‹ A travers ParisChapitre 21 sur 90 · STÈLE · texte numérisé non relu

STÈLE

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Ÿ L’AVENUE DE L'OBSERVATOIRE 103 g L2 e = e LA L k 1829, 1, rue Cassini (la maison a été démolie en 1897 (1 à > + ‘a Plus tard, pendant l’horrible siège de Paris, alors que les = ; 3 £ n.

= we * f f ; PRES | e 126 PTE si à 4 ar hégnier, des. | UH&IMPIN, étiA, È À . LOGIS DE D.-J.-FRANÇOIS ARAGO, Secrétaire perpétuel de l'Académie des Sciences à l'Observatoire. S.

; (1) « .… Balzac habitait alors un des endroits les plus solitaires 1 de Paris, rue Cassini, à l’encoignure du faubourg Saint-Jacques, un 4 pavillon avec un jardin, qui s'étendait jusqu'aux communs de l'Obserya- 4 |

bombes pleuvaient dans le quartier, le gloricux César Franck demeurait tout près, 95, boulevard Saint-Michel,

et là ce doux rêveur, ayant oublié le monde, le bombardement, Paris foudroyé et mourant de faim, composait les Béalitudes. en janvier 1874! Un obus prussien pulvérise le mur voisin de sa chambrelte... « Mon Dieu, que

c'est agaçant! soupira simplement César Franck, et qu'il est difficile de travailler dans ces conditions ! » Puis, sous

un nuage de poussière, l’ingénu musicien se replongea :

dans ses Béatitudes !

Si la rue Cassini étonne en ce quartier monacal, les amoureux du passé peuvent prendre léur revanche quel-

ques pas plus loin, rue Denfert-Rochercau (appellation moderne de la vieille ruc d'Enfer). Elle évoque un grand souvenir et recèle encore un délicieux décor! Au n° 88 s'ouvre une haute porie de pierre : « Institution pour Jeunes Filles aveugles ». Cette inslitulion, avec ses bâti-

toire. Au bout de ce jar din, une petite porte fermée au loquet et percée

dans le mur mitoyen, communiquait avec la cour d'entrée, derrière

le paviilon du concierge.

« Plus d'une fois, on put voir Balzac se promener en causant avec les élèves astronomes soit dans son propre jardin, soît déambuler avec eux à l'ombre des hautes murailles de l'Observatoire... .

. Et souventes fois, j'ai entendu Arago répéter de sa voix mérionce pyréntenne, forte et sonore : « Oui, Balzac a été mon voisin durant bicn des annécs. De cette fenêtre et de la terrasse j'apercevais la lueur vacillante de ses bougies. Nous’ étions ainsi deux veilleurs nocturnes, moi les yeux dirigés vers l’espace, lui le front penché sur son papier. Et celui qui voyait le plus loin — de nous deux — ce

n'était peut-être pas l'astronome ». (Ernest Laucier, La Chronique:

Médicale, 45 juin 1907, p. 406 et 407.)

dit

ments et ses jardins, se confondait autrefois avec l’infirmerie Marie-Thérèse, immortalisée par Chateaubriand, locataire d’un petit pavillon voisin, qui est aujourd’hui l'asile du numéro 88. |

« Le pavillon que j'occupe près de la barrière d'Enfer, écrit Chateaubriand le 9 mai 1833, pouvait monter à une soixantaine de mille francs, mais à l’époque de la hausse des terrains je l’achetai beaucoup plus cher et je ne l'ai pu jamais payer. Il s'agissait de sauver l'infirmerice de

Marie-Thérèse, fondée par les soins de M°° de Chatcau-

briand et conliguë au pavillon. Une compagnie d’entrepreneurs se proposait d'établir un café et des montagnes russes dans le susdit pavillon, bruit qui ne va guère avec l’agoniel.…. » |

Nous évoquions ces souvenirs sous la conduite d'une religieuse qui voulut bien nous faire l'honneur de nous servir de guide. Nous visitons d’abord l’ancien salon de Chateaubriand : les frises sculptées de jadis courent

‘encore le long du plafond, mais des grilles donnant sur

une chapelle remplacent les larges fenêtres qui en 1833

s'ouvraient sur les jardins. Cette chapelle même a son

histoire :

« .… Mes arbres, écrivait Chateaubriand, sont de mille sortes. J'ai planté vingt-trois cèdres de Salomon et deux chênes de druides.. » Ces chênes et ces cèdres servirent

plus tard à confectionner les stalles où s’agenouillent au-

jourd’hui les quatre-vingls religieuses — dont trente-cinq

aveugles — qui dirigent l'institution. La bIRHAESQUE du

grand Vicomte est toute proche, et aussi sa chambrette. On y accède par un bien modeste escalier; elle est d’une ascétique simplicité celte petite chambre carrelée, converlie aujourd’hui en atelier. Là, deux Sœurs aveugles et « une voyante » réparent, pomponnent les chapeaux de paille des fillettes qui dans quelques jours vont partir

en vacances. Un coquelicot par-ci, deux marguerites par-

là... et ces pauvres aveugles — qui restent parfois coquettes — s’éloigneront de cette hospitalière maison avec un rien d'élégance.

Nous traversons des cours, des corridors, puis la .

Sœur pousse une porte à claire-voie : nous voici en un admirable verger encadré de deux allées ombreuses de

tilleuls ; les Sœurs s'y promènent en disant leur rosaire, les jeunes filles y confectionnent de menus travaux pour

la distribution des prix... Pauvres enfants qui tournent toutes vers les arrivants leurs yeux vides et dont la perception de l’ouïe est si fine qu’une d'elles disail Here à la Sœur :

— Vous étiez à la prière des grandes ce matin, vous

avez parlé, nous avons reconnu vos 5...

Nous traversons la buanderie, la repasserie, ’imprimerie (car en cet asile les aveugles impriment en caractères spéciaux les livres destinés à d’autres aveugles) et nous nous croyons très loin de Paris, en quelque paisible béguinage de Bruges la Morte... Une glycine énorme,

des tamaris des Indes ; c’est tout ce qui reste des arbres exotiques que rapporta Chateaubriand ; nous en cueil-

dir & ja le SCT € dE

lons pieusement un rameau qui sèchera entre les feuil- - lets des Mémoires d'Outre-Tombe.

Deux pas plus loin, une petite porte surmontée d’une

Amour L'OBSERVATOIRE VERS 1835,

plaque de marbre noir où se lisent ces trois mots : « Infirmerie Marie-Thérèse » s'ouvre au numéro 92 de Æ celte même rue Denfert-Rochereau. Nous voici dans l’autre partie du séjour de Chateaubriand : « La démoli- * tion d’un mur — explique-t-il — m'a mis en communi- - cation avec l’infirmerie. Je me trouve à la fois dans une

ferme, un verger et un parc » (1). L'endroit n’a pas changé : nous parcourons le verger, et dans le parc tout fleuri, au parfum des pawlonias, des clématites et des roses se mêle l’odeur plus prosaïque du... cho-

colat ! Nous nous souvenons alors de ce délicieux pas-

sage des Mémoires où l'adorable écrivain raconte comment il servait de « prime » pour activer la vente du

chocolat fabriqué et vendu par les Sœurs au profit de

(4) « Le matin, je m'éveille au son del'Angelus; j'entends de mon lit le chant des prêtres dans la chapelle ; je vois de ma fenêtre un calvaire qui s’élève entre un noyer et un sureau : des vaches, des poules, des pigeons et des abeilles ; des Sœurs de charité cn robe d’étamine noire et en cornette de basin blanc, des femmes convalcscentes, de vieux ecclésiastiques vont errant parmi les lilas, les azaléas, les pompadouras et les rhododendrons du jardin, parmi les rosiers, les groseillers, les framboisiers et les légumes du potager... »

« ... Des fenêtres du salon on aperçoit d'abord ce que ês |

Anglais appellent pleasure-ground, avant-scène formée d'un gazon et de massifs d'arbres. Au delà de ce pourpris, par-dessus un mur d'appui que surmonte une barrière blanche losangée, est un champ variant

de culture et consacré à la nourriture des bestiaux de l'Infirmerie. Au

delà de ce champ vient un autre terrain séparé 4u champ par un autre mur d'appui à claire-voie verte, entrelacée de viornes et de rosiers du Bengale ; cette marche de mon Etat consiste en un bouquet de bois, un de et une allée de peupliers. Ce recoïn est extrêmement solitaire.

a reste mes arbres ne s’informent guère s'ils servent de dti à mes plaisirs su d'extraits mortuaires à mes ans; ils crois-

sent chaque jour du jour que je décrois : ils se marient à ceux de

l'enclos des Enfants trouvés ct du boulevard d’Enfer qui m’enveloppent. Je n’âperçois pas une maison ; à deux cents lieues de Paris je ‘ serais moins séparé du monde. J'entends béler les chèvres qui nour-

rissent les orphelins délaissés 1... » (CHATEAUBRIAND, Mémoires d'Outre= Tombe, tome VI, pages 3 et 4.) |

leurs infirmes nécessiteux : « La Sœur supérieure prétend que de belles dames viennent à la messe dans l'espérance de me voir ; économe industrieuse, elle met à contribution leur curiosité : en leur promettant de me montrer elle les attire dans le laboratoire ; une fois là, elle leur cède, bon gré mal gré, des drogues en sucre. Elle me fait servir à la vente du chocolat fabriqué pour ses malades. » (1). — Des mauvaises langues assuraient qu’à partir de douze livres (36 francs) on pouvait contempler, après un Coup de cloche avertisseur, « Chateaubriand traversant une allée d'arbres en lisant son journal! » Les infirmières de Marie-Thérèse ont conservé leur recelte : le chocolat qu’elles vendent encore aujourd'hui est toujours excellent.

Une belle promenade, d’émouvants souvenirs, une touchante visite, des cantiques, des fleurs... et trois livres d'un chocolat qui embaume... Nous n'avons pas perdu notre journée i

(4) « La sainte femme dérobe aussi des trognons de plume dans l’encrier de Madame de Chateaubriand ; clle les négocie parmi les royalistes de pure race, affirmant que ces trognons précieux ont écrit

le superbe mémoire sur la captivité de Madame la duchesse de Berry... » (Mémoires d'Outre- Tombe, tome VI, page 6.)

E 7 février 1844, à huit heures du matin, les élèves de l'atelier Rude (rue d’Enfer, à l'angle de la rue du Yal-de-Grâce) furent accueillis par le modèle — un lutteur de foires — avec un étonnement railleur : « Comment, messieurs, VOUS, des artistes, vous venez travailler le jour où, à quelques pas d'ici, on guillotine Poulman? » Ce reproche provoqua une juste émotion : les élèves résolurent de rehausser, par leur présence, l'éclat de la sanglante cérémonie et gagnèrent rapidement la place Saint-Jacques, lieu désigné pour les exécutions judiciaires, laissant la garde de l'atelier déserté au dernier nouveau : J.-B. Carpecaux. À Au bout de la rue Saint-Jacques, contre la barrière, se dressaient les deux bras rouges de la guillotine, au centre d'une place semi-circülaire, entourée de vagues masures, de cabarets tapissés de vigne, de bicoques vermoulues. La clientèle ordinaire des guillotinades — soldats, policiers, amateurs d'émotions fortes, noctambules, filles, escarp?s et filous, titis grimpés le long des

réverbères — encombrait la place, avide d'assister aux dernicrs moments de cette brute féroce, Poulman, dont les crimes stupéfièrént Paris. Escroqueries, vols à main armée, assassinats, Poulman avait tout avoué... jusqu’à des tentatives avortées. « Un jour, avait-il raconté,

je me rends chez une vieille dame, Mve Fouquet, bien | décidé à la voler et à la tuer si elle régimbe; un gros

registre sous le bras — Pour me donner une contenance — et un couteau ouvert dans Ma poche. «Une lettre pour vous », lui dis-je en matière d'introduction. « Ah! , s’écria la mère Fouquet, « c’est sans doute de la Reine. j'attends un secours!» «J’élais volél» concluait-il mélancoliquement. |

Vols chez la comtesse de Talbot, chez le duc de |

Broglie, au Ministère des Finances; vols chez de nombreux commerçants, Poulman reconnaissait (out; pour couronner sa série de for'aits, il avait assOmmé, d’un Coup de tisonnier, «le sieur Jeanton, tenant auberge au hameau de Picardie, sur la route de Paris à Troyes»,

Jcanton, assurait Poulman en façon d’excuse, avait voulu le «tricher» sur le nombre des œufs comptés dans une omelette(t),

C'était cetté sinistre brute qu'élaient allés voir guillctiner les élèves de Rude, le génial Sculpteur. La lugubre cérémonie terminée, on Tégagna la rue d’Enfer. « Rien de nouveau, Carpeaux? — Si..., le patron estvenu,

FS) Gaxetle des Tribunaux, 7 février 1844 (passim),

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