ET
beau Jardin semble une immense corbeille... Voici les roses tendres des pêchers et des pommiers de Chine, des cognassiers, des amandiers; voici toule la gamme
délicate des blancs, aubépines, poiriers et pommiers.….
dans les parterres éclatent le pourpre, l’azur et l’or des tulipes, des pensées, des jacinthes, et sur les velours verts des cèdres, des marronniers et des frênes se
détache la broderie sanglante des arbres de Judée! Les
acanthes, les joubarbes, les lierres poussent leurs | euilles lancéolées autour de vieux arbres vénérables,
chenus, corsetés defer qui furent plantés parles Vespasien Robin, les Buffon, les Quatrefages... Nous voici à l'entrée des serres, près des cèdres du Liban... Sous la conduite du jardinier en chef, un érudit artiste qui chérit ses plantes, nous promenons à travers des forêts vierges en miniature notre curiosilé charmée; quel défilé de . végétaux étranges, aux odeurs troublanies, aux noms vaguement entrevus dans le /'obinson suisse et le Journal de Stanley à la recherche de Livingstonel!... Voici les arbres textiles et aussi « l’arbre à pain»; voici le manioc, l'arbre à gutta-percha, le bétel — ce dentifrice des Siamoises, — la coca — cher à Mariani, — le muscadier, le calebassier, le baobab — qu'illustra Tartarin, — l'antiaris qui empoisonne les flèches des sauvages, et le pied de vanille historique dont les boutures servirent à créer les plantations actuelles de l’ile de la Réunion. Voiciles plantes médicinales, le jujubier, le copayer, le strophantus, l’emetica, etc., etc. A côlé les serres des
orchidées, un étonnement : de tous ces pots reposant sur une couche profonde d’escarbilles noires, dans
Un très vieil arbre planté par Vespasien Robin. Photog. H. Stresser.
l'atmosphère humide et chaude, sortent des végétations folles, des fleurs bizarres, d’un violet de cicatrice ou d'un rouge LUTNUSSE des clochettes mauves éclatent
au bout de tiges longues et velues; des feuilles vernissées, comme découpées dans du zinc ou de la baudruche, les entourent... Par-ci, par-là, émergent des. fers de lance ou des kriss malais entourant des crosses d’évêque ou des artichauts violacés. Ici les cattleyas montrent leurs peluches et leurs satins lilas, là les népenthès laissent pendre leurs pipes verdâtres tapissées de poils; au plafond, sur des racines coupées et dessé-
chées, les orchidées du Brésil lancent dans l'air des fusées scintillantes. Plus loin, les plantes vénéneuses et
aussi les plantes carnivores, celles qui engluent puis absorbent les insectes. Enfin le merveilleux spectacle des fougères, — les platycériums, ces torchères de verdure... et nous comprenons toute: la grandeur de cette lettre de Taine à Paradol : « J'étais hier au Jardin des Plantes. Je voyais cette vie intérieure qui circule dans ces minces tissus et dresse les tiges drues et. fortes. j'ai senti tout mon cœur trembler d'amour pour cet être si beau, si calme, si grand, si étrange qu’ on appelle Nature ; je l’aimais, je l’aime; je le senlais et je le voyais partout, dans le ciel lumineux, dans l'air pur, dans cette forêt de plantes vivantes et animées, et surtout dans ce grand souffle vif à inégal du vent de printemps L.. (t)»
(4) H. Taie. Lettre À Paradol (20 mars 1849). « Hier, mon ami, je l'ai senti en moi (l'amour de la Nature) avec une force que je n'ai jamais éprouvée. J'étais au Jardin des Plantes, et je regardais dans un coin isolé un monticule couvert d'herbes des champs, vertes, jeunes, non cultivées, fleuries; le soleil brillait au travers..…., ie vent
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Dans la salle voisine s’étalait autrefois en un immense bassin la « Victoria Regia», la fleur géante des lacs africains. Nous ne la verrons plus... On manque d’argent