‹ A travers LyonChapitre 2 sur 33 · II PRÉFACE · texte numérisé non relu

II PRÉFACE

Marseille a plus de mouvement, Bordeaux plus de gaieté, Nice plus de soleil, Toulouse plus de chanteurs.

Non, ce que le Lyonnais aime à Lyon, c'est la sûreté des relations, la solidité des amitiés que voile une apparente froideur, le charme discret et durable de la vie de famille et de ses vertus domestiques ; ce qui le retient et le fixe au sol natal, en dépit de Thumidité et du brouillard, c'est Tineffaçable sentiment d'atavisme, l'indestructible lien qui, à travers les âges, le rattache aux luttes, aux souffrances, aux joies et aux actes héroïques de ses pères.

Nous ne pensons pas qu'il existe une ville, en France, où les traditions séculaires aient marqué d'une empreinte plus forte l'esprit et le caractère de ses habitants.

On retrouve, dans le Lyonnais de nos jours , une image effacée et pâlie sans doute, par le frottement des siècles, mais une image fidèle, dans ses principaux traits, du Lyonnais de la féodalité ou des Valois, sinon du Lyonnais des Burgondes.

C^est le même tempérament passionné sous des allures réfléchies, conservateur et révolutionnaire à la fois, associant dans une alliance singulière un égoïsme intraitable et une générosité sans borne ; ménager d'argent, soucieux du lendemain, invinciblement attaché aux idées de franchise, d'indépendance, de particularisme même, qui firent si longtemps àa Lyon une sorte de ville libre s'administrant elle-même^ et payant de son or ou de son sang le droit d'être maîtresse chez elle et de vivre à son gré.

L'histoire de ces sacrifices et de ces luttes, le Lyonnais la retrouve écrite dans les pierres de ses édifices, dans les coins et recoins de ses vieux quartiers, dans ses rues étroites et escarpées où les maisons, étagées l'une sur l'autre, reposent sur les assises des monuments de Charlemagne ou sur des tombeaux romains.

rKi.iAci-: m

Qiiel brouillard effacerait ces souvenirs ?

Voilà le secret de l'amour du Lyonnais pour Lyon; amour instinctif, inconscient peut-être pour beaucoup, sorte de patriotisme accumulé et concentré qui, se perpétuant de générations en générations, exerce son inllucnce et sa séduction sur ceux mêmes qui le nient.

Cite-t-cn beaucoup de Lyonnais qui s'en aillent sans esprit de retour ?

Et la plupart de ceux que Ton ne revoit plus, ne tiennent-ils pas à laisser à leur ville natale un gag'i d'impérissable souvenir ?

Qu'il nous sufRse de citer le major Martin qui, du fond des Grandes-Indes, consacrait une partie de sa fortune aux Lyonnais de l'avenir ; sans compter tous les fondateurs d'œuvres d'assistance et de secours dont les noms formeraient une véritable litanie.

On ne doit donc pas s'étonner qu'une ville, objet de tant d'affection et de respectueuse tendresse, ait ses historiens, ses commentateurs, SCS archéologues et ses poètes.

Si Pétrarque dédiait ses sonnets à Laure, Soulary, fils de Pétrarque, a inscrit le nom de Lyon en tête de ses fines ciselures.

Lyon retient de même, eu sjs Imms in.itcnuls

Deux jumeaux s'cxccrant comme ennemis mortels :

L'un se nomme Travail et l'autre Rêverie,

Mais ce couple intraitable on iiun .'est embrassé,

Du jour qu'entre eux, ton front grave et doux s'est ^;lissé,

Demandant le h.iiscr d'amour, ciié cliCrie !

Quant aux simplcîs prosateurs, quel est le Lyonnais qui tenant une plume, n'a pas consacré quelques pages à la « cité chérie »?

Les uns ne mesurant ni leur labeur ni la patience du

Page 1