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teau d’Anet garnissant le fond de la chapelle, où cst
installé un beau musée de moulages, nous parcourons les
superbes salles de copies, — exécutées par des maîtres d’après des maîtres, — la bibliothèque, la salle Mel-
pomène..…
Nous voici dans l’exquise cour du « Mürier ». Sous un rayon de soleil, une dizaine d’effrontés moineaux parisiens « font tub » en la vasque de marbre d’où retombe un filet d’eau au tintement de cascatelle, et nous nous arrêtons, charmés, pour contempler ce joli spectacle et ce poétique décor.
Dans l’angle de droite, sous le portique, encadré de deux colonnes portant, gravés sur le marche, les noms des élèves tombés en 1870-1871 sous le feu de l’ennemi, un monument funéraire ; et, sous un buste d'homme à la tête superbe d intelligence, la « Jeunesse », — une statue de marbre par Chapu, — inscrit un nom : Henri Regnault. C’est le pieux ex-voto élevé par l’École des Beaux-Aris à ce très grand artiste qui vint d'Afrique se
“faire tuer pour son pays, aux heures lugubres de la
défaite... « On bat maman, j'arrive... », avait-il écrit à son bon et excellent ami Clairin.…, et le 19 janvier 1871, dans un de ces combats désespérés qui ensanglantèrent les environs de Paris, derrière la ferme de Buzenval, Henri Regnault était tombé, la tempe gauche trouée d'une balle prussienne (1)!
(4) « … J'aurais voulu le retrouver parmi les blessés; et, par moments, j'aurais voulu, puisque je devinais qu’il était mort, le retrouver
Tant de talent, de gaieté, de bravoure, d'espérance
était ainsi brutalement fauché ; un deuil nouveau s’ ajoutait aux deuils de la France... C’est tout cela qu’évoque
parmi les morts; — tout plutôt que cette horreur de 4505 perdu d’avoir perdu même son cadavre,
? Cette recherche dur a longtemps. Enfin nous avons reçu de la Préfecture de police un avis nous faisant connaître que le corps d’ Henri Regnault était au Père-Lachaise.
Je courus au cimetière, qui était bondé de gens en pleurs. Les |
voitures de bouchers apportaient leurs sinistres charges, les déposaient et repartaient en quérir d'autres.
… Les cadavres étaient posés les uns sur les autres et faisaientun
long tas, haut d’un mêtre et demi. On cherchait là... Je cherchai ; je tirai des bras, des jambes, pour déplacer des cadavres qui m'en
cachaient d’autres... je ne trouvai rien.
. J'allais sortir, lorsque je vis, He un coin, une boîte, un roue fait de planches vite clouées. Je soulevai le couvercle : -Regnault 1... ME
Oui, c'était lui, tout nu. |
Auprès de la boîte, un paquet de son pantalon, ÈS sa capote et de son képi : le reste avait été volé. —
C'était lui! Je le reconnus. Son visage était souillé de terre, des feuilles mortes étaient collées au gang de sa blessure. Sa blessure : un trou à la tempe gauche, un si petit trou que mon petit doigt n’y entrait pas. Du sang coulait aussi de sa bouche.
Je le regardais... Soudain, je vis entrer sa fiancée... Et je me rappelle qu’alors, d’un geste te de pudeur, je ramenai sur lui le couvercle du cercueil et le cachaïi jusqu'au menton. #
Un peu plus tard, je suis allé chercher de l'eau et j'ai lavé son visage... Je le layais lorsqu'arriva Barrias, le sculpteur, notre ami.
Barrias était officier : je ne sais plus dans quelle arme... Il me dit
qu’il fallait mouler ce visage qui-nous était cher. Il s'en alla et bientôt revint avec du plâtre. Nous avons fait tous les deux ce moulage qui est
au musée Carnavalet : des poils de la barbe ct des cheveux y sont
restés, Le corps d'Henri fut emporté à Saint-Augustin. Où était le père