LE PAVILLON DE LA GRÈCE
Des psychologues informés déclarent que ces Parisiennes qui sont là, penchées sur ces vitrines, sont des chefs-d’œuvre de complication, parce que, la petite hoîte ouverte, nous y découvrons souvent une seconde et même parfois une troisième petite boîte. A cause de cela, on dit qu’elles ont poussé à l’extrême l’art de sousentendre. Elles sont un peu moins barbares que nous, voilà tout. Mais ce mystère-là n’est rien auprès du mystère qui, pour nous, enveloppera toujours la plus petite âme du plus petit Japonais. A la seconde boîte, nous nous cassons les ongles. Ne médisons donc plus des Expositions universelles. Elles nous font sentir toute l'imperfection de notre civilisation : c’est salutaire.
La grande terrasse de la Seine est un lieu de rêverie agréable aux heures où la foule n’a point encore encombré l’Exposition. Le spectacle de ces pavillons où chaque peuple a voulu nous donner un spécimen de son architecture nationale remue en nous des souvenirs et des désirs de voyage.
Le plus séduisant de tous et le plus évocateur de ces édifices est celui que M. Magne a construit pour le royaume de Grèce.
Ce n’est point un simple pastiche reproduisant servilement tel monument célèbre. Mais c’est quelque chose de grec, non pas de la classique llellade, ce qui eût été une faute de goût (rebâtir l'Erechteion à la foire eût frisé le sacrilège), mais de la Grèce du moyen âge, de la Grèce franque, délicate attention pour les riverains de la Seine, prudente concession aux exigences de notre ciel pâle et de notre lumière languissante. Si l’on eût élevé ici le Parthénon, vous auriez entendu des passants déclarer que c’était moins bien que la Madeleine : on a sagement fait de nous épargner ce blasphème ; l'Exposition réserve assez de joies ironiques à ceux que tourmente la manie des plaisirs féroces.
La caresse du coloris, la douceur des lignes, la finesse du décor, la grâce des coupoles, tout nous enchante. G’est une harmonie qui repose, délasse et rafraîchit. Ici le vent de démence qui souftle à travers l'Exposition s’est apaisé comme en une oasis de calme et de raison. Nous nous retrouvons d’accord avec nos goûts anciens, avec nos plus sûres traditions.
Invinciblement surgit dans notre souvenir la