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LE RETOUR DU ROI

(Estampe satirique de l'époque.)

d'or, occupait une Calèche découverte trainée par huit chevaux blancs. La fille de Marie-Antoinette, Madame Royale, « l’orpheline du Temple », était assise près de lui, coiffée d’une toque à plumes et habillée d’une robe lamée d'argent « confectionnées à Paris, mais auxquelles la princesse avait trouvé moyen de donner un aspect

216 CC UATRAVERS PARIS NOUS étranger » (t). Sur le devant de la calèche, le prince de Condé, presque en enfance, et son fils, le duc de Bourbon, « comme hébété ». .

Le Roi, « d’un geste théâtral et affecté », montrait sa nièce au peuple indifférent ! (?).

Immédiatement derrière la Rotonde — un peu après la rue d'Allemagne — s'ouvre le quai de -la Loire, bordant l'important et pittoresque bassin de La Villette, relié au canal Saint-Martin par des écluses et le tunnel passant sous le rond-point. Rien de plus imprévu pour des Parisiens que cette immense nappe d’eau sillonnée de lourds chalands remorqués par des équipes de. haleurs marchant à pas rythmés. Sous le premier Empire, le bassin de La Villette, qui venait d’être ouvert par les soins de Napoléon, comptait parmi les rendezvous élus de la fashion. En été on y organisait des joutes sur l’eau, des parties de natation, des « courses de nacelles »; en hiver ony patinait et on y « trainait »,: et le Courrier des modes de 1811 nous apprend de quelle élégante façon se vêtaient les patineurs à la mode, tel le peintre Isabey, — « petite veste écarlate bordée

(4) Lenôrre, La Fille de Louis XVI, p. 297.

(2) « … Elle ne se mêlait en rien à ces manifestations et restait

ble toutefois ses yeux rouges donnaient l’idée qu “elle pleurait. » (LeNôrRE, La Fille de Louis XVI, p. 297.)

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d’astrakan au cou et aux revers, avec trois ganses croisées sur la poitrine ; culotte col- Jante detricot avec broderies sur les cuisses ; bottes et toque à la polonaise ».

Les dames en vitchoura

fourrée d’her-

mine, schapska en tête, étaient poussécs en des traînaux à col

de cygne (15

sous le tour du bassin).On « Walse sur la glace », il s’y

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(Il est facile de retrouver en ce bouquet symbolique les traits de Louis XVI, de Marie-Antoinette, du petit Dauphin et de Madame Royale.) Canut, fecit.

produit même des catastrophes et une gravure en couleurs nous offre le pénible spectacle de « l’événement

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malheureux arrivé le 24 novembre 1815 au canal de : l’'Oureq »: on y sort de l’eau trois soldats anglais que d’aimables Parisiennes s’éverluent à dégeler. | dé

ÉVÉNEMENT MALIEUREUX ARRIVÉ AU CANAL DE L'OURQ, Le 24 novembre 1815.

Pendant des années, les mêmes divertissements alternent avec les saisons. Les costumes se modifient à peine. « En février 1827, au dire du Journal des Dames, la toilette d’une patineuse comportail une robe noire, gros de Naples, très courte, garnie de trois rangées de hauts volants, et un chapeau rose... Si cette dame portait un pantalon, il devait être fort court, car, bien

F. LE CANAL SAINT-MARTIN ay | 1 que le vent agitât le bord de sa robe, nous n'avons

- vu, au-dessus du brodequin, qu’une jambe fort bien tournée...» ” Le bassin de La Villette resta longtemps à la mods et

Deroy, del, RASSIN DE LA VILLETTE VERS 4840,

les estampes du règne de Louis-Philippe nous montrent des messieurs à favoris en côtelettes, la tête ombragée d'un chapeau gris de très haute forme, culottés de nankin et revêtus d’habits à la française, ramant vigoureusement devant la Rotonde pour l’agrément de belles dames en manches pagode, ombrageant d'ombrelles pliantes leurs chapeaux cabriolet à bavolet vert. Pourquoi

Re? A TRAVERS PARIS a

faut-il qu'une note intempestive vienne, vers 1835, gâter ces élégantes mondanités; le Courrier des Dames est

contraint d'avouer que «la place n’est pas toujours

tenable et que trop souvent le vent d’est apporte les parfums de la voirie de Montfaucon qui en chassent la

bonne compagnie »…. DT. En effet, la voirie de Montfaucon, distante de quelques centaines de mètres (sur l’emplacement de l’ancien

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gibet), constituait un véritable dépôt d' immondices, qui 2

ne disparut qu’en 1845.

Traversant le rond-point de la Villette et accotés à la balustrade du quai surplombant le tunnel, nous voyons devant nous, luisante sous le ciel gris, une ligne d’argent-filer droit à l’ horizon... c’est le canal Saint-Martin. À nos pieds, quatorze gros bateaux plats, chargés de ciment, de mortier, de plâtre, de bois, de sable, s’enfoncent dans une eau sans ride Tassés dans le goulet,

ils attendent leur tour d’accès dans l’étroit corridor d'eau qui les amènera à la Seine par des tunnels et des

écluses. |

Sur ces chalands aux mâts couchés s’agite un monde tout spécial: vieux mariniers tannés parles pluies, lesvents, le soleil, qui silencieusement fument leurs courtes pipes assis sur des paquets de cordages ou appuyés au gou-

vernail ; solides ménagères en camisole rose, faisant la

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iessive, étendant le linge, peignant des bébés joufflus,

fi vaquant aux soins du ménage, près des cabines basses

A. Lepère. L'ÉCLUSE DU CANAL SAINT-MARTIN.

= trouées de tuyaux fumants et égayées de volets peints en vert-épinard ou en bleu-perruquier. Hargneux, des roquets jappent furieusement ; des chats dorment près d’une caisse de fusain, sous une cage à serins.

Le miroir d’eau -verle reflète les coques SOMbrES SRE Striées de lignes de flottaison colorées ; les hautes grues noires d'où pendent des chaînes se découpent dure-

Ten Cate, pinæit, = Musée Carnavalet.

ment sur l’horizon bleu ouaté de brouillards, coupé de fumées jaunes crachées par les usines voisines. Au :<e premier plan, en des bateaux-lavoirs amarrés au quai, Re des blanchisseuses frappent leur linge à tour de bras. Qu'il est facile de se croire très loin de Paris !.…. et machinalement notre pensée évoque les délicieux et ;

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lents voyages sur lés canaux hollandais avec les vieux péageurs de Dordrecht, d’Alkmar et de Zaardam tendant aux mariuiers, du haut de leurs perchoirs, la ligne

A. Lepère, del,

terminée par un sabot cassé où se déposent les quelques centimes constituant les droits de passage.

Un à un les chalands s'engagent dans le canal: suivons la même route par les quais parallèles. Sur l’eau morte, les lourds bateaux avancent lentement, majestueusement, halés par de robustes gaillards penchés en avant, tirant dur sur la sangle qui barre leur poitrine

228 A TRAVERS PARIS Ent AR ONE à

velue. Ils peinent, triment, tirent sur les cordes, évo- . sue . quant la douloureuse silhouette de Samson poussant la meule, pendant que le pilote, immobile, appuyé du rein TA au gouvernail, semble perdu en un rêve infini. eu

LA MAISON DE L'ÉCLUSIER AU CONFLUENT DU CANAL ET DE LA SEINE EN 1900, SUUE : Saffroy, del. £

| De loin en loin, un pont aérien, une passerelle mobile, : une écluse coupent le canal Saint-Martin, et pendant 2

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