‹ A travers LyonChapitre 32 sur 33 · ALLONS AU HR0'1"1':AL · texte numérisé non relu

ALLONS AU HR0'1"1':AL

Chez les aiiiinanx, la feniellj n'a qu'un sexe pliysique. wScule, la feumie a reçu un sexe moral et intellectuel, et c'est ce dont il faut se garder de la dé(X)s<éder, sous peine de n'avoir plus, dans nos sociétés futures, que dus iK^nnies-niâles et des homnies-fenielles. Voyez, du reste, ce que produit, dans l'ordre social inférieur, la parité des fonctions entre les deux sexes. J'estime que la femme n'est 'pas plus faite pour porter certains fardeaux intellectuels que certains fardeaux matériels.

Dans Tune comme dans l'autre besogne, tout excès lui enlève une î^artie de sa g^râce innée. Au moins, la malheureuse qui travaille dans les mines en Belgique, celle qui tire la charrette dans nos rues, celle qui monte les pierres aux maçons en Autriche, gardent-elles le principal apanage de leur sexe et sont-elles pre-que toujours mères fécondes. Mais une courte expérience prouve déjà que les fatigues cérébrales tarissent chez la femme la source des joies augustes de la maternité.

Et voilà pourquoi je suis de ceux qui regardent comme autant d'erreurs l'assimilation des deux éducations, la conformité des programmes pour les garçons et les fdles, le développement dansnn sens purement scientifique des facultés de la feinme et l'emploi de la méthode expérimentah.' qui en est le con.iplément oi)liL;é. L'expérience pour la femme, c'est toujours hélas ! un peu l'histoire d'Eve et du serpent !

En suivant le quai des Broteaux, nous atteignons l'entrée du parc de la Tête-d*Or. Il serait bien extraordinaire que, sous la longue allée que forme la double rangée de platanes, nous ne rencontrions pas quelques bancs de pierre cassés. C'est un plaisir cher aux voyous lyonnais de rompre les banquettes de pierre de Villebois, qu'une administration prévoyante a semées en grand nombre pour le repos des promeneurs.

A l'entrée du parc, deux monuments : à gauche, le monument commémoratif élevé aux légions du Rhône ; à droite,*le musée Guimet dont le déménagement, au profit de la capitale, est annoncé depuis quatre ans. L'expérience nous enseigne qu'au fond de toute séparation, il n'y a souvent qu'un malentendu. Le musée Guimet et la ville de Lyon pourront, tous les deux, regretter un divorce qui ne profitera ni à l'un ni à l'autre.

Les étrangers nous ont longtemps plaisantes sur notre parc de la Tête-d'Or. Créé dans des saulées et des broussailles, il n'offrait d'abord qu'une médiocre végétation, et, pour s'y mettre à l'ombre, il fallait presque se coucher à plat ventre. Convenez qu'on a tiré beau parti de ce dernier lambeau des anciens Broteaux qui couvraient toute la rive gauche du fleuve, théâtre de toutes les anecdotes scandaleuses dont s'est défrayée la chronique lyonnaise, pendant des siècles.

« Ici, écrivait un auteur, sont de- lieux solitaires, où l'on n'entend, dans le loinfaiti, que le murmure des eaux, et autour de soi, que le ra-

crets, les ruisseaux et les merles ne tréiiaieiit aucunement les faiseurs d'idylles. C\i|iidon. pour parler la langue du temps, prenait a l'aise ses ébats sous Tombre mobile et légère des saules, pendant que Bacchus, dans les cabarets qui avoisinaientlafermede laTétc-d'Or, rassemblait ses disciples autour « du saucisson et de la salade »

Plus aucicunemenl. ces bovdsdu Rhùiie étaient frcquenlés par les orpailleurs dont l'iudustiie, aiijourl'hui abandonnée, consistait à tirer du llfuve les itnperceptibk-s parcelles d'or qu'il roule dans ses sables. Il ne serait même pas impossible que le nom dcTète-d'Orfùt celui d'une enseigne d'auberge où les orpailleurs se réunissaient de préférence.

Je ne sais, ami promeneur, si vous m'avez suivi jusqu^ci. Si oui, et puisque nous voici au terme de nos promenades à travers Lyon , plaçons-nous sur le point culminant où s'élevèrent les galeries de l'Exposition internationale de 1872. Après avoir donné un souvenir à cette entreprise avortée et qui méritait un sort meilleur, jetons un dernier regard d'ensemble sur cette ville que nous avons parcourue, en devisant un peu sur tout.

Sur la gauche, tout là-haut, c'est Fourvière, les pieds dans les décombres de la cité romaine, dominant la ville des Burgondes et des archevêques. Là, c'est la Croix-Rousse, arsenal industriel dont les ateliers étages enfantent ces produits qui ont conquis le monde et nous ont valu trois siècles de domination incontestée. Au bas de la Croix-Rousse et au-devant de Fourvière, s'étend l'immense delta où la cité bourgeoise a dressé ses magasins, sur l'emplacement des premiers établissements des nautes et de l'antique Condate.

Tout cela est notre patrimoine, c'est le legs de deux mille ans. Soixante générations nous ont précédés, ont peiné comme nous, aimé ce que nous aimons, pleuré aux mêmes déceptions et souri aux mêmes espoirs, puis se sont, l'une après l'autre, couchées dans le silence éternel, laissant à ceux qui suivaient un patrimoine sans cesse

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groLbi par leur aclivilc intcHi^tiite et laborieuse.

L^'on, \ingl fois ruine par la «guerre ou Tincerulic, vin;.;! lois ra'.agé par la p/c.^tc ou l'inonda- Lion, personnifie bien le génie du travail et de la tcnacilé. De niênie, il re['ré^ente re>priî. de tradilion. par le double allaehenieiîl des citoyens à leurs insULutions municipales et des fidèles aux rites et usa^^es de leur é^li.^e.

Notre caractère n'en est pas moins plein de contrastes. Un de nos c<;mj)atriotes qui, dans les rares heures où il |)rend la })liime, fait œuvre de maître comme il le fait en toutes choses, a dit du Lyonnais: « Homme du nord égaré dans le midi cœur chaud et tète froide, qui allie If, rêve au réel, le mysticisme à l'activité, le chimérique au positif, le désintéressement et la charité à Tâpreté de l'intérêt. » Le portrait est parfait, sauf peutêtre que le L3'onnais est plutôt un fils des pays lumineux égaré dans les brumes du Rhône.

Les Lyonnais, entendez-vous dire, ne sont pas belliqueux; mais ils ont pourtant montré, lors des luttes de la Cinquantaine, du siège de Lyon et de la guerre allenumde, qu'ils savaient tenir une arme et tomber en héros. Ils se sont révélés de médiocres artistes, ajoute-t-on assez souvent; mais il faut bien convenir que Saint-Jean et l'Hôtel-de-Ville sont des manifestations d'une certaine valeur, et que nous avons su créer des livres, des meubles et des tissus qui n'ont pas de rivaux.

Malgré qu'on en ait, notre ville conserve une physionomie à part, dans ce siècle de nivellement et d'uniformité. Ce qui explique que les Lyonnais, partout ailleurs que' chez eux, se sentent dépaysés.

En quittant Lyon, ils ne perdent point cependant les splendeurs ni les plaisirs d'une capitale ; ils ne perdent ni la mer aux flots bleus, ni le voisinage des montagnes aux grands bois; ils perdent Lyon, et c'est assez, dit le proverbe, pour qu'ils perdent la raison.

Rira qui voudra de cet engouement, l'expliquera qui pourra.Le fait subsiste, et vous avez dû vous apercevoir, à la façon dont j'ai parlé au cours de nos promenades, que je ne suis pas le moins engoué des Lyonnais.

Fin

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