectures llorales, combien de patience et d’amour pour les réaliser.