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RUB SAINT-JACQUES VERS

(Vue du boulevard Saint-Germain.)

‘il m'a demandé où vous étiez... j'ai dû l'avouer; alors

M. Rude a répondu : « Vous direz à ces messieurs que j'ai plus de soixante ans et que jamais je n’ai eu à me reprocher d’avoir perdu une heure pour voir souffrir un malheureux ».. Puis il est parti me chargeant de vous prévenir qu’il ne reviendrait plus. (1)

Émotion, cris, tumulte; Carpeaux est conspué, bousculé, jeté dans la boîte au charbon; une délégation est envoyée à M. Rude, qui la met à la porte... A Ia fin, tout s’arrangea, la bonté du « Patron » égalant son admirable talent.

Notre cher père, qui fut, en même temps que Car-

peaux et Frémiet, élève de Rude, nous avait jadis conté

cette histoire; le maître Frémiet nous la précisait hier

en son petit atelier de l’Institut. Roulé frileusement dans

son légendaire caban noir, tout en posant pour un excellent portrait que fait de lui son petit-fils le peintre Fauré, M. Frémiet nous dépeignait avec infiniment

d'esprit et de gaieté l'atelier Rude, hérissé de trente

selles à modeler, humide de pains de terre glaise, avec — pour toute décoration — les moulages, au mur, des cinq ou six meilleures études exécutées par les élèves (?).

(4) Né en 1784, M. Rude mourut en 1855,

(2) Il nous disait encore l'intérieur de « Monsieur Rude » minuscule, sévère; trois chambres où l’on accédait par un escalier de meunier. Là se donnaient les « soirées du lundi »!... Il fallait écouter tes «improvisations » à quatre mains de Mmes Rude et Jacotot. L'ennui gagnait vite ces jeunes gens rangés en cercle autour du piano d'où

MR Toutes ces évocalions nous revenaient en mémoire l'autre malin alors que nous parcourions le vieux quartier Saint-Jacques, si complètement modifié aujourd’hui. Il est difficile de se faire une idée exacte de ce que furent, jusqu’en 1860 — date de l'annexion des communes suburbaines — la ligne des barrières et la ban-

lieue enserrant Paris. Les documents et les estampes. € P

du règne de Louis-Philippe nous représentent la barrière Saint Jacques et ses alentours comme un coin sauvage; rébarbatif, dominé par les maussades coupoles de l’Observaloire. Des terrains pelés, des sentiers pierreux; de loin en loin, des touffes d'herbe rase que paissaient des chèvres surveillées par une filletle en chapeau de

paille... Par-ci par-là, de vieux fours à chaux, des pui-

sards desséchés où les gamins faisaient l’école buissonnière, chassant les lézards ou les scarabées, herborisant dans les fossés et les mares, cherchant des « bêtes »

jaillissaicnt les redoutables « improvisations ».... Frémiet prenant alors la parole, au nom de ses camarades d'atelier, demandait à Mme Rude — Sa tante — la permission de danser... L'autorisation obtenue, quel remuec-ménage! — En cinq minutes, les meubles du salon étaient entassés dans la chambre du « Patron » et la belle jeunesse de 1844 faisait des ronds de jambes et exécutait d'audacicux «cavalier seul», — Souriant, paternel, amusé, ayant remisé sa pipe, parfumé sa

longue barbe de vicux ligucur, le très grand maître Rude présidait

Gérôme, son garçon d’honneur lors de son mariage) fai à notre cher pèrel

la fête en veston de velours noir... et M. Frémiet se fut, avec

ait vis-à-vis

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