‹ A travers nos classesChapitre 3 sur 7 · PERSONNEL ENSEIGNANT · texte numérisé non relu

PERSONNEL ENSEIGNANT

Dans la presque totalité des écoles que j^ai l'honneur de visiter, ce sont des religieux et des religieuses qui sont chargés de Renseignement.

Sept communautés de Frères s'occupent de l'instruction des petits garçons. Je les vois représentées ici dans cette salle, et je suis heureux de les saluer du haut de cette estrade: Frères des Ecoles Chrétiennes, Clercs de St-Yiateur, Frères de Ste-Croix, Frères du Sacré-Coeur, Frères Maristes, Frères de l'Instruction Chrétienne, Frères de St-Gabriel.

Il est un mot qui m'a toujours frappé. En France, lors de la grande tourmente révolutionnaire, la Eévolution elle-même a écrit dans le préambule de la Loi du 18 août 1 792 : "Les Frères des Ecoles Chrétiennes ont bien mérité de la Patrie." Hélas ! La France les a, plus tard, méconnus et chassés. Qu'importe. L'ingratitude ne supprime pas le bienfait. Quant à nous, nous savons apprécier la capacité et le dévouement des Frères de nos différents instituts. ISTous faisons nôtre la déclaration de la Eévolution: "Les Frères des Ecoles ont bien mérité de la Patrie," mais nous ne la bifferons pas d'un trait de plume. !N"ous voulons la graver, en lettres d'or, dans les diptyques de notre histoire nationale.

Nous comptons huit communautés de femmes qui en soignent à nos enfants: Congrégation de Notre-Dame, Soeurs Grises, Soeurs de la Providence, Soeurs des SS. Noms de Jésus et de Marie, Soeurs de Ste-Croix, Soeurs de Ste-Anne, Petites Soeurs Franciscaines de Marie. Ce que nous oublions trop, nous de Montréal, c'est que toutes ces communautés, à part la dernière, sont nées ou se sont développées dans la belle et religieuse cité de Maisonneuve. Ce sont des fondations essentiellement montréalaises. Ici se trouvent les maisons-mères et les novi-

ciats. Je hais le chauvinisme, parce qu'il est étroit, mesquin, égoïste et vantard. Mais, il me semble que nous ignorons trop les gloires de notre ville. (App.)

Il est un nom que je veux prononcer ici, c'est celui d'Ignace Bourget, 2ème évêque de Montréal. C'est lui qui a été le grand prévoyant de l'avenir. C'est lui surtout qui en a été le pourvoyeur. Il a compris la charité corporelle et spirituelle. Il a aussi compris la. charité intellectuelle.

Ces religieux et ces religieuses emploient un certain nombre d'auxiliaires laïques auxquels je suis fier de rendre un témoignage satisfaisant. D'ordinaire on leur confie les classes des "tout-petits". C'est dire bien haut leur dévouement et leur compétence. De l'aveu de tous, c'est la tâche la plus ingrate et la plus difficile, mais peut-être la plus consolante en heureux résultats.

NOTRE CLIENTELE SCOLAIRE.

Notre clientèle scolaire est plus homogène dans les quartiers de f ancienne banlieue que dans le centre actuel de Montréal. Et c'est là un vrai bienfait. A ma dernière visite, je comptais 27,122 enfants. L'on s'est plaint amèrement de ce que les enfants quittaient l'iécole à 10 ou 11 ans. J'ai voulu faire un peu de statistique. Sur 27,122 enfants, 7,525 ont 12 ans ou plus, soit une proportion de 27''^4 pour cent. Encore ici, il y a un sensible progrès.

Au demeurant, ce sont les plus jeunes qui composent la majorité des classes, et le contraire est matériellement impossible, à moins d'envoyer les enfants à l'école après leur huitième année révolue. Huit ans ! c'est un âge déjà bien fécond. Avez-vous déjà remarqué à ce qu'on rencontre d'ouverture et de curiosité dans un enfant de 8 ans. Comme une fleur qui vient d'éclore, immaculée et toute

merveille, il cheTche, d'instinct, le soleil de la vérité. Ses lèvres s'entrouvent et les mots leur manquent encore pour tout dire, mais que de questions ingénues et profondes ! L'enfant a besoin de tout savoir. Ses pourquoi naïfs et inattendus embrassent tout l'univers.

Et le premier aliment que nous lui donnons, c'est la langue maternelle, ramenée, bien entendu, à ses règles capitales et à son orthographe usuelle — c'est le catéchisme, cette, première et dernière philosophie de l'homme — les premières règles du calcul — les grandes lignes de la géographie — l'Histoire Sainte, qui bien expliquée devient l'histoire anticipée du Chrst et l'histoire de toutes les âmes, puis l'histoire du Canada qui est l'histoire de notre cher pays.

Et au fur et à mesure se donnent les leçons de choses, c'est-à-dire toutes les notions que peut désirer un enfant. Toutes les réponses aux questions qu'il se pose sur les hommes et sur les animaux, sur les pierres et sur les arbres, sur les aliments et sur les instruments, en un mot, sur les choses de la terre et sur les choses du ciel.

A cet âge si intéressant qu'on appelle "l'âge des notions" succède un autre âge, moins expansif, moins gracieux, mais encore plus fécond. C'est ''l'âge de la mémoire". Entre 11 et 14 ans, l'intelligence, si elle est bien préparée est capable de tout comprendre et de tout retenir. C'est alors que nous plaçons les connaissances qui sont comme le pain et l'eau, tout à la fois indispensables à la vie et sans attrait pour les sens. Je veux dire les théories grammaticales, la science des règles, des préceptes, des formules, des mots, des dates et des faits. C'est le moment des luttes épiques contre la grammaire et If dictionnaire, contre les chiffres et les lignes, et de s'assurer une fois pour toutes, ces connaissances techniques et instrumentales qui sont pour l'intelligence ce que sont les outils pour le travail des mains.

Q U ALITE S DE UED UCA TION.

Voilà pour l'instruction. Ce n'est qu'une partie du programme et la moins importante. Ce qui doit primer^ c'est l'éducation. L'instruction développe et orne l'intelligence. L'éducation forme le jugement et la volonté. Un jugement sûr et une volonté forte sont plus féconds que les plus merveilleuses mémoires.

Mais ici attention. Nous ne voulons pas anéantir dans l'enfant toute personnalité. Nous apprenons à l'enfant à se gouverner, puisque demain il sera son propre gouverneur. Nous lui apprenons à nager, puisque demain il sera jeté dans la pleine mer sans autre sauveteur que lui-même. C'est pour cela que nous crions: à bab l'élevage ! Vive l'éducation ! Nous lui apprenons ce qu'il y a de plus utile au monde, l'obéissance, mais non pas^ l'obéissance du chien couchant, pas même l'obéissance du cheval de manège, mais l'obéissance de l'homme raisonnable et libre. Personne n'estime l'obéissance autant quemoi. C'est la base de toute société. L'enfant doit obéir. Mais à côté de ces principes qui sont la loi de celui qui obéit, il y a les devoirs de celui qui commande, c'est de ne* promulguer jamais que des lois justes et de les appliquer toujours justement. L'enfant n'est pas à nous, ni pour nous. C'est une créature libre. Son bonheur c'est de pouvoir faire sa volonté. Habituons-le donc à vouloir et à vouloir énergiquement et à vouloir toujours le bien.

Education sociale formant l'enfant à la "régularité"' et à r^exactitude". Ici je touche une question bien délicate: l'assiduité à l'école. U faut tenir compte de notre climat si rigoureux, surtout pour les enfants des classes inférieures. Dans les classes supérieures, j'ai constaté un réel progrès. Un moyen efficace de contrôle pour le maître, c'est d'envoyer immédiatement une carte postale aux parents les avertissant de l'absence de leur enfant.

C'est une légère dépense pour la commission, mais qui rapporte les plus heureux fruits.

Education sociale formant l'enfant à r"économie'". Nous ne saurons jamais trop encourager les "Caisses Scolaires". Je citerai au tableau d'honneur la commission du Saint-Enfant-Jésus — au risque de blesser la modestie de son président — où 38,000 dollars ont été déposés durant moins de 8 ans. (1)

Education sociale formant l'enfant à" la "charité'^ — ce grand devoir de la vie publique. Comment passer sous silence récole St-Louis, dirigée par les Clercs de St- Viateur, où fonctionne déjà une petite Société de St- Vincent de Paul: Des enfants visitent d'autres enfants malades ou pauvres. Et je suis fier de raconter ce fait en présence de M. l'Inspecteur Général, qui est, en même temps, Président Grénéral de la St-Vincent de Paul, au Canada. (2)

Education sociale formant l'enfant à la "politesse' , c'est-à-dire à l'oubli de soi pour les autres. Quand je dis d'un élève, même d'une classe : il y a là une exquise politesse. Pour moi ce n'est ni un mot suranné, ni un mince éloge. Car l'expérience le prouve: les enfants polis font seuls les jeunes gens polis. La politesse est comme le piano. Si on ne l'apprend pas de bonne huere, on ne l'apprend jamais. Je parle ici de la vraie politesse, non pas de la politesse phraseuse qui n'est bien souvent qu'un mensonge, ni de la politesse quêteuse qui ressemble à un placement; mais la politesse sincère qui se présente avec ses compagnes naturelles: la distinction des manières et l'élégance du langage, qui produit cette habitude charmante qu'on appelle la prévenance, — qualité à la fois physique et morale, — la politesse de ce petit enfant de

(1) Mgr G. M. LePailleur.

(2) M. C. J. Mag-nan, Inspecteur Général de l'Enseignement Primaire et des Ecoles Normales, dans la Province de Québec.

sept ans, dont on voit l'image dans certain livre de lecture. Il rencontre un pauvre, très vieux et très infirme. Sa mère lui donne un sou pour qu'il le porte au vieux pauvre: mais, avant de le lui remettre, il ôte d'abord sa petite casquette et le salue. Quel enseignement profond ! C'est l'aumône du coeur ajoutée à l'aumône de la main. Comme il nous dit clairement, sans le savoir, ce cher petit, d'honorer dans tout être humain une créature de Dieu et un frère de douleur.

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