MASQUE MORTUAIRE D'HENRI REGNAULT
Donné par Georges Clairin (Musée Carnavalet).
Regnault, je ne le savais pas. Deux jours après, le service funèbre
fut célébré.
Il y avait beaucoup de monde. La nouvelle de la mort de Regnault
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qu’il représente deux immortelles verlus : Patriotisme.
avait été vite connue à Paris. Saint-Saëns joua lui-même, sur l'orgue,
sa Marche héroïque, qu'il avait composée pendant la gucrre et qu'il
acheva pour les obsèques de Regnauit. :
Tous ceux de nos amis qui n'étaient pas morts furent là, beaucoup
en uniforme, d’autres ayant repris leurs vêtements de civils, puisque
c'était fini, puisque le suprême découragement nous accablait.
Oui, nous avions reçu par la mort de Regnault la dernière tape.
Lorsque se déchaînaient dans l'église les beaux accents de la Marche héroïque, c'était tout notre espoir, c'était toute notre jeunesse dont la mort était célébrée.
L'effondrement, la fin de tout! Les survivants, autour de ce cadavre, sentaient que le meilleur d'eux-mêmes était mort, Regnault, Regnault !.. Entre les rangs de cicrges, il était la France morte, la France ensevelie; il était nous-mêmes tués en pleine jeunesse, en pleine ardeur, en pleine confiance! (André Beaumier, les Souvenirs d'un Peintre (Georges Clairin), p. 495, 196, 197.) :
l'Art etle
La rue Cassini.
L'Infirmerie Marie - Thérèse.
L y a une quinzaine d'années, quelques artistes ache- I vaient de déjeuner chez Foyot, en face du Luxembourg ; deux sénateurs, MM. Ranc et Emm. Arago (1), s'étaient joints à la bande joyeuse. Au moment de partir, -M. Arago, passant avec difficullé le bras dans la manche de son paletot, ne put retenir ce cri de souffrance : * « Maudite blessure, elle me fait cruellement souffrir aujourd'hui... j'y devrais pourtant être habitué depuis soixante-dix ans. elle me vient du maréchal Ney! » Devant notre ahurissement M. Arago s'expliqua :
— Parfaitement, c’est bien le 7 décembre 1815 que j'ai attrapé le horion qui, depuis, n’a cessé de me tourmenter.
« Ce matin-là — j'avais trois ans — ma bonne m'avait amené dans le cabinet de mon père, François Arago, qui
(4) Emmanuel Ar4Go, né à Paris en 1812, mourut à Paris en 1896
vu
logeait à l’Observatoire. Un ami que nous appelions « l'oncle Gaspard » me faisait sauter sur ses genoux ; tout à coup une terrifiante explosion retentit : mon père devint tout pâle, et l’oncle Gaspard, se redressant brusquement, me laissa tomber par terre en s’écriant : « Oh ! les misérables, ils l'ont fusillé ! » Ce qu ils avaient entendu était le bruit de l'exécution du maréchal Ney,
passé par les armes à quelques mètres du cabinet de
mon père, au carrefour de l'Observatoire ; la familière - appellation « oncle Gaspard » dissimulait Gabad Monge, un des fondateurs de notre École polytechnique, un grand cœur, un illustre savant, compagnon de Bonaparte en Egypte, et qui, suspect, traqué par la police de Louis XVIII, était venu chercher près de mon père asile dans l'Observatoire. Je m'étais fait grand mal, je hurlais... mais on ne s’occupa pas de moi, et je souffre encore de cette chute faite en 1815. | re
Cette pitloresque anecdote nous revenait en tête
l’autre matin, alors que la flânerie nous ramenait en ce 3
vieux quartier. Après avoir traversé l'admirable jardin du Luxembourg, nous débouchämes sur cette placé étrange où les monuments disparates du maréchal Ney, de Francis Garnier, du philanthrope Th. Roussel et du professeur Tarnier semblent jouer aux quatre coins devant l'effigie polychrome de Bibi-la-Purée dansant entre deux cascadeuses du bal Bullier, dont ils ne sont séparés que par la tranchée du chemin de fer de Sceaux.
Qui pourrait retrouver en ce carrefour bruyant, où
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ne - L'AVENUE DE L'OBSERVATOIRE 95
le soir les petites bonnes viennent écouter, émues, les échos des valses. de Bullier, le plus léger vestige
> Champin, lith.
Régnier, del.
MAISON D'HONORÉ Di BALZAG.
Paris (rue Cassini, n° 1).
du tragique abattoir où fut légalement assassiné Île maréchal Ney, prince de la Moskowa, duc d’Elchingen,
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