FONTAINE DESAIX EN
tionnaire où, au dernier acte, sa jolie tête brune devait rouler sous le couperet de la guillotine. Elle aussi pouvait écrire dans ses Mémoires ce que l’abbé Le Blanc disait en 1734 : « J'ai pour tout meuble en mon logement l’une des plus belles vues de Paris : celle du Pont- Neuf et de la rivière... » |
Nous avons voulu revoir l’appartement où la pauvre Manon fit de si beaux rêves. L’obligeance de l'aimable M. Magdeleine, l’actuel locataire du logis — qui succède ici au peintre Pissarro, — nous en permit l’accès. La maison porte le numéro 28; nous en montons l'escalier étroit ; l'immeuble, fraîchement repeint et vernissé, sent la peinture; la rampe ancienne a disparu, un « tapis modern style » se déroule sur les marches raides que Manon gravit si souvent. À droite, à gauche s'ouvrent sur l'escalier les « services » et les « débarras ». Comme tous les amusants logis du dix-huitième siècle, l'appartement de M. Magdeleine comporte des petites pièces, coupées de coins, de recoins, d’alcôves... tout cela modifié et remanié, mais toujours pittoresque. Par-ci, par-là, quelques lambris, un resle de trumeau, une ancienne cheminée permettent d'évoquer la jolie silhouette de Manon Pblipcn reflétée dans une vieille glace aux teintes verdies ou s’accoudant rêveuse à l'angle de « sa fenêtre exposée au nord » pour contempler, « les larmes aux yeux, les vastes déserts du ciel, la voûte superbe, azurée, magnifiquement dessinée, depuis
le levant bleuâtre, loin derrière le pont au Change, jus-
qu'au couchant doré d’une brillante couleur aurore der-
rière les arbres du Cours et les maisons de Chaïllot » ! ()
Comme elle l’aimait, ce cher logis dominant le plus vivant des « coins de Paris », où, dans un tohu-bohu incessant, les badauds, les robins, les filous, les gardesfrançaises, les bourgeois, les ménag gères, les rapins et les grisettes se pressaient devant les boutiques des oiseliers, des fleuristes, des ferrailleurs... autour des boniments des saltimbanques, des marchands de chansons et des crieurs de gazettes !.. Une dernière fois, le - 8 novembre 1793, par une pluvieuse matinée d'automne, Manon Roland revit — du quai de la Mégisserie — Ja silhouette endeuillée de tout ce joyeux décor d'antan!
Elle était sur la charrette du bourreau Sanson, on lui. avait coupé les cheveux, on lui avait lié les mains ; SOUS
les insultes et les huées on la trainait à l'échafaud. A C’est tout ce passé que nous évoquons, penché à ces
fenêtres encadrant un des plus beaux paysages de Paris :
derrière l'effigie équestre de Henri IV — fondue sous la
. Restauration avec le bronze de la statue de Napoléon 1*
—- un splendide bouquet d'arbres coupe l'horizon comme un feu d'artifice de feuillage ; à travers les branches apparaissent le Louvre, les Tuileries, les lointains de
(4) Enfant de la Seine, c'était toujours sur ses bords que je venais habiter ; la situation du logis paternel n’avait point le calme solitaire de la demeure de ma bonne maman ; les tableaux mouvants du Pont- Neuf variaient la scène à chaque ee et je rentrais véritablement dans le monde au propre et au figuré, en revenant chez ma mère. — Mémoires de Mme Roland (2 partie), p. 91.
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“De | LA PLACE DAUPHINE 203 : Chaillot, la Monnaie, l’Institut, les ponts ; la Seine scin- | tille, sillonnée de barques, de chalands, de remorqueurs. L- Dans le murmure qui de tous côtés monte berceur et
confus il nous semble retrouver les échos lointains des
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* es -1R LA FLOTTILLE DE LA COMMUNE DÉ PARIS AMARRÉE LE LONG DU TERRE-PLEIN DU PONT-NEUF (MAI 1871).
#4 (D'ap. une grav. du Monde illustré.) LE
E - voix du Passé... les rires des femmes, les acclamations des foules, les appels des marchands, les vivats des enrôlements volontaires, les salves du canon d’alarme, les appels de la Patrie en danger...
Ces maisonnettes-là.… c'est une page de l’histoire de France.
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« DE Canal Saint-Martin » !... Ce fut, en 1845, le titre
d’un noir mélodrame dû à l'imagination féconde de MM. Dupeuty et Cormon(!); c’est aujourd’hui un but de promenade que nous nous permelions derecommander
aux Parisiennes curieuses de retrouver un coin de
[Hollande en plein Paris!
Nous allons fort loin chercher limprévu; or, à quelques centaines de mètres de la gare du Nord — au bout de la rue Lafayette, entre le rond-point de La Villette et la Seine, — le canal Saint-Martin présente à qui veut tenter un déplacement d’une heure, le plus pittoresque des spectacles. Toutelois, pour en goûter pleinement le charme étrange, il convient de choisir une de ces matinées printanières que trouent des échappées
(1) Le Canal Saint-Martin, drame en cinq actes et sept tableaux, par MM. Dupeuty et rene représenté au théâtre de la Gaîté, le
samedi 12 juillet 1845.
de soleil éclaboussant de lumière un paysage embrumé : fi 4e nous croyons pouvoir alors assurer que pas un de ceux >
A. Lepère. PORT DE LA VILLETTE.
(Le Canal Saint-Martin.). nie.
qui auront tenté l’expédition ne regreltera son minuscule voyage au pays des marins d’eau douce. ;
Et tout d’abord le rond-point de La Villette est Hal lui-même singulièrement pittoresque. =
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La vicille rotonde de pierre flanquée de colonnes se dresse au bout de la rue Lafayette, évoquant le souvenir du fameux mur d'octroi — édifié par l'architecte Ledoux en 1782, par ordre des fermiers généraux — qui déchaina tant de colères; d’où ce quatrain :
Pour augmenter son numérairé Et raccourcir notre horizon,
La Ferme a jugé nécesscire De mettre Paris en prison !.…
Et Paris — qui n’oublie pas — raccourcit de la tête en 1794 (28 floréal an IT) vingt-huit des fermiers généraux, constructeurs du mur d’enceinte.
La Rotonde, que barre à la hauteur du premierétage la ligne aérienne du Métro, servit de « toile de fond » à de bien tragiques événements. C’est par ici que le samedi, 25 juin 1791, Louis XVI ct la famille royale rentrèrent dans Paris après leur capture à Varennes... dans quel état, au milieu de quelles menaces, salis par quelles injures! Ce jour-là, vers cinq heures du soir, la fameuse berline — si maladroitement construite sur les indications de M. de Fersen — franchissait la barrière de La Villette. L’immense voiture contenait huit personnes : le Roi, la reine Marie-Antoinette. Madame Elisabeth, sœur du Roi, les deux enfants, leur gouvernante Mme de Tou:zel, enfin, Barnave et Pélion, commissaires
délégués par l’Assemblée, — et le petit. Dauphin, placé,
durant cet interminable voyage, entre le: jambes de Pétion, avait pu épeler à loisir l’inse-iplion « Vivre
libre ou mourir» gravée sur chacun des boutons de.
l’habit du député-patriote:
Sous un ciel de feu, par une chaleur torride, la lourde voiture avançait lentement, «au pas d’enterrement »,
dans des tourbillons de poussière, entourée d'un cercle .
de piques, de baïonnettes, de sabres nus... Le- toit était couvert de sectionnaires juchés sur les paquets, les trois gardes du corps se tassaient sur le $siège, prisonniers entre deux grenadiers, baïonnette au canon, installés
« aux côtés de l’avant-train, un peu ‘plus bas que le
siège, au moyen d’une planche attachée par dessous » (1).
Devant la Rotonde, la berline — ce « corbillard de la. Monarchie » — s'arrêta un instant; le Roi suffoquant demanda un verre de vin, qu’il but d’un trait « pour se remettre le cœur », sous les yeux d’une foule haineuse,
hurlant : « Restez couverts... C’est un traître... Il passe devant ses juges... La Loi... la Loi... » (?). Derrière la berline, en un char triomphal, ombragé de palmes, se pavanaient Drouet, le maître de poste, et son camarade Guillaume, dont « l'énergie avait provoqué l’arrestation du tyran et de la Louve autrichienne ».. La barrière franchie, le lugubre cortège, « battu de vagues vivantes, furieuses, aboyantes », suivit, par le mur d'enceinte, les Champs-Elysées, les Tuileries, la Via dolorosa qui devait aboutir à l’échafaud... (3). ;
(1) L. BLaxc, t. 1, p. 539.
(2) « La Bouche de Fer (1791), n° 74.» ; (3) L'entrée-était effrayante de cris et de hurlements; la foule
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Le 25 novembre 1807, la foule s’entassait de nouveau aux abords de la Barrière. Le bon peuple de Paris venait acclamer le retour de la Garde Impériale rejoignant la capitale après la glorieuse campagne d’Allemagne. Paris suspendait des couronnes d'or aux aigles surmontant les drapeaux qui avaient flotté victorieusement à léna, à Auerstædt, à Eylau et à Friedland (1). . Le 31 mars 1814, autre tableau dans le même décor. Après une héroïque et inutile défense, Paris avait dû, la
couvrait tout jusqu'aux toits. On jugea avec raison qu'il y aurait le
plus grand danger à s'engager dans le faubourg et la rue Saint-Martin, célèbres depuis l'horrible histoire de Berthier. On tourna Paris par le dehors. (Micmerer, Hist. de la Révolution, t. III, p. 110.) Lafayette s'était avancé jusqu'à la rotonde de la Barrière de Pantin. Là, les voitures s’arrêtèrent un instant. Là aussi, soit qu'il se sentit défaillir, soit qu'il voulût se prémunir contre le danger d'une émotion trop vive, Louis XVI demanda un verre de vin qu’il avala d'un:trait.… (L. Banc, ist. de la Révolution. t. !, p. 539.)
(1) Retour de la Garde Impériale (25 novembre 1807). — « La fète donnée aujourd'hui par la Ville de Paris à la Garde Impériale a présenté tous les caractères d’unc véritable fête de famille.
Le Corps municipal a reçu ces braves militaires sous un arc de triomphe élevé en dehors de la barrière de la Villette et dédié à la Grande-Armée. C'est sous ce monument qu'a été faite la distribution des couronnes d’or votées par la Ville à la Grande-Armée. |
M. le Préfet de la Seine portant la parole au nom de la Ville de Paris a orné d’une de ces couronnes les aigles des différents corps de la Garde, la distribution finie, la Garde a défilé devant le corps municipal placé sous des gradins disposés pour le recevoir.
Une foule immense courait les rues, les boulevards et admirait la tenue de ces troupes. Les dragons de l'Impératrice et les grenadiers de la Garde, montés sur de très beaux chevaux, attiraient surtout les regards. Le cortège a défilé dans l'ordre suivant : les fusiliers de
veille au soir, capituler devant l'invasion des armées : russes, autrichiennes, prussiennes, victorieuses de Napoléon. Après une nuit sans canonnade « dont le repos ressemblait au silence des tombes », on apprit que les alliés allaient entrer dans Paris. En effet, à onze heures du matin, « les cosaques rouges de la garde franchirent la barrière; puis défilèrent les cuirassiers, les hussards, . les escadrons de volontaires de la garde prussienne, les dragons et les hussards de la garde impériale russe...” : Venait ensuite le Tear ayant à sa droite le prince de. Schwarzenberg, représentant l’empereur d'Autriche, à sa gauche le roi de Prusse, à sa suite un élat-major de plus de mille officiers de toute nation et de toute arme... » (1). DL PX