‹ A travers ParisChapitre 25 sur 90 · EP · texte numérisé non relu

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« FE jour de l’exécutionf, je voulus accompagner mon

L camarade sur son dernier champ de bataille; je ne trouvai pas de voiture, je courus à pied à la plaine de Grenelle. J’arrivai tout en sueur, une seconde trop tard : Armand était fusillé contre le mur d’enceinte de Paris. Sa tête était brisée, un chien de boucher léchait son sang et sa cervelle. » (1) Cette sinistre citation des Mémoires .d'Outre- Tombe relatant la mort d’Armand de Chateaubriand, fusillé le Vendredi-Saint 31 mars 1809, pourrait

(4) « .... Je suivis la charrette qui conduisit le corps d’Armand et de ses deux compagnons, plébéien et noble, Quintal et Goyon, au cimetière de Vaugirard, où j'avais enterré M. de la Harpe. Je retrouvai mos cousin pour la dernière fois sans pouvoir le reconnaître : le plomr l'avait céfiguré, iln’avait plus de visage; je n’y pus remarquer le ravage de arpnées, ni même y voir la mort au travers d’un orbe intrme e: sanglant, il resta jeune dans mon souvenir, comme au teinps du siège de Thionville. Il fut fusillé le Vendredi-Saint; le Crucifié m'apparatt au bout de tous mes malheurs. Lorsque je me promène sur le toulcvard de la plaine de Grenelle, je m'arrête à regarder l'empreinte du tir, encore marquée sur la muraille. Si les balles de Bonaparte n'avaient laissé d'antres traces, on ne parlerait plus de lui. » (Mémoires d'Outre-Tombe, tome ILE, p. 7 MP

servir d’épigraphe tragique au pèlerinage que nous faisons aujourd’hui dans le triste quartier de Grenelle, à la

recherche du « mur » devant lequel — de 1797 à 1815

— tombèrent tant de victimes royalistes, républicaines ou bonapartistes. Le comte de Mesnard y fut exécuté le premier : Convaincu de menées royalistes, émigré à l’intérieur, 1l est arrêté à Passy, traduit le 10 octobre 1797 devant une commission militaire siégeant à l'Hôtel de Ville et condamné à mort. Conduit à la plaine de Grenelle, ce brave refusa de se laisser bander les yeux, mit un genou en terre et dit simplement en saluant le peloton d’exécution : « Soldats, je suis prêt... » Puis il tomba foudroyé (1).

(1) « La Commission militaire siégeait à la Maison commune, place de Grève, autrement dit à l'Hôtel de Ville. Le premier émigré qui comparut devant clle (10 octobre 1797) fut Marie-Antoine-Alexandre-Dicudonné, comte de Mesnard, né à Luçon (Vendée), capitaine-colonel en survivance des gardes de Monsieur, En 1789 il avait émigré en Angleterre, était rentré en 1792 et s'était rendu ensuite à Coblentz. Arrêté, non pas à Paris, mais à Passy, le 26 septembre 4797, il écrivit à l'un

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des directeurs que « pour obéir à la loi, il était sorti de Paris dans les .

« vingt-quatre heures, avec l'intention de s'éloigner du territoire de la « République dans les quinze jours suivants, mais que, n'ayant pu réa- « liser aucune espèce de fonds pourentreprendre ec voyage, ilétaitresté à

« Passy et n'avait pu dès lors exécuter complétement la loi. » A l’au-

dience, on lui reprocha d’être porteur de faux passeports : mais quel

émigré n'était pas dans ce cas? — de les avoir payés! c'est que les |

agents du gouvernement les vendaient ; d'y être désigné sous un faux nom : C'était le seul moyen de vivre. 11 n'eut pas de défenseur et fut condamné à mort. Le lendemain il fut conduit à la plaine de Grenelle.» (La Terreur sous le Directoire, par Victor Pignrg, Paris, 1887, p. 110.)

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Le lendemain — pour l’exemple — La Réveillère- Lépeaux, président du Directoire, invitait les journaux « subventionnés » à reproduire le texte du jugement et le récit de l'exécution. D’autres royalistes viennent mou-

Barrois, sculp.

Chazal, del. BARRIÈRE DE GRENELLE

rir à la mème place, MM. de Trion, Chenu, de Beuville,

Merle d'Ambert, le comte de Lorges, le chevalier des

Roches, le comte Pilliot de Coligny, etc.

L'immense plaine de Grenelle était alors couverte de jardins fruitiers, de petits champs, de cultures maraichères ; le mur d'enceinte, élevé en 1786 par les fermiers généraux pour enclore la ville et leur permettre

de percevoir les impôts aux barrières, séparait Paris de la plaine. Les Parisiens avaient hurlé, bien entendu,

Le mur murant Paris rend Paris murmurant,

proclamait un vers légendaire, et sous la Révolution, le

19 Floréal an IT (1794), une fournée composée de vingthuit fermicrs généraux avait été guillotinée en manière de riposte, et parmi eux l’illustre Lavoisier, un de ces mal-

avisés qui firent édifier le mur d’enceinte. C’est contre ce

mur, à la sortie de la « barrière des Ministres », plus tard « barrière de Grenelle » qu’avaient lieu les exéculions (1).

La parade militaire — bataillons encadrant sur trois côtés

le condamné, leclure de l'arrêt, fusillade, défilé des

troupes — se déroulait à l’aise sur les vastes terrains de

la plaine de Grenelle. Le cortège, venant soit de l’École militaire, soit de la prison du Temple, soit de l’Abbaye, longeait la caserne Dupleix, passait la barrière et tournait à droite, où les plans, de 1793 à 1815, indiquent,

(1) « C’est contre la partie du mur d'enceinte touchant à l'ancienne barrière de Grenclle qu'avaicnt licu, sous le premier Empire et jus-

qu'à l'avènement de Napoléon II}, les exécutions militaires. « La meilleure preuve que l'on puisse donner que les exécutions

militaires pouvaient encore avoir lieu à cet endroit jusqu'à la pre-

mière moitié du siècle, ce sont les paroles que le général Magnan adressait aux généraux de Paris, le 28 novembre 1851, quelques jours avant le Coup d'État: + æ a

« Seul responsable, messicurs, leur disait-il en terminant son « allocution, c'est moi qui porterai, s'il y a licu, ma tête à l'échafaud

« ou ma poitrine à la plaine de Grenelle. » (L'École mililare et le

Champ de Mars, par Marcel px BAILLEHACHE, p. 19.)

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