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AUX AMIS INCONNUS

dont la sympathie m'est si douce, je dédie ce livre

en témoignage de reconnaissance.

Le Marché aux Oiseaux.

BRITANT alternativement des fleurs et des oiseaux, un A carré d'arbres apparaît le long de la Seine entre trois disgracieuses bâlisses, le Tribunal de commerce, la cascrne de la Cité, l'Hôtel-Dieu. Les affouillements profonds nécessilés par la construction des deux gares desservant le Métro, — qui passera ici à vingt-cinq mèlres sous terre, — ont transformé la moitié de la place en un gigantesque chantier où sifflent les machines, manœuvrent les grues, circulent les wagonnet:.

Spectacle plus gracieux : dans la parue respectée par les ingénieurs, sous les paulown'as, à l'abri des auvents administralifs, — tôle et zinc d'art, — chaque jour, et de préférence le mercredi et le samedi, les Parisiennes viennent renouveler au marché aux Fleurs leurs provisions de roses et de violettes. Débordant jusque sur la

chaussée, envahissant les trottoirs des quais, des régiments de chrysanthèmes, de plantes veries, de péchers, de poiriers, de sapins; des bourriches de jacinthes et de tulipes, des pots de primevères forment comme, un immense tapis diapré.

Confondues en Icurtendresse commune pour les fleurs, élégantes, bourgeoises, trotlins, humbles ménagères se

pressent autour des éventaires : aux unes Je fuxueux.

décor de table, orchidées mauves et feuilles d'automne aux tons de rouille; aux autres le modeste bouquet de violeites ou le pot de giroflée sur un rebord de fenêtre.

Toute Parisienne adore les fleurs; c'était à ce -

marché de la Cité qu'en 1793 la ciloyenne Richard, concierge de la Conciergerie, venait chaque matin acheter, pour la reine captive, des œillets, des tubéreuses et surtout des juliennes..… Les fieurs furent la

dernière joie de Marie-Antoinette en ce sombre cachot. qu’elle ne quilta que pour monter dans la charrette du

bourreau |

Le dimanche, les marchandes de fleurs cèdent la place : aux marchandes d'oiseaux... Dans un pittoresque et

étrange tapage, où se mêlent les gazouillis des bengalis des îles, les roucoulades des chardonnerets, les trilles des serins, les cris rauques des aras et les boniments des. vendeurs; de bonnes bourgeoises, de gentilles ou-

vrières, des enfants se pressent devant les longues ran-

gées de cages installées sous les toilures de zinc édilitaires. Les caplifs ailés y sont pourvus denoms décoratifs

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et pittoresques : voici des « veuves à collier d’or » (3. fr. 50 pièce), des « élégantes de Sainte-Hélène » (0 fr. 90), des « Jeunes Papes » (1 fr. 75), enfin voici des « Bengalis de Bombay ayant un chant tyrolien! » qui ne coûtent que 1 fr. 25.

Baujean, sculp

Goblein, del. RUE DU MARCHÉ-AUX-FLEURS.

Des modistes sentimentales se paient un couple

d’ « inséparables », une grosse commère marchande un vieil ara déplumé, dont l’œil en cocarde dévisage anxieusement sa future propriétaire ; des cuisinières achètent des poulets, des pigeons, des cailles ; les amateurs s’approvisionnent de colifichets, de mouron, de seiches,

névocient des « chardonnerets bien siylés », des pinsons,

des tarins ; mais la haute banque de ete Bourse aux

oiseaux opère sur les « serins hollandais ». Une dizaine

de cages, aux fonds tapissés de fins copeaux, abritent :

quelques couples ébouriffés de ceîte aristocralie serine,

Haut perchés sur leurs maigres pattes, les « hollandais »

lancent à tue-tête leurs trilles perlés. On discute :

« 35 francs la paire. — Non, 32. — J'en ai vendu les

pareils 40 francs la semaine dernière. — Voilà 33francs.

— Emportez-les, ces mignons, c'est un vrai cadeau que ÆS

je vous fais. » | s Rx À côté, une vieille dame, avant de payer 45 francs un

perroquet « parleur », se fait préciser par le marchand :

le répertoire de l'oiseau : « Portez armes !... As-tu \

déjeuné, coco ?.… Bonjour, madame »; de plus, il siffle :

«J'ai du bon tabac... » La vieille id n'hésite plus et

emporte le PRES effaré qui désespérément hurle :

« Portez armes !.… portez armes]! » |

Dans ce grand carré de paulownias, où poussent aujourd’hui les pots de fleurs et les cages à oiseaux, sur l'emplacement de la ruc de la Cité, qui est certainement … la plus ancienne voie de Paris, passait, vers l’an 360, sous :

- le règne de l’empereur Julien, la grande voie romaine de

Senlis à Orléans, laquelle, non seulement traversait Lutèce en ligne droile (son trajet couvrirait aujourd'hui le

faubourg et la rue Saint-Martin, le pont Notre-Dame, le Petit-Pont, la rue et le faubourg Saint-Jacques), mais reliait les Gaules à Rome... et l'étude de ce tracé rigide comme une lame de glaive, de ce sillon tiré au cordeau,

Martial POMPE NOTRE-DAME QUAI DE GÈVRES ET PELLETIER (1850).

(Vue prise du quai aux fleurs.)

dédaigneux des courbes et des vallonnements, proclame mieux que beaucoup de volumes d'histoire la toulepuissance de la grandeur romaine, dompteuse des peuples et des choses! |

Plus tard, au moyen âge, tout un quartier, — et quel . quartier! — s’enchevétrait entre la rue de là Barillerie .

(aujourd’hui boulevard du Palais), la Seine (où le port de

Saint-Landry animait de son commercelesrives de l'actuel

quai aux Fleurs), la rue de la Lanterne (aujourd’hui rue de la Cité) et la rue de la Vieille-Draperie (aujourd’hui rue de Lutèce); églises, chapelles, monastères, hôtelleries, tapis-francs, mauvais lieux y pullulaient. Il y enavaitpour

tous lesgoûts. Le Glatigny, —un vaste clapier occupant

l'emplacement. de l’Hôtel-Dieu (1), — voisinait avec des bâtiments canoniaux; les clochesde vingt chapelles alter-

naient avec les vacarmes de cent cabarets. Dans la seule

rue Pelleterie (elle commencerait aujourd’hui à la porte

du Tribunal de commerce et finirait, en zigzaguant, près

l'angle de l’Hôtel-Dieu, traversant le marché aux Fleurs) — on comptait jusqu’à Louis XIII plus de vingt hôtelleries et rôtisseries.. : le « Petit Cygne », le « Grand Cygne », l « Image de Notre-Dame », la « Tête noire ».

© (1) Rue de Glatigny étaient les prisons de Lutèce, où fut captif saint Denis aux premiers temps du christianisme dans les Gaules. - Sous saint Louis, la rue de Glatigny fut dotée d’un Val d'amour. A cette époque, les dames au corps gent, folles de leur corps, étaient, comme aujourd'hui, soumises à des statuts ct à des rêglements. Elles célébraient avec piété la fètede la Madeleine, leur patronne. Des tasses d'argent pendaient à leur ceinture, et elles proposaient aux passants do venir boire avec elles. Les dimanches et jours de fête, elles lisaient assises sur la borne, en attendant les chalands, dans un livre de prières fé à fermoir de cuivre doré. Ce mélange de pratiques religieuses et d'ignoble prostitution est un trait caractéristique -du rêgne de saint Louis. On sait que ce monarque faisait suivre sa cour en voyage d’une com-

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lan-et tous ceux, quivle suivent, furent dressés: p F dela Ville détParnt, anquelinous somntes heurenx d'adresser nos compliments et, nos rémer-

: e Extrait di plan de Paris, de l'abbé de La Grive, en 1750. PRG La Cité. |

ar MCh-SErLirr) Férudit inspecteur des

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