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ALLONS AH HROTKAl^ 2^ C)
jrançnises^ les Jardins (V Tdalie^ les H^squrfs de Paphos^ tout autant de noms qui réveillent de lointains et jeunes éehos dans l'esj^rit des contemporains survivants ! Si la mémoire faisait défaut à quelt|u'un d'eux, il n'a qu'^. rcvir le charmant tableau qu'en a tracé un maître es choses lyonnaises, le docti.oime et véri.>,>ime Nizier du Puitspclu.
Pour ma part, je regrette surtout les enseignes. Nous n'en n'avons presque plus, au sens ancien du mot. Chaque maître d'établissement impose son propre nom à sa maison, et le successeur s'empresse généralement d'y substituer le sien. Si, d'aventure, le ])ublic donne un surnom à rétablissen:ent, c'est quelque sobriquet malsonnant, comme V Assommoir.
Au temps jadis, les hôtelleries portaient des vocables empruntés au calendrier ou à l'armoriai ; puis sont venus les noms tirés de la géographie ; enfin, notre siècle en sajeunes':e mettait l'Olympe à contribution.
C'est alors que faire des vers se disait a commercer avec les Muses » ; on s'amusait « comme des Dieux » ; le rossignol était « Philomèle />, et le chien « le symbole de la fidélité » ; la figure mythologique et la périphrase fleurissaient à l'envi les écrits et la conversation. Chateaubriant, dans ses Natclicz ^ appelle les clairons (< les fils d'Eole », les tambours ^ des caisses d'airain que
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recouvre la peau de l'onagre >, les bombes « les foudres de Bellone », et le fusil < un tube enflammé, surmonté du glaive de Bayonne b.
Je comprends que les lectrices de cette prose épique et olympique devaient rêver d'une contredanse dans les jardins d'Idalie ou d'un goûter à l'ombre des bosquets de Paphos. Comme a dit un poète, raillant gentiment cette langue surannée, et auquel) madame^ en vue de l'intention, vous pardonnerez la méchanceté du trait final :
Elise avait alors des appas et des charmes.
Du rouge, une pudeur accessible aux alarmes.
Des choses qu'on n'a plus 1
De leurs destinées premières, il est resté aux Broteaux des jeux de boules et quelques restaurants « pour noces et repas de corps. » A diverses époques, on y a bâti des salles de danse : Jardin d'hiver, Alcazar, Rotonde, Folies-Bergère ; mais les deux premiers de ces établissements ont cédé la place à d'autres constructions, le troisième va tomber sous la pioche, et le dernier est à peu près uniquement pratiqué comme lieu de réunion politique.
Nulle part les boules ne sont en honneur autant que chez nous ; on les rencontre au château comme à la guinguette. Ce qui nous distingue
AILONS AT Bl<:OTFAr 2S I
des joueurs des autres pays, e'esl le «tir en plaee » — formule elliptique, rapide comme raclioii qu'elle exprime, et qui, vous le saviez, signifie tirer la boule de s(>u adversaire, l'enlever et prendre exactement sa place.
Bien à tort, à mon sens, d'aucuns cherchent à opposer aux boules rexcrcice du ballon, le Joo/ hall des Anglais. Le ballon a le défaut grave de priver les joueurs du concours des dames et d'interdire à peu près toulc conversation. Quant au Jaivn IcnisiiVww croquet, ce sont amusettes à l'usage des gens cjui veulent rester gantés et ne point se défriser.
Les boules partagent avec les échecs le privilège de ii'avoir jamais causé la ruine de j)ersonne. On joue pour jouer, le gain ne tient aucune place dans le culte que leur vouent les plus ardents, et nulle femme ne me contredira si j'alTirme que les boules sont vraiment aimées pour elles-mêmes.
Il est encore un divertissement qui eut ses fanatiques, mais sans qu'ils y prissent une part active — et, cette lois, les dames sont hors de cause : car je veux parler de la lutte.
O murs aujourd'hui tombés du Jardin d'hiver et de l'Alcazar ! les Lyonnais pourront oublier les solos que vous avez répercutés et les quadrilles délirants que vous ave/, vus, mais tant qu'il survivra ULi s[)ectateur des luttes, u!ie voix s'élèvera pour en perpétuer la mémoire.
C'était une épopée , d'un bout à l'autre, depuis l'annonce du spectacle jusqu'au dernier engagement des lutteurs. Dans une langue dont il a emporté le secret, Rossignol-RolUn convoquait chaque dimanche la foule, au moyen d'iaunenses affiches: « Lyonnais je vous aime... Une bannière au vainqueur... Sur les roses, messieurs... J'en appelle au peuple... Lyonnais, il y a du muscle dans l'air... >
Quant à ses champions, c'était Crest, le Taureau de la Provence, Faouët, le Lutteur fauve — il était brun, Ri voire, le terrible Athlète, Alphonse, le Rempart de la Croix-Rousse, Blas^ le Dernier lutteur du monde, et le pâtre Etienne, et l'Ours du Mont-Ventoux, et l'Arracheur de garance, et le Colosse de la Savoie, et
MuîH quos fama obscur a recondit
Un de mes amis appelait ces luttes: l'éloquence de la chair. C'était vraiment beau comme l'antique, et l'on y trouvait le « tout Lyon »des solennités artistiques. A qui s'étonnerait qu'une entreprise de ce genre ait pu rallier, chaque hiver, un public d'amateurs d'élite, je répondrais que les plus affinés des Grecs ne dédaignaient point les luttes olympiques. Si le spectacle n'avait plus la même ampleur et la même solennité qu'à Olympie, il n'en faut accuser que la dureté des temps.
Mais que de beaux prolégomènes en style pha-
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ramineux, que de coininentaircs épiques sur les coups vaillaminent portes et sur les passes douteuses! que de lazzis intraduisibles et d'interpellations désopilantes ! Le tout, sous la présidence d'Exbrayat, en habit noir, la poitrine chamarrée de décorations très authentiques.
Rossignol-Rollin qui en appelait au peuple, aurait pu aussi en a})pcler à la postérité. Car si le surnom donné à Blas — le dernier lutteur du monde — amena plus d'un sourire sur des lèvres sceptiques et parut alors le comble de Toutrecuidance, c'était une appellation toute prophétique.
Avec Blas prit lin la carrière de Rossignol. Les héros, i:eniblables aux généraux d'Alexandre, essayèrent en vain de se partager son empire ; aucun d'eux ne réussit à enchaîner la fortune; la lutte avai*: eu ses derniers beaux jours. J'entends la lutt^, comme nous l'avons connue il y a trente ans, ave ; sa littérature spéciale, ses virtuoses et ses dilettantes.
Le territoire des Broteaux otTre cette particularité qu'il ne s'y trouve aucun vestige ni tradition d'ancienne église ou d'oratoire ; il est essentiellement laïque dans ses origines. Il devrait donc ne s'y rencontrer aucun cimetière. Mais il est difficile aux hommes de bâtir quoi que ce soit sans emp'unter les fondations à quelque tombe.
S41 n'existe pas d'enclos portant le nom de cimetière, le plus ancien monument des Broteauz n'en est pas moins un monument funèbre. Les restes de plusieurs centaines de nos compatriotes y dorment l'éternel sommeil.
Ces victimes du siège de Lyon, vainement a-ton cherché à les transformer en champions d'un drapeau politique. Ils sont tombés pour la cause lyonnaise, la même que défendaient les preux de la Cinquantaine, la cause qui eut de tout temps le don de passionner nos aïeux et qui fait encore vibrer plus d'un écho secret dans nos esprits si bien façonnés pourtant par la centralisation contemporaine.
D'ailleurs, Louis XVIII — un malin — ne fut jamais dupe du sens qu'on voulut donner à la résistance de Lyon à la Convention. Il était d'usage constant, lorsqu'un souverain concédait un changement ou une addition dans les armes d'un particulier ou d'une ville, que l'ordonnance royale en mentionnât les motifs. Or le texte, autorisant la ville de Lyon à mettre un glaive dans la patte dextre du lion de son écu, est absolument muet sur les causes de cette addition.
Le sentiment municipal — pour ne pas l'appeler communaliste — est tellement inné en nous que nous le subissons d*une façon inconsciente^ Combien de Lyonnais savaient donc, il y a peu d'années encore, que leur ville natale avait eu,
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jusqu'à la Révolution, uti régime à part entre toutes les communes françaises? La tradition avait retenu peu de choses à ce sujet, et la plupart de nos pères, témoins de la chute de Tancien ordre municipal, n'en avaient pas même gardé une vague notion. Encore maintenant, c'est une révélation pour nombre de gens lorsqu'on leur fait un tableau de l'ancienne constitution lyonnaise.
Le caractère propre à notre ville n'est donc pas affaire d'éducation, et le plus remarquable, c'est que les enfants d'adoption de Lyon ne sont pas moins passionnés que les natifs pour la défense de ce qui touche à la cité. L'esprit lyonnais se respire avec nos brouillards : on peut ne pas prendre l'accent; impossible de se défendre de l'esprit local.
Précy qui dirigea la résistance de Lyon n'était pas lyonnais. Ce n'était pas davantage un grand seigneur : il appartenait à cette petite noblesse, confinant àla bonne bourgeoisie et qui poursuivait avec elle l'institution d'un régime semblable au gouvernement anglais. Cette classe nombreuse de Français n'était certes pas républicaine, mais, pour sûr, pas davantage royaliste dans le sens qu'on essaie de donner à ce mot.
Précy se montra à la hauteur de sa tâche et combattit vaillamment. Aussi n'est-ce pas pour mettre en doute son courage, mais simplement à titre anecdotique, que je rappellerai un petit fait.
Cela se passait lors de la pose^ par le comte d'Artois^ de la première pierre d» HMMiument des Broteaux.
Ou avait réunie à cette occasion, les sqrvivants du sièçe. Parmi eux s'en trouvait un, homme déjà mûr, comme Précy, en 1793, et, comme lui, vieillard en 18 14. Il était accompajpé de son fils, de qui je tiens l'anecdote.
« £hl bien, lui dit Précy en parcourant les rangs et lui donnant à son tour une poignée de main, tu ne reconnais pas ton ancien général ? — Si je vous reconnais! répondit le vétéran piqué. Mais je me rappelle, comme d^hier, lorsque les conventionnels nous poursuivaient dans le» hms de Roche-Cardon et que vous mettiea voaépau- Irttes de général dans votre poche, afia de t^'ètre pas reconnu 1 j^
C'est une loi générale que les grandes villes tendent à se développer de Test au couchant.
Lyon fait exception; il a rencontré à Touest des obstacles naturels, et sa constitution géogra^phi• que le pousse du côté du levant.
Dans les quartiers neufs, les constructions, comme les invités dans un sa'lon de parvenu, sont toujours^ piusf mêlées qu'ailleurs. Vous renconteezBsix BroteaRxx de magnifiques habitations, coudoyées par d'ignobles baraques. Il y a des
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lacunes criardes et des solutions de continuité pénibles pour l'œil et i)our Te-prit. Quoi qu'on dise et fasse, pendant longtenips il se trouvera des Lyonnais pour qui L^on iinira au Rhône et qui croiraient s'expatrier en trans])ortant kurs pénates sur la rive gauche.
Jusqu'à présent, l'administration municipale s'est montrée chiche de monuments à l'égard des Broteaux, réservant ses faveurs pour la Guillotière : facultés, préfecture, palais scolaires.
Quant aux édifices religieux, la desciiplion en est bientôt faite. L'église Saint-l^othin, première en date, éveille l'idée de ces cc^n-tructions enfantines que les écoliers obtiennem en étageant des cubes et des polygones de bois. Dé[)lacez quelques pièces et vous aurez, à volonté, un marché, un théâtre, un embarcadère ou une mairie.
La Rédemption,pour sur, aplus de style; maison y accède par un escalier raide comme une échelle de meunier, et les belles paroissiennes, en le gravissant, doivent éprouver un peu de l'impression qui fit donner j)ar leurs aïeules son ancien nom à la montée des Chazaux.
Sur le quai, les protestants ont élevé un temple, et, à quelque distance en amont, les anglicans ont aussi leur chiapelle; celui-là, froid et correct, ainsi qu'il convient à des non-ritualistes, celle-ci, d^un gothique de fantaisie, aux irrégularités vou- Iue.s^ i\ la porte trop bas^e, au pignon trop haut,
architecture de convention chère à des cœurs anglais.
C'est encore sur le quai que nous rencontrons le lycée des filles. Que de paroles ont été dites pour et contre ce genre d'établissement ! Cela se comprend, car il y a beaucoup à dire pour et contre. Il est vrai que de nouvelles nécessités sociales imposent à la femme une instruction plus positive et une éducation plus défensive, mais il n'est pas moins vrai qu'on risque de la « dessexuer » suivant le mot de Shakespeare.
En effet, par quoi l'homme diffère-t-il de la brute ? Bien des réponses ont été données à cette question et chaque philosophie a sa formule. Un jour que, plaisantant avec un enfant, qui jouait avec des coccinelles, je lui disais que les petits garçons sont, eux aussi, des bêtes à bon Dieu, il me fut répondu : « Oh ! non. D'abord, les bêtes n'ont pas de mollets, s) Cette définition en vaut bien une autre. Il est, d'ailleurs, à remarquer que le mollet est un fruit de la civilisation et qu'il s'atténue à mesure que l'on descend l'échelle des races humaines. Le singe n'a pas de mollet.
Mais je suis certain d'avoir pour moi la plus belle moitié du genre humain — et les philosophes, par surcroît — quand j'affirmerai que ce qui distingue l'homme de la brute, c'est la femme. Il n'est pas de système naturaliste ou spiritualiste qui ne s'accommode de ma formule.